‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 95 sur 161 · I..\ latlSE DC XVl6 SIÈCLE · texte numérisé non relu

I..\ latlSE DC XVl6 SIÈCLE

avec leur réseau de comptoirs, de succursales, dans toutes les places commerciales de l’Europe, assuraient leur supériorité dans le commerce du change : elles recueillaient tous les capitaux disponibles par les participations qu’elles assuraient dans leur profits à ceux qui leur apportaient leurs épargnes. En dehors de la crise occasionnée par la banqueroute qu’Edouard ni, roi d’Angleterre, fit aux bardi et auxPeruzzi, les opérations de ces banques paraissent avoir été remarquablement sûres.

L’esprit tinancier dans les villes italiennes était très développé par l’importanee des emprunts d’État et par les transactions auxquelles ils donnaient lieu.

Dans l’Europe féodale, (juand un prince, un monastère, une ville avaient épuisé les ressources de l’emprunt à court terme, ils se procuraient de l’argent en constituant des rentes viagères. La charge de ces rentes, calculée.sans tenir compte de l’Age des rentiers et à des taux très élevés, était fort lourde pour la génération ; mais elle s’allégeait rapidement et disparaissait nécessairement au bout d’un certain nombre d’années, contrairement aux emprunts en rentes perpétuelles, avec majoration du capital, auxquels se livrent la plupart des Etats modernes. Le prélèvementénorme etsans fin, qui est fait sur les produits de l'agriculture et de l’industrie, jiolir payer

les deux milliards huit cent millions d’annuités de nos dette

fausse le jeu de toutes nos ressources économiques, et amène des soutfrances sociales qui rendent une catastrophe inévitable, si un gouvernement réparateur ne vient pas promptement relever la chose publique.

Et cependant c’est dans les villes italiennes, si éclairées, si avancées, que cesystèmea pris naissance. La raison en est dans leur état économiipie. L’argent y était vraiment un capital et chacun pouvait si facilement, en le confiant à un banquier, en tirer profit tout en le reconstituant perpétuellement, qu’aucun père de famille n aurait consenti à le donner à l’État à fonds perdus, mêmepar l’appAt d’un gros intérêt viager. Le système des emprunts viagers, très favorable à lamassedes contribuables, l’est en ell(;t lieaucoup moins à la constitution des patrimoines privés. Dnand, au milieu du sidzième siècle, les Lapes furentobligés de i-ecourir auxemprunts imblics, ils donnèrent autant que possible, la préférence aux rentes temporaires et viagères, pour ne pas supplanter leurs successeurs, comme disait le cardinal de Succa.

CHAPITUE VI

A Venise etii Gènes, les rentiers percevaient pardes délégués les impôts atîe.ctésau service età l’amortissementdesemprunts, absolument comme le fontaujüiird’luii, à Constantinople et au Caire, les commissions (inancières de la Turquieou de l’Egypte. A Gènes, en l iüT.la llépuldique, voulant unitier sa dette et l’amortir, constitua la fameuse Cassa diSan Ciorf/io, qui, jusqu’en I "/UG, administra avec la {dus grande sagesse les revenus assignés comme gage à ses créances, entreprit de grands travaux publics, remplit à la fois le rôle de banque de crédit commercial, et celui de caisse de capitalisation.

Les excellents résultats de son administration, pour ta fortune |)ubliquc et {tour les patrimoines privés, sont dus au respectque tous les {lartismontrèrentpour son indé[»endance. Sa constitution resta immuable {lendant près de ({uatre siècles ; grand exemple pour les pays comme la Fiance, dont le crédit repose surime banque d’Etat. L’indépendance et l’autonomie de l’administration de cette banque sont la garantie suprême du crédit public.

\ Florence, au contraire, ta démocratie conserva toujourssous sa main les livres de la dette publicpie, et se livra de{)uis l’avènement des basses couches sociales au pouvoir en L17(S, jusqu’à l’établissement des Médicis comme Grands-ducs par CharlesQuint, à toutes les expérimentations que peut inspirer le caprice populaire ou la passion politique.

