‹ Les grandes époques de la France (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · I3SO · texte numérisé non relu

I3SO

noms funestes de notre histoire, ou périssent une armée et un grand dessein, où tout se perd/ fors t honneur. En vain les ordres du roi, en vain les re- .. montranccs du grand maître du Temple signalent à Robert d’Artois lé danger d’attaquer avant que toute l’armée ait pu se former en bataille; le jeune prince,

■ entraîné par un vieux chevalier, sourd qui fait entendre le cri d’attaque : Ores à eulx ! charge les Sarra- .

. sins, perce lêurs lignes, les poursuit à travers la ville ■ . , • de la Massoure et au delà; mais, au retour, il trouve ' les Musulmans ralliés, les rues de là Massoure barricadées, lës toits et les terrasses garnis de combattants , qui font pleuvoir les flèches, les pierres et les poutres. Robert, trois cents chevaliers français , deux cent > Quatre-vingts chevalière du Temple succombent. Le

grand maître des Templiers échappe seul, avec un œil crevé. -

Pendant ce temps les Musulmans, très-supérieurs en nombre, attaquent le gros de l’armée avec furie, séparent les divers corps, et une mêlée générale s’engage. Joinville y reçoit quinze flèches et cinq blessures; c’est alors que saint Louis se montre à lui avec son heaume doré et sa longue épée d’Allemagne, le plus bel homme armé que jamais il vit, se portant partout où il apercevait ses gens en détresse et donnant de prodigieux coups de masse et d’épée. A la fin

du jour, on avait conquis le champ de bataille et le

camp de l’ennemi, mais on avait perdu la fleur de l’armée, et saint Louis disait tristement en pensant à son jeune frère mort, que Dieu devait être adoré de tout ce qu’il envoyait; et alors, ajoute Joinville, de grosses larmes lui tombaient des yeux.

Ce n’est pourtant que le commencement des malheurs. Louis persiste dans son dessein de marcher sur le Caire. Il livre une seconde bataille trois jours après celle de la Massoure ; il demeure encore une fois maître du champ, malgré l’infériorité du nombre, niais au prix des sacrifices les plus cruels. Il lui faut charger lui-même au plus profond des ennemis pour dégager son autre frère, Charles d’Anjou, qui allait périr comme Robert d’Artois. Il y « porta et endura maints coups », nous dit Joinville, et son cheval eut toute la crinière brûlée par le feu grégeois. Les chevaliers survivants, couverts de blessures, ne pouvaient plus supporter le poids du heaume et du haubert. Leur petit nombre

Rettftttyi

désas-

treuse.

eût dû leur ôter toute espérance de vaincre; Louis et ses barons, cependant s’opiniâtrèrent à demeurer au milieu de l’infection du champ de bataille. La peste, d’étranges maladies s’attaquèrent aux croisés. Quand entin Louis IX ordonna la retraite, l’armée ne présentait plus que le misérable spectacle d’une multitude presque sans armes et réduite aux dernières extrémités par la famine et l’épidémie. De la Massoure à Damiette, ce fut une retraité lamentable, si bien que les cruels souvenirs de la campagne de 1812 ne surpassent pas en horreur ceux de cette marche funeste. Les mamelucks, plus terribles que les cosaques, fondaient au milieu de ces bandes de fugitifs, et en faisaient un horrible carnage. Tout ce qui fut embarqué sur les galères fut pris et tué, tandis que le long du fleuve cheminaient le roi et les débris de l’armée. Le héros de la Massoure, ce roi chevalier que nous a dépeint Joinville, n’est plus couvert que d’une robe de soie. Il a quitté son destrier et monte un petit palefroi. Il ne peut plus « pour sa grande faiblesse » manier sa terrible épée d’Allemagne, et cependant l’ennemi arrive jusqu’à lui. Il faut, pour le défendre, que Geoffroy de Sargines, seul valide de tous ceux de sa suite, charge sans cesse les assaillants et les écarte du saint roi> comme un bon serviteur, dit Joinville, écarte les mouches de la coupe de son maître. A la tin de l’étape, au village -de Rasai, on dut descendre le roi de cheval et le coucher dans une maison, la tête sur le giron d’une bourgeoise de Paris qui se trouvait parmi les croisés. C’est là qu’il fut pris, c’est là que presque

tous les survivants, sauf les plus hauts barons, furent tués par les Musulmans furieux.

