CHAPITRE VI
comme Heiignot, Boiirquelot, Amacloi' de 1ü« Bios, et surtout en fouillant ces arcliives auxquelles M. Théodore Reinach fait si imprudemment appel.
Il y a quelques années, .M. Frudhomme, archiviste de l’Isère et 1 un des collaborateurs de la Jtevuo /h‘s (‘tudes juives, a publié une histoire des .Juifs en Daiqjliiné, où, à chaque page, on voit la preuve de l’excès de leui’s usures, (juand les princes leur permettaient de prêter à 2.'J 0 0, ce taux, que leur apologiste regarde comme honnête, ne leur suffisait pas, ils s’arrangeaient pour prêter a oOü/O, en dissimulant leur opérations sous la lurme d’achats de récoltes en vert et tle ventes a réméré. Ils gardaient tréijuemment les oliligalions acquittées par leurs débiteurs, de manière ;i pouvoir en redemander de nouveau le montant acci'u désintérêts composés, quelques années après. Le dauphin dut créer des notaires spéciaux pour recevoir les actes dans lesipiels des -Juifs étaient intéressés,
parce qu ils s’etaient souvent acquis la connivence de ces officiers ministériels.
A Rome, il fallut les obliger à tenir leurs écritures commerciales en italien de manière <à rendre possible le contrôle de la justice, tant étaient grandes leur probité et leur loyüutr ! M. l’errens a constate les nn';mes usures énoi’mes à f lorence, vers la fin du quinzième siècle. (Quelque chose d’analogue à ce qui se passe aujourd’hui en Hongrie et en Alsace, se produisait en IVovence et en Dauphiné; les .Juifs devenaient i*aj)idement acquéreurs d’une masse considérable de biens fonds, et la pujudation nationale risquait d’être expropriée du sol. Beaucoup de communes du Dauphiné avaient perdu leurs biens communaux, h cause des dettes énormes qu’elles avaient contractées vis-k-vis des -Juifs.
•\ ces causes économiques il faut ajouter les insultes que les -Juifs riches se permettaient envers les chrétiens pauvres qu’ils tenaient dans leur dépendance.
Un nouveau reproche s’élève contre eux, au quinzième siècle : c’est l’exercice du i»roxénétisme et des pratiques abortives. De plus, on dut se préoccuper de la propagation de la doctrine et des mystères de la Kabbale, (pie les docteurs juifs cultivaient avec grande ardeur, et qu’ils s’etJbrcaient de répandie chez les chrétiens parallèlement au scepticisme rationaliste d’Averroès et de Maimonide.
Ces crimes jirirent une telle inpiortance, qu’ils obligèrent les Papes du seizième siècle a édicter des mesures de protec-
-Ai,
LA CRISE DU XVI® SIÈCLE
tion pour la société chrétienne, et à empêcher une dangereuse familiarité de s’établir dans les rajiports sociaux ; de h'i l’obligaDon pour les Juifs de résider dans le Ghetto, qui date de cette épiique. Cette action de la Papauté est très significative, car, jusque-là, elle avait été très favorable aux Juifs: elle était constamment intervienne pour réprimer les explosions de la haine populaire contre eux. L’Église envisagera toujouis la question juive a un point de vue religieux, qui, pour elle, domine le coté économique et politique, dont les peuples se préoccupent principalement.
En Espagne, c’est seulement vers 1 RIO et 1474 que se produit un grand revirementdans l’opinion publique. Il est provoqué a la fois j»ar 1 excès des usures des Juifs signalé par les Cortès de Castille, et surtout par la découverte du défaut de sincérité de la plupart de leurs conversions. Leur nombre et leur dangereuse hypocrisie faisaient courir de tels dangers :i la nationalité espagnole que leur expulsion s’imposa comme une nécessité de salut public : la*démonstration péremptoire en a
été faite par M. Amador de los Bios, le savant professeur de l’iiniversilé de Madrid.
Il faut mentionner à cette occasion, la célèbre consultation adressée, dit-on, en 1488, par les -Juifs de Provence et d Espagne aux chefs de leur nation établis à Constantinople, et la réponse de ceux-ci, qui leur conseillent de .se convertir en apparence, mais de pratiquer secrètement le judaïsme, et de se rendre les maîtres de la société chrétienne, en se faisant médecins, avocats, financiers et même pretres ! Le document est apocryphe ; mais il indique très exactement comment la question juive se posait alors. On sait d ailleurs que quelques Juifs s’introduisirent à Bordeaux, en l.i.iO, et obtinrent la permission d’y séjourner à titre dé nouveaux chrétiens et de marchands portugais. Pendant cinq générations, ils fréquentèrent l’église et reçurent tous les sacrements ; ce n’est qu’au commencement du dix-huitieme siecle qu’ils cessèrent de jouer la comédie, et se montrèrent Juifs, comme il l’étaient toujours restés en secret
L(3.s Juifs chassés d’E.spagne, de Portugal et de Provence se réfugièrent a Amsterdam, à Constantinople et en Italie. Ils trouvèrent surtout un asile à Venise, dont l’aristocratie financière éprouvait une sympathie particulière pour eux, et dans les Etats de la maison de Savoie, qui vit dans leur