CHAPITRE VI
plus minutieux, et parfois moins intellligents, que ceux qui émanent des corporations. Les règlements de Colbert sur les manufactures ont leurs précédents dans le volumineux recueil des ordonnances du xvi^ siècle.
En 1581, Henri III tenta de généraliser, dans toute la France, le système des corporations jurées, qui n’existait jusque là que dans les grandes villes, et auquel beaucoup de métiers échappaient. Il réalisait dans cet édit quelques utiles réformes : il modérait les droits exorbitants et les frais de banquet imposés aux aspirants à la maîtrise, il essayait de réglementer l’obligalion du chef-d’œuvre, il forçait les corporations il recevoir les ouvriers ipii avaient fait un apprentissage ailleurs, enlin il permettait d’exercer deux métiers à la fois. Mais les travailleurs ne lui surent aucun gré de ces réformes, parce qu’elles étaientacconqiagnées de lourdes exigences fiscales imposées ;i tous ceux que l’on obligeait malgré eux à devenir Ju/rs. Cette extension abusiA'c du
régime corporatif à toute l’industiie du pays, rencontra partout une résistance très vive. En 1597, Henri 1\' renouvela cet édit, en constatant (pi’il n’avait reçu aucune exécution. Cet acte malheureux ne fait pas partie de la large politi(]ue économique inaugurée par ce grand prince, (piand il fut délinitivement assis sur le troue, (’e fut un ])ur expédient linancier, nécessité, comme le dit le préambule de rédit, par la nécessité de payer les colonels des troupes suisses, auxquels était attribué le prodidt des droits des nouvelles maîtrises La ville de Lyon obtint, en 1006, une exemption formelle, et conserva ainsi, jusqu’à Colbert, cette libeiië des métiers à laipielle l’échevinage attribuait la prospérité de l’industrie locale. En ICl i, les Etats généraux la réclamaient encore pour toute la France. Ouand, on 1679, Colbert re])rit le système des édits de 1581 et de 1597, il avait dans les intendants des instruments assez énergiques pour en im]»oser l’application. Malgré cela, beaucoup de villes, dans le Midi surtout, et généralement les artisans des campagnes parvinrentà maintenir la liberté du travail unie heureusement alors :i la confrérie professionnelle : ils les conservèrent jusqu’il ce que la Hévolution vintdétruire cette heureuse combinaison de deux principes également nécessaires à la paix sociale.
Un des grands abus de cette époque, était la vente, par le roi, de lettres de ‘maîtrise^ sans aucune obligation d’appren-
i LA CRISE DU XVC SIÈCLE 265
f tissage ni de chef-d’œuvre. LouisXl avait inventé ce procédé,
I qui violait évidemment les droits acquis des maîtres des cor-
j porations. Mais, comme Henri IV le faisait remarquer en
i 1602, dans des lettres de jussion, pratiquement cela empè-
i cbait le monopole des corporations de devenir trop étroit, et
i fournissait aux hommes capables que les épreuves forma-
! listes eussent écartés, le moyen d’exercer l’industrie. Le par-
j lement s’associait à ces vues, en réservant les justiticalions
•f de capacité professionnelle, seulement pour les métiers d’apo-
thicaire, d’orfèvre, de chirurgien : judicieuse distinction entre les professions pour lesquelles les preuves de capacité i' sont inutiles et vexatoires, et celles où l’intérêt public les ré-
f clame réellement.
: C’est aussi sous la forme de privilèges royaux que se pro-
j duisent, à cette époque, les brevets d’invention, que la pro-
I priété littéraire est reconnue, entin que la grande industrie
i trouve, dans les manufactures royales^ un nouveau type d’é-
' •tablissements placés complètement en dehors dés cadres cor-
poratifs.
Grâce aux lettres de maîtrise, vendues h bureau ouvert jusqu’à la tin de l’ancien régime, le monopole des corporations a été pratiquement atténué en France, et cette institu- 1 tion a eu un caractère beaucoup muins exclusif, chez nous,
\j qu’elle ne l’a eu, au dix-septième et au dix-huitième siècle,
'!/ en Allemagne où la défaillance du pouvoir impérial avait
1 laissé libre carrière aux oligarchies municipales.'
Il est bon de remarquer à ce propos que, dans l’étude des institutions si compliquées de l’ancien régime, il faut tenir compte de leur réaction réciproque. La vigueur du tempéra- ' ment national faisait tourner à bien plus d’un abus : les
lettres royales de maîtrise, par exemple, empêchaient le monojiole des corporations d’étoulfer l’essor de l’industrie, tout comme c’est à la Aœnalité et à l’hérédité des offices de judicature que nous devons la grande garantie de l’inamovibilité de la magistrature. C’était alors un principe constitutionnel inconnu, en théorie, aux penseurs les plus hardis. Au dixhuitième siècle, les pays étrangers nous l’empruntèrent.
Au quinzième et au seizième siècle, les ouvriers trouvaient encore de jirécieuses garanties pour leurs droits et leur dignité dans les cor])orations, quoique la supériorité de condition sociale des maîtres fut fortement accentuée par la législation. La même confrérie réunissait, presque partout, les
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