Saint Louis assiste h toutes ces horreurs. II voit tomber les braves compagnons d’armes qui l'ont suivi avec la fidélité du vassal, avec la foi du chrétien. Une

douleur immense emplit son cœur et, de ce jour, son fidèle Joinville ne le verra plus jamais sourire. Il fallut traiter. Le roi rendit pour sa rançon et pour celle de ses barons la ville de Damiette, et paya quatre cént mille besants d’or. Le reste de la rançon devait être acquitté lorsque le roi serait à Saint-Jean d’Àcro. • ' Voilà ce que nous raconte avec une ingénuité épique le sincère Joinville, mais combien ce résumé de son récit est décoloré ! Que de traits d’une héroïque simplicité nous avons omis f Là c’est la reine Marguerite* qui, dans Damiette, fait venir le plus vieux chevalier, lui fait jurer d’obéir à la demande qu’elle lui adressera, et lui ordonne de la tuer plutôt que de la laisser tomber aux mains des Sarrasins. Ici c’est Joinville lui-

môme gardant dans ce grand désastre un peu de gaieté française. Sur le champ de bataille de la Massoure, au milieu des cadavres amoncelés, il défend seul avec le comte de Soissons un petit pont que voulait franchir l’ennemi, et Sous les coups qui pleuvent il se raille de ces vilains qui fuient lorsqu’il les charge : <r Sénéchal, lui crie le comte de Soissons, laissons crier et braire cette canaille. Et, par la coeffe-Dieu ! nous parlerons encore vous et moi de cette journée en la chambre des dames. » Quelle évocation charmante de l’idée de la patrie et dans quel moment ! Mais les voilà prisonniers.

Les Sarrasins viennent à eux l’épée nue à la main. « Je demandai, dit Joinville, à monseigneur Baudoin, qui ’ entendait bien le sarrasinois, ce que disaient ces gens; t et il me répondit qu’ils disaient qu’ils venaient nous couper la tète, et aussitôt je vis une grande troupe de • • nos gens se confesser à un religieux de la Trinité, qui

\ ; . était là. Mais pour moi, je ne me souvenais alors de .

■ ' ' ‘ mal ni de péché que j’eusse fait,, et je ne pensais qu’à recevoir le coup de la mort. Je m’agenouillai aux pieds . - • d’un Sarrasin lui tendant le cou, et je dis en faisant le

' signe de la croix : « Ainsi mourut sainte Agnès. » Et : : ^ '. à côté de moi s’agenouilla aussi messire Guyd’Ebolin,

connétable de Chypre, et se confessa -à moi, et je lui donnai l’absolution autant que Dieu m’en donnait le

• . • ' pouvoir. Mais de chose qu’il m’eût dite, quand je fus

levé, jamais je ne me souvins d’un mot. » Le pieux che- . . . valier Joinville invoque à bon droit le souvenir des <■ ■ martyrs. Il est impossible d’accepter la mort avec

plus de simplicité et de foi.

Saint tou*) Cette désastreuse croisade est terminée, et cependant saint Louis demeurera encore quatre ans en Orient. Il veut d’une part relever les fortifications des places maritimes de la Palestine, et de l’autre attendre la délivrance des captifs qui sont restés aux mains des Musulmans. Cependant l’impatience du retour s’était emparée d’un grand nombre de croisés. On tint conseil ;

* " on discuta si le roi devait partir avant d’avoir délivré

; les prisonniers chrétiens. Beaucoup opinaient pour le départ, mais Joinville s’y opposa. « Les prisonniers ne s’en iront jamais, dit-il, si le roi s’en va. Je me sou-

viens des paroles que me dit un mien cousin : Vous allez outre-mer, mais prenez garde au revenir; nul chevalier, ni pauvre, ni riche, ne peut retourner sans être honni s’il laisse entre les mains des Sarrasins le menu peuple en la compagnie duquel il est allé. » On décida de rester, et alors Joinville, qui voit son conseil suivi, se mit à pleurer à chaudes larmes du regret de ne point partir. Et c’est lui qui nous le raconte, tant il est simple et sincère.

Nous avons peu de choses à dire de ce long séjour en Terre sainte rempli d’escarmouches avec les infidèles, de travaux de fortifications, de chevauchées en tout sens, mais il y a un souvenir touchant que nous voulons rappeler.

Dans une de ces courses à travers le pays, il s’approcha de si près de la ville sainte qu’un de ses chevaliers lui cria : « Sire, venez jusqu’ici et je vous montrerai Jérusalem; » mais le roi, entendant cela, mit sa cotte d’armes devant ses yeux tout en pleurant et dit : « Beau sire Dieu, ne souffre pas que je voie ta sainte cité, puisque je ne puis la délivrer des mains des ennemis. » Que l’on songe à la tendre piété de saint Louis, aux souvenirs sacrés de Jérusalem, où le Christ a partout marqué l’empreinte de ses pas; que l’on mésure alors, si on le peut, le sacrifice du saint roi !

