‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 93 sur 161 · L.\ CRISE DIT XVP SIÈCLE · texte numérisé non relu

L.\ CRISE DIT XVP SIÈCLE

protectionniste très accentué, mais elle suscitait entre elles des guerres acharnées qui les rendirent impuissantes, en Orient, devant la conquête ot^mane, etqui devaient finir par les livrer elles-mêmes à la domination espagnole.

Ces conceptions étroites de la concurrence commerciale s’expliquent sans doute par l’insuffisance des débouchés à ces époques et par les privilèges de trafic et de douane qu’el- Ics se disputaient aussi bien en Angleterre ou en France qu’en Orient, comme le seul moyen d’échapper à l’énormité des taxes et des péages ; mais les esprits élevés en apercevaient le vice, et le discours que l’illustre doge Mocenigo adressa au Sénat vénitien, en 1421, pour le détourner d’une guerre avec Milan, peut encore être cité comme une des plus belles démonstrations de l’union des saines données économiques avec le principe chrétien du droit des gens.

Tandis que le régime seigneurial et la vie économique locale dominaient encore dans l’Europe occidentale, la vie urbaine, l’activité manufacturière et l’économie monétaire étaient prépondérantes en Italie : les salaires et les prix étaient plus élevés que dans tout le reste de l’Europe, les populations tendaient même use concentrer dans les villes et à abandonner lacampagne. En effet, l’émancipation du servage s’était produite dans le territoire des grandes communes, à Milan, à Florence, à Cologne, dès le treizième siècle, avec un caractère systématique et radical, qui rappelle parfois les lois de ITül. Mais les cultivateurs y trouvèrent moins d’avantages que dans les transactions graduées qui, sous 'la forme de chartes d’alfranchissemeiits, intervinrent en France entre les communautés d’habitants et les seigneurs, en laissant entre eux, pendant rîes siècles, subsister des rapports sociaux excellents.

En Toscane, en Lombardie, le paysan émancipé perdit ou au moins n’acquit pas la possession de la terre : il fut seulement emphytéote par un contrat écrit île livello ou métayer. Ailleurs, dans les Maremmes, dans les Marches, dans le royaume de Naples, les latifundia livrés au parcours des bestiaux prirent, au quinzième siècle, la place des cultures morcelées et des nombreux villages des temps féodaux. La dépréciation des terres, la baisse des blés importés de la mer Noire, et la hausse de la laine provoquèrent ainsi en Italie des [ihénomènes économiques semblables à ceux qui se produisirent.

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avec tant d’intensité, en Angleterre, sous lienri VIII et Elisabeth.

Dans certaines parties du pays, la puissance des seigneurs s’était maintenue. Partout, d’ailleurs, une réaction aristocratique très vive se produisit, au quinzième siècle, dans le Milanais et les Marches, aussi bien que dans l’intérieur des villes républicaines, contre la démocratie bourgeoise qui avait triomphé au temps de la Ligue Lombarde.

-V cette époque la société était morcelée en une multitude de petits Etals, de communes, de corporations, dont l’accès était plus ou moins diflicile, et la production industrielle plus stable était aussi plus limitée. Une foule de gens ne pouvaient donc trouver à vivre qu’en se plaçant dans la dépendance d’un grand seigneur ou d’un prince-marchand. Le condottierismc et les grandes clientèles des patriciens urbains, tels que les Albizzi, les Médicis, furent, en Italie, la forme que prit celte nouvelle aristocratie, fort différente de celle du onzième siècle qui reposait sur la féaulé et la concession de la terre.

Dans le même temps en Angleterre, le parlement multiplie les statuts contre les seigneurs qui font porter leur livrée à des multitudesde serviteurs de tout rang. II en était de même en Espagne et aussi en France, quoique dans une moindre mesure.

-Alais l’av'ortement de la démoci atie fut surtout la conséquence de son impuissance à se gouverner elle-même. Tandis que l’aristocratie vénitienne assurait lastabilité de sa constitutionen laissanlune grande liberté pratique et en procurantun grand bien-être aux classes ouvrières, à Florence le fameux {/uuvernemeni des arts n’avait été autre chose que la domination de la bourgeoisie manufacturière. Le popolo ffrasso et même \e pojhtlo minuto étaient un Tiers-Etat, au-dessous du- (juel s’agitait le quatrième état. Les tumultes des Ciompi, en 1378, et le mouvTmenl démagogique auquel Savonarole donna l’impulsion en 1494, avuiielit été sans doute provoqués par une oppression linaiicière des classes populaires (car presque tous les impôts consistaient en droits de consommation sur les subsistances). Au début, Savonarole demandait seulement l’établissement de l’impôt proportionnel du 10" sur tous les revenus, en excejitanl toutefois, comme c’est justice, le salaii'c des ouvriers: il réclamait aussi la fondation, à l’aide de cai)ilaux fournis par la charité des riches, de deux monts

LA CRISE DU XVI e SIÈCLE

de-piété qui permissent au peuple d’échapper à l’usure des .Juifs, mais ses récriminations contre le capital soulevèrent des passions qu’il ne put maîtriser et l’entraînèrent luimême plus loin qu’il ne voulait au début. Luicciardini a laissé un tableau magistral des malheurs causés à la Hépublique par la domination des nouvelles couches sociales, et surtout par l’instabilité gouvernementale qui résulte du principe démocratique.

« Tantôt, diUruicciardini, le gonfalonier de justice, Ridolli. « propose au grand conseil une banqueroute partielle du « Monte , une réduction ou -une suspension du paiement des « intérêts ; tantôt on résout à la légère d’amortir en six an- « nées les dettes de la commune, opération que les circons- « tances rendaient impossible ; un jour l’alliance conclue avec « Louis XII fait monter les rentes sur l’Etat ; le lendemain « on se retrouvait en présence des réalités dangereuses de la « politique extérieure et des embarras du dedans.

« Le désordre des grandes assemblées, ajoute Guicciardini, « les longues et tardives délibérations, les secrets de l’Etat « divulgués; nulle clarté sur la direction et le mouvement « des choses italiennes. Nous étions surpris à l’improvistc

« par la mauvaise fortune I^es princes du dehors n’avaient

« avec nous ni intelligence, ni amitié, faute d’hommes ii qui « ils pussent se fier ; les finances, disséminées en de nom- « breuses mains, partagées entre des administrations négli-

« gentes, étaient dissipées avant d’être recueillies Onjetait

« l’argent inutilement et trop lard. Ce qu’on eût fait pour « 100 ducats, on ne l’avait plus ensuite pour 100,000. De là, « tous les jours, des taxes énormes qui écrasaient les contri- « buables ; et le gouvernement, sans cesse à court d’argent, « frappait chaque jour les plus riches citoyens d’emprunts « forcés, ressource impuissantcencore, qui nous laissait négli- « cer toutes choses, surtout l’armée, et la défense du territoire « et des forteresses. »

Poursuivant celte affligeante revue des calamités qui se succèdent naturellement les unes aux autres, l’historien nous montre les citoyens honnêtes et éclairés^ se détournant des affaires publiques et des ambassades. L'Etat étant ainsi livré aux ambitieux vulgaires et aux aventuriers, la licence, l’ar-* bitraire et l’incurie gâtent de concert l'administration de tous les offices; Florence se voit méprisée de ses sujets et suspecte aux princes italiens ; la cité est ruinée, déshonorée, la hautç

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