Mais si la populace llorentinc se laissait aller à des actes de passion, la voix de la raison et l’expérience reprenaient vite leurs droits dans cette ville de marchands et de manufacturiers.Ils étaient bien vite avertis de leurs fautes par la dépression de la cote des fonds publics.

Les emprunts de l’Etat étaient en effet partagés en coupures uniformes, qu’on appelait compere à Gènes, luoffhi dei Monti à Florence et à Rome, imprestito. à Venise. Insaisissables pour dettes, ellesétaient transmissibles par simple transfert sur les livres de la Dette jjublique. Or, elles se négociaient à des cours variables, au pair, au-dessous ou au-dessus du pair, selon l’état des affaires. La lioursc des effets publics fonctionnait dans ces villes, au xv'^ siècle, comme aujourd’hui à Paris ou à Jjondres, et elle y était non moins imjiressionnable à la bonne et à la mauvaise politique.

La spéculation s’en mêlait aussi. Florence et Gènes connaissaient les opérations à terme, dans des conditions qui ressemblent beaucoup aux reports usités aujourd’hui. Les

LA CRISE DU XVF SIÈCLE

hommes d’Etat llorentins regardaient, avec raison, ces jeux de bourse comme fâcheux pour la prospérité publique, et pour les arrêter ils établirent, en l.‘I71,un imjiôt de âU[0 sur tous les transferts.

C’était une mesure semblable à celle qui vient d’être établie en Allemagne et en France. Mais ces mesures, bonnes pour les temps de {»rospérité, rendent [dus difficiles les appels au crédit dans les temps de crise. Aussi, en 1478, tronve-t-on dans les statuts une sorte d’amende honorable faite à la spéculation j)ar la Seigneurie, quisans doute allaitavoir de nou-

veaux services à lui demander.

Le grand fait social qui se dégage de ces phénomènes économiques si particuliers, quand on tes compare à l’état social du reste de l’Europe encore tout im[3régnée du régime féodal, c’est la constitution de la {)ro|)riété mobilière.

LE CRÉDIT POPULAIRE ET LA QUESTION JUIVE AUX XV« ET XVie SIÈCLES.

Le développement de la banque et du crédit public dans les villes italiennes a eu une inlluence considérable sur la législation économique de la France au xvP siècle. Ces faits économiques nouveaux ont eu, à leur tour, une réaction considérable sur les idées courantes et sur la science.

Mais, avant d’aborder cette étude, il est utile de montrer comment était organisé, en Europe, au xv® et au xvi® siècle,' le crédit privé et spécialement le crédit populaire, et aussi comment se posait, à cette époque, cette question des Juifs, qui semble devoir se représenter au milieu des sociétés chrétiennes, à certains intervalles, en vertu d’une loi mystérieuse de l’histoire.

Au moyen jlgm, les diverses classes étaient obligées de recourir au crédit {lar suite de nécessités plus fréquentes et plus impérieuses que de nos jours. D’une part, la noblesse et la bourgeoisie, en vertu des [irinci[*es féodaux, devaient le service militaire à leurs frais; par conséquent une partie des dépenses qui incombent aujourd’hui à l’Etat, pesait directe-

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r.nAPiTHE VI

LA CUISE DC XVl^ SIÈCLE

ment sur les particuliers. D’autre part, la société, dans son ensemble, était moins riche ; le travail se trouvait fréquemment interrompu, des disettes cruelles venaient détruire les . faibles ressources accumulées par l’épargne des familles.

Les divers procédés eniYjloyés pour se procurer les moyens de vivre et de faire face à ces besoins extraordinaires, étaient les engagements de domaines ou ventes à réméré — qui ont amené bien souvent la substitution de nouveaux propriétaires aux anciennes races, — la constitution de rentes viagères, — etenlin les rentes perpétuelles. Ces dernières prirent, au xv** siècle, une importance croissant!!.