Toutes les douleurs viennent fondre à la fois sur lui. Blanche de Castille meurt, et le royaume remis entre ses mains n’a plus de chef. A cette nouvelle, dit Joinville, le roi mena un tel deuil que de deux jours on ne

put lui parler. Après cela, il m'envoya quérir par un valet de sa chambre, et, dès qu’il me vit, il me tendit les bras et me dit : « Ah ! sénéchal, j’ai perdu ma mère. » À ce coup, il fallut partir; ce fut un triste retour que celui du saint roi qui avait vu mourir la plupart de ses compagnons sans pouvoir délivrer le tombeau du Sauveur, et qui, en rentrant dans son royaume, ne devait point y retrouver sa mère.

Mais dans ces cruelles épreuves du chrétien et du fils, le roi semble grandir encore. Gomme son vaisseau, dans la traversée du retour, s’approchait de Chypre, il toucha si violemment qu’on se crut perdu. Quatre oises de la quille avaient été emportées. « Alors, dit Joinville, saint Louis appela les maîtres nautoniers devant les principaux passagers et leur demanda leur avis sur le coup que le bâtiment avait reçu. Ils s’accordèrent à dire que la membrure du vaisseau était disjointe et qu’on avait tout à craindre du choc des lames en pleine mer. Se tournant alors vers son chambellan, vers le connétable de France et les autres seigneurs présents, le roi leur demanda ce qu’il leur en semblait, et chacun opina pour suivre le conseil des maîtres nautoniers et pour quitter la nef. Alors le roi dit aux nautoniers : « Je vous demande sur votre loyauté, supposez que la nef fût à vous et qu’elle fût chargée de vos marchandises, si vous en descendriez? » et ils répondirent tous « que non, car ils aimeraient mieux mettre leur corps à l’aventure que d’acheter une nef quatre mille livres et plus. » — « Et pourquoi, reprit le roi, me conseillez-vous donc que je descende? »

•. — « Parce que, firent-ils, ce n’est pas jeu égal ; car or ni argent ne peut équivaloir* à votre personne, à celle de votre femme et de vos enfants qui soutà bord. » Alors le roi, se retournant vers les principaux passagers, dit t « Seigneurs, j’ai ouï votre avis et celui de mes gens.

Or, maintenant je vous dirai le mien qui est tel, que si je descends du vaisseau, il y a ici telles personnes au nombre de cinq cents et plus qui n’y voudront non plus rester et qui demeureront en l’ile de Chypre, par peur , du péril, car il n’y a homme qui autant n’aime sa vie nomme je fais }a piienne, et ils courront risque de ne jamais rentrer §n leur pays, C’est pourquoi j’aime mieux mettre pia personne et ma femme et mes enfants en Ja v main de Dieu que de faire tel dommage à tant de monde qu’il y a ici. » Saint Louis acheva dope le voyage, qui fut de plus de deux mois encore, sur cette grande nef si maltraitée, ramenant, suivant le conseil de Joinville, le merip peuple en la compagnie duquel il était allé.

J£n avops-mous fini avec Louis IX le croisé? Non ; le pieu* roi gardera au fond de son cœur le souvenir amer de sa première croisade; c’est à lui, pense-t-il, qu'a tenu l'insuccès : Dieu ne l’a point jugé digne d’une si sajote entreprise; peuHtre sera-t-il plus favorable à #n second effort, Codant seize ans ce yœu de reprendre la croix demeurera caché dans son cœur. JI U’en sortira qu’au jour où le roi de France aura si bien gouverné son roviumte et fondé tant d’utiles établissement qu’il pourra donner satisfaction à sa foi. Mais Ja croisade de Tunis, dont Louis IX doit être uqe dps

Louis IX le Justicier.

premières victimes, ne veut pas un long récit;' le saint y apparaitra plus encore que le héros, et il nous faut auparavant considérer en lui ce caractère sacré de justice qui le lit respecter de toute l’Europe et lui mérita l’amour de ses sujets. •

