‹ Les grandes époques de la France (volume 2)Chapitre 10 sur 24 · SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS

« Sa piété, qui était celle d’un anachorète, ne lui ôta aucune vortu de roi. Une sage économie ne déroba rien à sa libéralité. II sut accorder une politique profonde avec uqe justice exacte, et pout-Étro est -il le seul souverain qui mérite cette louange. Prudent et ferme dans le oonseil, intrépide dans les combats, sans être emporté, compatissant comme s’il n’avait jamais été que malheureux, il n'est pas donné à l’homme de pousser plus 4oin la vertu; » / ».

Voltaire.

ï. t)e Charlemagne aux rois capétiens. — II. Les premiers rois capétiens •, Louis VI; Philippe-Auguste à Bouvines. — UL Louis IX, Blanche de Castille régente, —• IV. Louis IX roi. sr- V. Louis IX chevalier pt croisé ; Retour sur la première croisade, Godefroy do Bouillon; septième croisade; voeu de saint Louis ; d’Aigues-Mortes en Égypte; bataille de la Massoure; Retraite désastreuse; saint Louis en Palestine; son retour. — VI. Louis IX le Justicier; sou équité dans la politique; soins qu’il donne àla justice dans son royaume, •w VU. Louis IX le Saint; sa piété ; ses bonnes oeuvre»;

. sainteté desa mort. .. : ■ >

Quatre siècles se sont écoulés depuis la mort de V® Charlemagne. La race carlovingienne a disparu ; une roi { eD " apé ‘ famille nouvelle lui a succédé, celle des Capétiens^ «*- 9 # 7

dont les destinées demeureront unies jusqu’à la Révo- ' lution française aux destinées de notre patrie.

C’est à l’avénement des Capétiens, ancêtres de saint Louis, que se manifeste avec une plus vive évidence' l’histoire de la monarchie et de la patrie française.

Avant eux, on assiste à l’établissement et à la chute rapide de deux empires, ceux de Clovis et de Charlemagne, dont les héritiers ne peuvent soutenir l’œuvre

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pajtmelle; mais quand l’immense domination de Charlèmagne se fut divisée, on vit les peuples, conduits par des chefs nationaux, se partager les territoires suivant leurs langues, et la nationalité française, con-' fondue dans l’empire càrlovingien, se dégager. La France des Capétiens ne fut plus, il est vrai, que la partie occidentale de l’empire; baignée au nord et à 4’ouest par la Manche et l’Océan', elle se trouva bornéç à l’est par la Meuse et le Rhône. Encore le dém&nbcement ne s’était-il pas arrêté là. Cette France si réduite était elle-même morcelée entre des chefs qui s’étaient rendus indépendants de toute, autorité te exerçaient dans l’intérieur de leurs terres ou fiefë tous i&?4r<ût'$ d’un souvèfain. Ce n’esf pas que là France lut alors sans roi. Entre les plus puissants seigneurs, fl y en avait un, le duc de France, seigneur du fief le mieux situé pour attirer et réunir à lui tous'Ies autres, qui s’était emparé de ce nom de roi et l’avait usurpé sur les derniers Carlovingiens comme Pépin le Bref, v premier Carlovingieii, l’avait lui-mème usurpé sur les derniers Mérovingiens. Mais ce fut d’abord entre ses mains un Vain titre. 11 ne fallut rien moins que la sa-

gesse et la prudence, mêlées de courage et d’opiniâtreté, des premiers princes de cette maison pour donner quelque autorité au titre royal.

Comme les Carlovingiens, les princes Capétiens méritèrent leur avènement au trône. Du temps où l’empire s’écroulait de toutes parts sous l'effort de nouveaux Barbares, et où la société tombait elle-même en ruine, ils firent face à ses ennemis et tentèrent de réprimer le désordre. Contre les Normands », qui pénétraient par nos fleuves jusqu’au cœur du pays et faisaient fuir devant eux les populations, c’est un Capétien, Robert le Fort, qui se lève, les arrête un moment sur la Loire et tombe à Brisserte, quoique vainqueur, écrasé sous le nombre (866). Un autre Capétien, Eudes, aidé de l'évêque Gozlin, défend Paris contre leurs assauts. Un troisième, Raoul, fait face à d’autres ennemis, les Hongrois, venus de l’Est.

En même temps qu’ils étaient les héroïques défenseurs du sol français, ils aidaient l’Église, qui était alors le seul lien de la société, dans son œuvre bienfaisante/Ils devaient recevoir d’elle en retour le plus précieux secours moral.

i On désignait sous lo nom général de Normands (hommes du Nord), los peuples qui habitaient les deux presqu'tlos Scandinaves et qui, par leurs incursions, désolèrent la France entière pendant trois quarts de siècle. Une de leurs bandes finit par s’établir dans la provinèe qui a pris d’eux le nom de Normandie (911).

tes premiers rois Capétiens •987-1226.