Leur taux variait, au début, suivant chaque cas particu- .lier ; mais généralement ce taux était supérieur à celui des prolits agricoles, ou au loyer des maisons. De là, la ruine des familles, obligées de servir des rentes. Les gouvernements cherchèrent à remédier à celte situation, d’ahord en fixant un taux légal, au-dessus duquel le contrat était réputé usuraire ; puis, en accordant, malgré toutes clauses contraires, le droit aux débiteurs de rentes de les racheter.

Cette faculté fut généralisée, en KiTO, par une huile de Pie Vqui se fondait sur la doctrine constante de l’Eglise en matière d’usure ; cette huile apporta un immense soulagement aux déhiteurs, parce qu’elle leur permit de profiter de la baisse du taux de l’intérêt.

Ouantau peuple, il était livré aux extorsions des usuriers, qui achetaient les récoltes en vert, ou iirêtaient sur gage. Eu Erancc, en Allemagne et en Angleterre, les Lombards disputaient aux Juifs, cette triste industrie.

Elle s’exercait môme en Italie, et, malgré le grand développement des banques de commerce, les Juifs exploitaient odieusement le peuple de Venise et de Florence. De la une exaspération qui se traduisit quelquefois par des violences regrettables, mais qui était provoquée par une intolérable oppression.

La manière dont les Juifs ont été traités au moyen âge, n’a pas toujours été la même ; il faut distinguer plusieurs périodes dans celte histoire. Depuis l’invasion des barbares jusqu’à la deuxième croisade, et même jusipi’à Louis VlIi,ilsont été traités avec une grande faveur. Les travaux de M. Saige et d’autres érudits, ont démontré la richesse territoriale et la haute position sociale qu’ils avaiimt conquises dans le midi de la France. Le clergé, pour les convertir, discute

avec eux en prenant pour base commune les livres de l’Ancien Testament.

Tout à coup, au commencement du treizième siècle, on découvre par un hasard providentiel le Talmud, ce livre qui, pour la grande masse des Juifs est bien au-dessus delà Bible, et qui les constitue à l’état de société secrète au sein de la société civile et d’ennemis héréditaires du nom chrétien.

De là, un changement considérable dans la législation et dans l’opinion des hautes classes à leur égard. En 13ÎK>, ils furent chassés délinitivement de la France proprement dite ; mais ils demeurèrent très nombreux et très intluents dans le Dauphiné, en Savoie, en Provence, en Italie et en F]spagne. Dans ce dernier pays, la période de faveur et de protection se prolongea pour eux jusqu au (juinzième siècle.

Cependant, partout l’opinion puhliipie, s exju'imant par les représentants de tous les ordres de 1 Etat, se plaignait des Juifs avec une insistance croissante. Seuls, les princes les protégeaient, parce (ju’ils trouvaient chez eux des médecins, des collecteurs et des fermiers d'impôts ; enfin j>arce qu ils pouvaient jirélever sur les communautés juives, sans aucun contrôle ni formalité, des sommes d’autant jilus fortes qu ils leur avaient accordé plus de facilites pour s enrichir aux dépens de leurs sujets.

Bien n’est mieux établi, pour (piieonque connaît le moyen îlge, que l’oppression économique et linancière exercée par lès Juifs sur toutes les classes productrices, dans les jiaj'S où cette protection intéressée leur avait jtermis de cioitie en nombre et en puissance. Aussi est-on étrangement suipiis de lire, dans le livre de M. Ihéodore Beinach, celte asseition ; « Oaant à une usure jiropremenl dite, c’est-à-dire « à un intérêt supérieur au taux legal marqué par les privi- (( lèges, le commerce des Juifs, au moyen ùge, en olfre peu « d’exemjiles : la probité et la loyauté semblent avoir été

<( LA RÈGLE ORDINAIRE DE LEURS OPÉRATIONS; H fill eXlstC t/CS

(( preuves abondantes dans les avehires (1). »

Il sera bien tliflicile aux apologistes du judaïsme de changei l’histoire. On en est convaincu en lisant les témoignages accablants des écrivains les plus bienveillants pour les Juifs,

(1) Histoire des Israélites depuis l'époque de leur dispersion jusqu'à nos jours (iu-12, Ifacbetlc, 188î>) p.loü.

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