Un moine cordelier, raconte Joinville, vint vers le roi au château d’Hyères, à son retour d’outre-mer, et pour l’instruire, dit en son sermon qu’il avait lu la Bible et les livres qui parlent des princes infidèles, et qu’il n’avait jamais trouvé, soit chez les croyants, soit chez les infidèles, qu’aucun royaume se fût perdu ou eût changé de maître autrement que par défaut de justice. « Or, fit-il, que le roi y prenne garde, qu'il rende bonne et prompte justice à son peuple, et que pour cela Notre-Seigneur lui permette de conserver son royaume en paix tout le cours de sa vie. »

Ce moine était, comme on voit, un hardi prêcheur; c’était aussi un saint homme, car il ne voulut demeurera la cour qu’une seule journée, quelque prière que lui fit le roi. Il pouvait, au reste, s’en aller content; sa parole était tombée sur le cœur le mieux préparé qui fut jamais à renseignement de la justice, et sa bénédiction devait s’accomplir sur ce règne pacifique.

La justice, en effet, a été si bien le caractère de saint Louis qu’elle préside à tous les actes de son règne, sanctionne toutes ses relations avec les peuples étrangers, consacre ses rapports avec ses vassaux et ses

sujets, et se montre profondément inscrite dans les ordonnances et établissements qui réglèrent et apaisèrent les moeurs violentes du treizième siècle.

Ce roi apaiseur, comme l’appelle Joinville, voulut sa politique d’abord réparer à l’égard des vaincus de son grand- équ,tabl *; père, Philippe-Auguste, ce qu’il croyait être l’abus de la victoire. Il ne craignit pas de restituer aux rois d'Angleterre et d’Aragon quelques-unes des conquêtes de son aïeul, malgré les conseils contraires des habiles. Il rechercha les seigneurs spoliés dans la guerre des Albigeois, et s’efforça de les dédommager. Dans toutes ces transactions, il usa de sa loyauté accoutumée, qui apparaît si bien dans ce récit de Joinville : « Un jour, le seigneur de Trie remit au conseil des lettres, lesquelles disaient que le roi avait donné aux héritiers de la comtesse de Boulogne, qui était morte récemment, le comté de Dammartin. Le sceau de la lettre était brisé, si bien qu’il ne restait plus que la moitié des jambes de la ligure du sceau du roi et le marchepied sur lequel le roi tenait ses pieds. Le roi nous le montra à tous, qui étions de son conseil, pour que nous l’aidassions de nos avis. Nous dîmes tous, sans nul débat, qu’il n’était pas tenu de mettre la lettre à exécution.

Alors il dit à Jean Sarrasin, son chambellan, qu’il lui donnât la lettre. Quand il la tint, il nous dit : « Seigneurs, voici le sceau dont je me servais avant que j’allasse outre-mer, et voit-on clair par ce sceau que l’empreinte brisée est semblable au sceau entier ? je n’oserais donc en bonne conscience retenir ledit comté. » c C’est mauvaise chose, disait-il une autre fois à ses

conseillers, de prendre le bien d’autrui; car, ajoutait-il en riant, le mot rendre est si rude que rien que le nom écordie la gorge par les R qui y sont. »

11 ne voulait par ces actes solennels de justice que satisfaire sa conscience; il se trouva que sa justice eut le succès de la plus profonde politique. Le renom de son équité s’étendit dans toute l’Europe, et des témoignages . d’estime, de confiance et de déférence lui vinrent de toutes parts. Les papes lui offrirent deux couronnes# celle de l’empire et celle des Deux-Sieiles; il les refusa. ' Le roi et les barons d’Angleterre le prirent pour arbitre, et il intervint entre eux avec la bonne volonté de mettre fin à leurs différends, sans s’arrêter aux représentations de ses conseillers. « Il ne faisait pas bien, disaient ceux-ci, de ne pas laisser les étrangers se faire la guerre et s’appauvrir, ce qui leur ôterait les moyens de lui courir sus. » Et le roi leur répondait a qu’ils ne disaient pas bien* car, ajoutait-il, si les princes voisins s’apercevaient que je les laissasse guerroyer, ils sô pourraient aviser entre eux et dire : «<— Le roi, par sa malice, nous laisse guerroyer. Il en arriverait que par la haine qu’ils en auraient contre moi, ils me feraient la guerre, dont je pourrais bien me trouver mal, sans parler de la haine de Dieu, que je m’attirerais, qui dit; — Bénis soient les apaiseurs ! »

soin* qu'a ftl ® rae temps qu’il faisait de l’équité le fond de sa rtdïtou Politique, il imposait à ses sujets des règles de justice ïa'lu.tia. 6 inconnues en ces temps de violence. En sage qu’il était, dan* son p n’introduisit cependant ces réformes qu’avec mesure

royaume. r *

, fc et ne substitua que peu à peu le droit k la force ; mais

il sut faire en sorte que le régime connu sous le nom de » féodalité 1 atteignit sous son règne toute la régularité et la justice qu'il comportait.