Louis VI.

UÛ8-1137.

Hugues, qu’on appela Capet ( Chappatus ), de la chape qu’il portait au lutrin de l’abbaye de Saint-Denis, se montra fidèle ami du clergé, et profita de cette alliance étroite pour faire sacrer son fils de son vivant. Ses successeurs imitèrent son exemple; ils s’assurèrent ainsi la transmission du titre et attendirent qu’il fût respecté et obéi. Il ne l’était guère alors : Hugues, voulant ranger h son devoir un comte de Périgueux et lui demandant avec hauteur qui l’avait fait comte, reçut cette réponse : « Qui t’a fait roi ? » Ses successeurs se le tinrent pour dit pendant trois règnes et demeurèrent dans une prudente réserve, tandis que les autres seigneurs de France s’engageaient dans de grandes entreprises, allaient au loin guerroyer en Portugal et dans le royaume des Deux-Siciles, conquéraient l’Angleterre, ou, répondant à l’appel de Pierre l’Ermite et du pape, partaient pour la première croisade. Ce temps ne fut pas perdu pour la royauté, qui profitait de tout sans . bruit. Un jeune arbre poussait avec vigueur, comme on a dit, au milieu du taillis féodal et tirait à lui toute la sève : c’était le chêne royal. •:

Le cinquième Capétien, Louis VI (1108-1137), surnommé d’abord l’É veillé, puis le Gros, parut un autre prince. 11 pensa qu’il était temps de montrer que le roi devait être obéi et respecté, et se proposa de réduire à l’obéissance les barons pillards de son domaine.

Bloqué dans sa capitale, Paris, de quelque côté qu’il regardât, il voyait ses vassaux, maîtres des routes, régner sur le plat pays. Les châteaux de Montlhéry et du Puiset lui fermaient la route d’Etampes, celui de Corbeil tenait te Seine, ceux de Montmorency et de Goucy dominaient, du haut des collines où ils étaient assis, le Parisis et le Vermandois. Pour briser ces entraves, Lonis commença la guerre, du vivant de son père, avec un petit nombre d’hommes d’armes que l’abbaye de Saint-Denis, alors le centre et le cœur de la France royale, l’aida à entretenir, et avec le secours des populations soulevées. Les curés lui conduisirent leurs paysans, organisés en milices sous la bannière du saint de 1a paroisse ; eux-mêmes donnèrent l’exemple du courage, et l’un d'eux, au siège du Puiset, ramena à. l’assaut ses paroissiens, qui lâchaient pied, et leur ouvrit le chemin en forçant- le premier la palissade. Fort de ce concours des populations, Louis VI apprit aux seigneurs, par des exemples de sévère justice, à ne plus compter sur l’impunité : l’un fut enfumé dans 6a tour, dont il ne voulait point sortir ; un autre fut précipité du haut de ses murailles dans 1a rivière; tous sentirent la rude main du prôtecteur des églises et des paysans. En quinze ans de guerre, eet intrépide destructeur de donjons, aidé par le grand abbé de Saint- Denis, Suger, avait fait reconnaître l’autorité royale dans le domaine. v > - Son renom piême alla bientôt au delà. Un des plus puissants seigneurs du Midi, le duc d Aquitaine, lui offrit, pour le jeune prince qui devait être Louis VII,

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1IW)-»223.

Batailla de Bouvines.

sa fille Eléonore, avec son duché pour dot. Tout le territoire qui s’étend de la Loire aux Pyrénées était acquis d’un coup au domaine royal; mais Louis VII (1137-1180) avant répudié Eléonore, celle-ci porta à son second mari, qui devint roi d’Angleterre, cés riches provinces. Les Anglais, déjà maîtres de la Normandie et de l’Anjou, se trouvèrent alors plus puissants en France que ne l’était le fils et l’héritier dé Louis VII, Philippe-Auguste. . •

Heureusement ce prince, qui fut un politique et un guerrier (1180-1223), sut reconquérir la meilleure partie des provinces anglaises et gagner sur l’empereur , d’Allemagne, allié du roi d’Angleterre, la fameuse bataille de Bouvines (1214).

Cette bataille est particulièrement intéressante par l’élan patriotique des milices bourgeoises des communes, qui répondirent avec empressement à l’appel du roi et combattirent avec courage à côté des chevaliers.

