‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 83 sur 161 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

intervenir pour rétablir l’ordre. Charles Vît et Louis XI continuent cette politicpie : ce dernier prince notamment enlève à Perpignan le droit de faire des expéditions militaires en pays infidèles.

-Mais les villes persistent a jouir d’un self fiovevniiient municipal et d’une autonomie financière et économique absolue, (iénéralemenl elles lèvent et répartissent l’impôt royal comme elles l’entendent, de manière cà neutraliser, en fait, les exemptions des ordres privilégiés ; elles sont chargées de leur défense militaire. Louis XI, en l i()7, partage toute la population parisienne en 03 bannières, dont deux formées par le Parlement et la Cour des comptes, et 01 par les corporations de métier, groupées selon leurs affinités industrielles. Rien de semblable <à la tutelle administrative n’existait alors. Les villes pouvaient s’imposer et emjirunter librement, mais à la condition de faire intervenir l’assemblée générale des habitants. Cette énergique vitalité, les ressources des forces vives locales, devaient rendre possible le grand mouvement national de la Ligue.

Une ville n’était pas au seizième siècle une atKjloméralion d’habitants présentant, à coté de certains avantages industriels et scientifiques, de redoutables dangers sociaux. Comme l’écrivait un contemporain, « chaque communauté est une « famille, qui se gouverne, qui s’impose des lois, qui veille « à ses intérêts ». On ne devient bourgeois, dans beaucoup de villes, qu’en prêtant un serment solennel. A Dieppe, suivant le Coustiiniier si bien édité pai‘ M. E. Coppinger, le nouveau bourgeois jure de garder le secret des délibérations des assemlilées générales; ainsi en était-il dans les statuts de certaines corjiorations de métier anglaises.

Comme communauté économique, la ville cherche à exclure autant que possible, les étrangers des avantages du commerce. Elle intervient dans le gouvernement des corporations, elle réglemente le commerce local et l’industrie, elle institue des courtiers, des crieurs publics qui ressemblent aux hommes affiches d’aujourd’hui. Elle crée des halles, des greniers, s’occiqie d’approvisionnements, rationne les habitants en cas de disette, édicte des lois somjituaires, bôtit des bains publics, prend en faitde/m/?cc des mœurs d’étranges initiatives. Elle complète rujuvre de la cbarité privée et de l’Eglise, en fondant des hospices ou en créant des écoles; si bien, qu’au témoignage (b^ Marino (îiustiniani, ambassa-

LA CRISE DU XVI® SIÈCLE

deur vénitien en lo3o, dans les villes françaises « il n’est

« personne si pauvre qu’il soit qui n’apprenne à lire et k « écrire».

Ces nombreuses immixtions dans ce qui constitue le domaine de la vie privée, et dont beaucoup actuellement nous paraîtraient intolérables, s’expliquent par la dureté des conditions matérielles de la vie k cette époque. On ne pouvait résister aux famines, aux épidémies, aux destructions causées par les guerres, que grâce k cette étroite .solidarité et k ce groupement compact.

Ces immixtions de l’autorité communale dans la vie privée ne risquaient pas, comme aujourd’hui, de dégénérer en oppression, parce que l’unité des croyances régnait dans ces sociétés comme dans la grande, et que tout le monde acceptait comme règle la loi de Dieu et les commandements de Eglise. Or, ce sont les meilleures garanties (et même les seules efficaces) pour la liberté de conscience, pour la liberté de la famille et de la propriété, comme c’est aussi le frein le pl^us sur contre les abus du monopole et l’exploitation de 1 homme par l’homme.

La composition des échevinages et des consulats présentait d ailleurs, a cette époque, un caractère très conservateur. Le suffrage universel des chefs de famille, le seul qu’ait connu le moyen âge, avait été supprimé ou bien avait été absorbé dans une complication de scrutins, de procédés de cooptation, de tirage au sort parfois, dont le résultat pratique était de perpétuer et de concentrer le pouvoir municipal dans les éléments supérieurs de la bourgeoisie urbaine. Les villes de Provence et du Languedoc, pays d’Etats, conservèrent seules, au dix-septième siècle, et encore d’une manière amoindrie, l’usage des assemblées générales d’habitants et la représentation des' gens de métier dans le corps municipal.

Dans ce grand changement, il ne faut pas voir seulement le progrès des idées autoritaires, mais aussi le résultat du développement de classes diverses dans la bourgeoisie urbaine, sous l’influence de l’accroissement de la richesse et du

progrès écononlique qui pousse k la différenciation des conditions.

Au tieizième siècle, la population des villes était assez homogène : avec quelques riches mandiands, elle se composait surtout d’artisans travaillant do leurs mains, et de compagnons appelés pour la {ilupart à devenir maîtres k leur tour.

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CHAf*ITRE VI

Au seizième siècle, on trouve dans les villes jusqu’à quatre classes très distinctes ; la première, composée des officiers de justice et de finance, et des marchands qui n’ont pas boutique ; la des maîtres des métiers ; et encore parmi eux, à Paris, les 0 corps de marchands, à Londres, les 1:2 livery co/«/?auî>^ s’attribuent un rang distinct; la formée des ouvriers des corporations; la 4'’, des manouvriers et gens de peine.

Ce serait une erreur de croire que chaque famille possédât son habitation. Sans doute beaucoup plus d’artisans qu’aujourd’hui étaient propriétaires de leur boutiipie et de leur maison ; ils y logeaient et nourrissaient une partie considérable de leurs ouvriers. 3Iais, dès le quinzième siècle, beaucoup de travailleurs occupaient de petites chambres dans les étages supérieurs, et une ordonnance de police de 1541 atteste, dans son article 30, le nombre considérable à làaris de gens qui vivaient en garnis, logés au jour, ou plutôt à la nuit. Cette situation avait déjà amené plusieurs grands hospices à organiser l’hospitalité de nuit.

Ou’on ne eroie pas pourtant qu’il n’y eût point alors de déclassés, et que la société présentât un équilibre parfait. Le nombre des truands, des ribauds, des ribaudes, des caïmans, des récidivistes, des vagabonds était considérable. Seulement la répression du mal était alors énergique. Louis XII, le père du peuple, se souvenait de la maxime que la bonté des rois consiste à punir les méchants.

En terminant notons la place considérable que tenaient» dans la vie parisienne, les 20,000 étudiants de l’Université et les 10,000 élèves de la Basoche. Les mœurs du temps leur avaient permis de se constituer en grandes corporations libres et ouvertes. Le roi de France pendant longtemps vit de bon œil le roi de la Basoche ; c’est qu’en ’elfet, malgré trop de turbulence, un ardent patriotisme et un noble désintéressement animaient cette généreuse jeunesse des écoles.

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