Les seigneurs avaient le droit de guerre privée; le duel judiciaire, où la supériorité de force qui avait servi à faire le mal servait ensuite à le consacrer, était en grand usage. Saint Louis, qui pensait qu’on tentait ainsi criminellement Dieu, porta une atteinte décisive

i Nous avons dit au chapitre de la Chevalerie que, dans le désordre qui suivit les démembrements successifs de, l’empire de Charlemagne, chaque seigneur vivait comme Indépendant sur sa terre ou fief. Voici comment s'était établi ce régime qu’on a appelé la féodalité. Le chef barbare qui, en Germanie, donnait à ceux qui lui étaient particulièrement dévoués, ses leudes ou fidèles, des armes de choix en récompense de leürs sôrvièes, leur distribua après la conquête les terres des vaincus. 11 le3 y établit à la condition qu’en temps de guerre ils répondraient à son appel et en diverses circonstances lui payeraient certaines redevances. Ces leüdes oü compagnons du roi firent de môme à l’égard de leürs propres fidèles, de telle sorlo que vers le onzième siècle nous voyons on France un suzerain qui est le roi, des vassaux de tout degré qui sont les leudes du roi, enfin les fidèles de cés leudes, reliés toits ehtre eu* par des droits et des devoirs réciproques ; car si le vassal devait à son suzerain le service militaire et les aides coutumières, le suzerain devait à ses vassaux justice et protection. Chaque seigneur ou vassal était donc maître sur son fief, à la condition dé remplir les devoirs stipulés envers son suzerain. Il administrait lei vilains et les serfs dont nous avons parlé plus haut, et qui n’entraient pas dans le système féodal, parce qu’ils n’étaient pas nobles. Ceüx-ci lui étaient de véritables sujets qu’il pouvait gouverner bien ou mal, jusqu’à ce que la royauté, assez foHe pou* intervenir entre le seigneur et ses administrés, assez équitable pour apparaître comme une grande magistrature de paix, eût fait reconnaître son droit d’ingérence et commencé, par unéalliance naturelle avec les vilains, devenus communion, la révolution qui devait peu à peu ruiner à son profit le système féodal.

à la guerre privée et au duel, en autorisant l’appel d’une des deux parties à la justice royale. Cette justice royale, il voulut qu’elle fût digne de son nom, et grâce aux soins qu’il apporta à bien composer sa cour, à choisir ses baillis, à exercer sur eux une sévère surveillance, l’autorité des juges royaux prit en peu de temps une grande place dans l’estime publique. On vint à eux de toutes parts, car, comme disait un cadi arabe : « Lorsque vous voulez attirer des pigeons, vous jetez du grain, et les pigeons viennent; voulez-vous appeler des hommes, semez la justice, et ils viendront. » La royauté reconquit ainsi le droit le plus majestatif, suivant le mot d’un chroniqueur, celui de dire en justice le dernier mot.

Pour mieux relever la condition du juge, Louis IX voulut lui-même, comme on sait, en remplir les fonctions. C’est ainsi que Joinville nous le représente, assis au pied de son lit, au retour de la chasse, écoutant les plaintes des plaideurs mécontents. D’autres fois, c’est au jardin du Louvre, qu’il vient, avec son manteau de cendal noir et son toquet de cygne blanc, juger les différends du peuple qui l’entoure. Enfin, ajoute l’ami et le biographe du saint roi, « maintes fois advint qu’en été il allait s’asseoir au bois de Vincennes après la chasse, s’acôtoyait à un chêne et nous faisait nous asseoir autour de lui. Tous ceux qui avaient affaire venaient alors lui parler, sans empêchement d’huissier ni autre, et lors, il leur demandait de sa bouche : Y a-t-il quelqu’un qui ait ici partie (c’est-à-dire procès) ?