Elle se livra près du petit village de Bouvines, entre Lille et Tournai. Après une brève oraison à Notre-Seigneur, dit la chronique, Philippe- Auguste se fit armer en hâte, sauta sur son destrier, en aussi grande joie que s’il dût aller à une noce ou à une fête; et alors on commença à crier par les champs : « Aux armes, barons ! aux armes ! » Cent cinquante sergents A cheval du Soissonnais, vassaux de Saint-Médard, tous roturiers, .engagèrent la bataille par une charge audacieuse. La mêlée devint bientôt générale, et la yaleur personnelle, comme dans tous les combats de ce temps, dut décider le succès, Les Flamands et leur

comte Ferrand, les Allemands et leur empereur Othon 'se battirent bravement; mais les Français tirent des prodiges. Les milices communales de Corbie, d’Amiens, » d’Arras, de Beauvais et de Compïègne, ayant au milieu d’elles l’enseigne de Saint-Denis, dépassèrent les chevaliers, et, voyant le rpi menacé, se mirent entre lui et la troupe à la tête de laquelle chargeait l'empereur Othon. Une lutte acharnée Rengagea autour de Phir lippe-Auguste, qui fut un instant désarçonné et en- ■ .touré de fantassins allemands. Mais au cri de i « Secours au roi! » on accourut de toutes parts. Un brave chevalier, qu’on appelait Des Barres, laissa l’Empereur, qu’il tenait à la gorge, et vint dégager le roi à grands coups d’épée, faisant, dit un historien; une si grande place autour de lui, que l’on aurait pu ; mener un char à quatre roues partout où il passait, tant il éparpillait et abattait de gens.

Enfin les chevaliers et les communes firent si bien, -que les Allemands et leurs alliés se mirent à fuir du plus vite qu’ils purent, Othon, que son cheval blessé

- ' avait emporté loin de la mêlée, monta sur un cheval

frais, mais ne retourna point au combat. Il suivit les fuyards, abandonnant l’étendard impérial, qui était porté sur un char et défendu par les plus braves guerriers.. Ce trophée tomba entre les mains des Français, qui mirent en pièces l’aigle d’or d’Allemagne, et déposèrent aux pieds de Philippe-Auguste ses ailes détachées et rompues.

Les Flamands et les Anglais continuèrent de com battre, mais enfin il fallut céder. La journée était à

nous, journée mémorable de notre histoire. La joie Pot grande dans tout le royaume et témoigna: combien celte victoire était nationale, « Qui pourrait dire, s’écrie l’historien contemporain de Philippe-Auguste, la très-grande joie et la très-grande fête que toutlo peuple fit au roi, alors qu’il s’en retourna à Paris après la victoire ! Les clercs chantaient par les églises des louanges à Notre-Seigneur, les cloches Sonnaient à carillon dans les abbayes ; les rues et les maisons des bonnes villes étaient vêtues et parées de courtines, les chemins étaient jonchés de rameaux d’arbres verts et de fleurs nouvelles ; tout le peuple, petits et grands, hommes et femmes, vieux et jeunes, accourait aux carrefours des chemins ; les moissonneurs se pressaient sur le bord des routes, leurs râteaux et leurs faucille^ sur l’épaule. » Tous acclamaient le roi, et s’écriaient, en voyant le comte de Flandre enchaîné sur une litière, que Ferrand était enferré.

Lorsque le vainqueur de Bouvines mourut, le royaume s’étendait au nord jusqu'à la Flandre, à l’est jusqu’à la Lorraine, au sud jusqu’aux duchés de Provence, de Languedoc et de Gascogne. Louis VIII, qui lui succéda, trouva les choses si bien engagées qu’il n’eut qu’à recueillir les conquêtes préparées par son père. Ainsi, la royauté Capétienne avait pris un grand vol ; elle l’emportait sur les rois anglais, un instant maîtres de la moitié de la France et elle contenait les empereurs d’Allemagne; à l’intérieur, elle pliait à l’obéissance féodale les barons, souvent complices de l’étranger, et les contraignait à respecter la paii publique.

Il arrive souvent qu’un règne de conquêtes au dehors et de compression h l'intérieur est suivi des tentatives des vaincus pour ressaisir ce qui leur a été enlevé, et des révoltes de ceux qui ont été contraints à la soumission. On en vit un nouvel exemple après le règne de Philippe- Auguste et les trois années dé règne de son fils, Louis VIII (1223-1226). L’étranger { s’entendit avec les barons, prêts à se révolter et à profiter de cette belle occasion de troubles qu’on appelle une régence. Louis VIII, en effet, ne laissait pour héritier qu’un enfant confié aux soins de la reine, sa veuve. Blanche de Castille.

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