— fsa —

Tous ceux qui avaient affaire, eu justice se levaient, et alors il disait : « Taisez-vous tous, et on vous délivrera l’un après l’autre ;» et lors il appelait monseigneur René * de Fontaines et monseigneur Geoffroy de Villette, et disait à l’un d’eux : «Délivrez-moi cette partie;» et quand il voyait quelque chose à corriger en la parole de ceux qui parlaient pour lui, lui-même le corrigeait de sa bouche. »

S’il était le juge de paix du chêne de Vincennes, Louis IX était aussi le rude justicier qui voulait « que la justice fut bonne et raide et n’épargnât pas plus le riche homme que le pauvre. » Un marchand ayant été dévalisé en plein jour sur un chemin de la seigneurie de Vernon, il condamna le seigneur à le dédommager. Enguerrand de Coucy avait fait pendre trois jeunes gens qui avaient chassé dans ses bois ; le roi le fit arrêter et juger. Tous les grands vassaux réclamèrent et appuyèrent la demande qu’il faisait du duel judiciaire; mais le roi la rejeta, disant que bataille n’était pas voie de droit. Gomme un de ces seigneurs s’écriait ironiquement : « Si j’avais été le roi, j’aurais fait pendre tous les barons, car, un premier pas fait, le second ne coûte guère, » le roi le reprit en ces termes : « Comment, vous dites que je devrais faire pendre mes barons? Certainement, je ne les ferai pas pendre, mais je les châ- tierai s'ils méfont. » , ... . .

Citons un dernier trait qui marque comment le saiqt roi savait aller jusqu’aux dernières rigueurs. Un vendredi saint, tandis qu’il lisait le Psautier, les parents d'un gentilhomme condamné à mort vinrent lui deman-

der la grâce du coupable, lui représentant que ce jour était un jour de pardom Le roi posa le doigt sur leverset où il en était : « Beatl qui cUstodlunt judicium, et justitiam faciunt in omni tempore (Heureux ceux qui respectent l’arrêt des juges, et appliquent la justice à tout instant de leur vie). » Puis il fit venir le prévôt de Paris et continua sa lecture. Le prévôt lui ayant appris que les crimes du condamné étaient irrémissibles, sàiht Louis ordonna qü’il fût sur-le-champ conduit au supplice. . :

11 respectait, confiné nous Voyons, l’arrêt, des juges ; il pratiquait aussi, suivant le précepte, la justice à tout instant de sa vie, même ail milieu des violences de la „ guerre. Dans la guerre de Saintonge, alors qü’il soumettait h son autorité les seigneurs unis aux Anglais* un lui amena un fils naturel du comte de la Marche, le chef des rebelles, avec quarante et Un chevaliers. 00 voulait les pendre sur l’heure, mais saint Lonis en dév dda autrement î « Ils ne méritent point la mort, dit-il, lui pour avoir obéi aux ordres de son père» ses compagnons pour avoir fidèlement servi leur seigneur. > Une autre fois, tin certain Hertaud, à qui Je roi d’Angleterre • avait confié la garde d’un château fort de Saintonge, ne Voulut point le Vendre, bien qü’il se vit dans l’impossibilité de résistera l’attaque» avant d’être relevé de la foi qu’il avait jurée à son seigneur. Lorsqu’il le fut, il vint trouver le roi de France, les cheveux en désordre, lés yeux rouges de-pleurs. « Sire roi, lui dit-il, la colère de Dieu m’oblige, bien malgré moi, de me réfugier éû l’asile de votre miséricorde; je suis abandonné à

moi-même : que Votre Excellence reçoive donc pion château et sa garnison. — Ami, répondit le roi de France, d’un visage serein, je sais pourquoi tu es allé auprès de ton seigneur, le roi des Anglais, et quelles paroles tu lui as dites; tu l ùs loyalement condüit; je te reçois de bon cœur avec ce qui t’appartient; le sein de la miséricorde doit s’ouvrir à de pareilles actions. » C’est ainsi que saint Louis trouvait dans son équité chrétienne le sentiment délicat de l’honneur militaire et le respect du courage malheureux.

Cependant le meilleur juge est faillible : saint Louis fut partial une fois sans le savoir. « A son débarquement à Hyères, au retour de la croisade, tandis que le roi cherchait à se procurer des chevaux pour revenir en France, l’abbé de Cluny lui présenta deux palefrois qui valaient bien cinq cents livres, un pour lui et un pour la reine. Quand il les eut présentés, il dit au roi : — « Sire, je viendrai demain vous parler de mes affaires. » Le lendemain en effet l’abbé revint. Le roi l’écouta très-attentivement et très-longuement. Quand l’abbé fut parti, je vins au roi et lui dis : — « Je veux vous demander, s’il vous plaît, si vous avez écouté plus débonnairement l’abbé de Cluny parce qu’il vous donna à Hyères ses deux palefrois. » Le roi pensa longuement et me dit : « Vraiment, oui. » — « Sire, repris-je, savez-vous pourquoi je vous ai fait cette démande? »— « Pourquoi ?» — «Parce que, Sire, je vous conseille de défendre à vos juges de rien prendre de ceux qui auront des affaires; car soyez certain que, s’ils prennent, ils écouteront pljis volontiers et plus

Louis IX le Saint.

Sa piéi# .

diligemment ceux qui leur donneront, comme vous avez fait pour l’abbé de Gluny. »

Arrêtons-nous à cette scène charmante qui nous montre le bon roi pensant longuement et avouant avec ingénuité sa complaisance à écouter le plaideur libéral.

Nous avons admiré dans Louis IX le héros et le roi.

Le saint est encore plus digne de nos hommages. Mais comment dire la sainteté de Louis sans reprendre sa vie tout entière ? N’est-ce pas d’elle que procèdent la sagesse du roi, le courage du croisé et l’équité du juge? « Sa piété qui était celle d’un anachorète, nous dit Voltaire, peu suspect en ces matières, ne lui ôta aucune vertu de roi, et il apprit ainsi au monde que les scrupules d’une âme toujours en la présence de Dieu se pouvaient accorder avec les devoirs du chevalier, du magistrat, du politique. »

Sans revenir cependant sur le récit d’un si beau règne, goûtons le charme de cette piété qui donne à toutes les paroles du saint roi tant de douceur et d’ingénuité. Nul sermonneur n’eut jamais plus d’onction et à la fois plus d’indulgence.

Un jour il demande à Joinville qu’est-ce que Dieu ? «Je répondis, nous dit celui-ci : — « Sire, c’est si bonne chose que meilleure ne peut être. » — « Vraiment? repritle roi, c’est bien répondu ; car cette réponse que vous avez faite est écrite en ce livre que je tiens en maiu. Et je vous demande, dit-il, lequel vons aime-

riez mieux ou d’être lépreux ou d’avoir fait un péché mortel?» Et moi qui jamais ne lui mentais, je répondis « que j’aimerais mieux en avoir fait trente que d’être lépreux. » Alors suit une douce réprimande de Louis, qui attend pour la faire d’être seul avec Joinville :

« Comment m’avez-vous dit cela ? » Et je lui dis qu’encore je le disais ; et il reprit : « Vous parlez sans réflexion, comme un étourdi, car il n'y a de si vilaine lèpre comme celle d’être en péché mortel. Quand l’homme meurt, il est guéri de la lèpre du corps, mais quand l’homme qui a fait le péché mortel meurt, il ne sait pas ni n’est certain qu’il ait eu tels repentirs que Dieu lui ait pardonné. Aussi grande peur doitil avoir que cette lèpre lui dure autant que Dieu sera en paradis. Ainsi je vous prie, ajouta-t-il, tant que je puis, que vous ayez à cœur, pour l’amour de Dieu et de moi, d’aimer mieux que tout mal de lèpre et toute autre maladie advienne à votre corps, plutôt que le péché mortel advienne à votre âme. »

« Il me demanda encore si je lavais les pieds aux pauvres le jour du grand jeudi (jeudi saint). « Sire, lui dis-je, en malheur, jamais les pieds de ces vilains ne laverai-je. » — « Vraiment ? reprit-il; c’est mal parlé, car vous ne devez pas avoir en dédain ce que Dieu a fait pour notre enseignement ; aussi je vous prie, pour l’amour de Dieu et pour l’amour de moi, que vous vous accoutumiez à laver les pieds des pauvres. »

On pourrait citer bien d’autres propos où se marquent la piété et le tour moralisant du saint roi. Bornons- * nous à ces dernières paroles qu’il écrivit pour sa fille :

* Chère fille, la mesure par laquelle nous devons Dieu

aimer est de l’aimer sans mesure. »

C’est bien ainsi qu’aimait et priait le saint roi dont la merveilleuse petite église, la Sainte-Chapelle, érigée pour recevoir la couronne d’épines, a vu les larmes pieuses et les mystiques extases.- Il ne pouvait, dit le confesseur de la reine Marguerite, rassasier son cœur d’oraisons et de prières ; il restait souvent si longtemps prosterné qu’en se relevant, il était saisi de vertige et disait tout bas au chambellan : « Où suis-je ? » Tout de temps qu’il ne donnait pas aux affaires il l’appliquait à la lecture et à la contemplation, il se faisait lire, pendant le repas, l’Écriture et les Pères, surtout saint Augustin, et «. lorsqu’il avait soupé, il faisait chanter çomplies, puis il retournait en sa chambre, et faisant asseoir ses enfants devant lui, il leur montrait les ' exemples des princes anciens qui par convoitise avaient • été déçus, ou par luxure, par orgueil et autres vices, avaient perdu leurs royaumes. » ( Les Grandes Chroniques de Saint-Denis.)

Quand on se reporte h tout ce que fit d’utile ce saint roi, il faut bien reconnaître que sà piété fut le ; principe et la soqrce de sa force, et qudl sortait de ses longues prières plus appliqué au travail et plus ardent au bien. Moins juste que ne l’a été l’histoire, une certaine femme, nommée Sarrette, qui plaidait en la cour du roi, lui dit un jour : « Fy I fy ! devrais-tu être roi r ,de France? moult mieux serait qu’un autre fût roi qut Joi, car tu es roi seulement des prêtres et des clercs. » Les serments du benoit roi, ajoute le confesseur delà

Teine en son Histoire, la voulaient battre et mettre dehors,. Mais Louis défendit qu’ils la touchassent,, et lui répondit en souriant : « Certes, tu dis vrai, je ne suis pas digne d’être roi, et s’il avait plu à Notre-Seignenr, mieux eût valu qu’un autre fût roi, qui mieux sût gouverner le royaume. » Et il commanda à l’un de ses cliarnbellans de donner de l’argent à cette femme.

Quant û nous, nous savons que la sainteté de Louis IX ne s’arrêt e pas à l’extase et qu’elle est active et compatissante. Qui peut, en effet, mériter mieux que lui le nom de roi aumônier, si l’on considère les établissements charitables qu’il a fondés, la libéralité de ses dons, les soins qu’il prodiguait lui-même aux malades et aux infirmes ?

Il fonda plusieurs hôpitaux, entre autres les Quinze- Vingts de Paris pour trois cents aveugles, et des .maisons de refuge pour « une grande quantité -de femmes qui, par pauvreté, s’étaient mises et abandonnées au péché de luxure. Partout où il allait en son. royaume, il visitait les pauvres églises, les maladrer'm çt les hôpitaux, et s’enquérait des pauvres gentilshommes, des pauvres jeunes veuves, des pauvres jeunes filles à marier, et leur faisait largement donner de ses deniers, et aux pauvres mendiants faisait donner à boire et à manger, et maintes fois lui-même leur coupait du pain et leur versait à boire. Il avait communément cent vingt pauvres qui étaient repus chaque jour en sa maison, quelque part qu’il fût) il leur faisait distribuer de ses propres viandes, et, aux vigiles des quatre grandes

fêtes annuelles, il les servait avant de boire ou de manger. Aucuns de ses familiers murmuraient parfois de ce qu’il faisait de si grands dons et aumônes, et disaient qu’il y dépensait moult ; mais le bon roi répondait qu’il aimait mieux dépenser moult en aumônes qu’en bombances et vanités. » ( Vie de saint Louis , par le confesseur de la reine Marguerite.)

, Sainteté de C’est enfin à l’heure de sa mort que la sainteté ds sa mort. j j0u j s jx a pparaît dans tout son éclat.

Il avait une dernière fois réuni une armée et une flotte et tenté d’accomplir son vbeu sacré, la délivrance > de la Terre sainte. Trompé par les conseils intéressés, de son frère, Charles d’Anjou, roi des Deux-Siciles, et pensant que l’Égypte tirait sa force des chevaux cl dés armes que lui envoyait Tunis, il avait opéré une descente en Afrique, près des ruines de Carthage. Bientôt les croisés campés dans une plaine ardente, exposés f aux rayons du soleil d’Afrique, au vent du désert, à bt putréfraction exhalée de nombreux cadavres, ne tardèrent pas à être décimés par la peste. Le comte de Vendôme, le sire de Montmorency et bien d’autres barons et chevaliers avaient succombé presque aussitôt. Tristan, ce fils du roi né à Damiette, était mort après eux, et le légat du pape l’avait suivi. « Le bon roi lui-même fut pris d’une maladie de flux de ventre, ainsi que monseigneur Philippe, son fils aîné. Il se mit au lit et connut bien qu’il devait décéder de ce monde en l’autre : lors, il appela messeigneurs ses enfants, et quand ils furent devant lui, il adressa la parole à sou fils aîné et lui donna des enseignements qu’il lui com-

manda de garder comme la meilleure part de son héritage ; lesquels enseignements il écrivit peu après de sa propre main.

i Beau fils, lui dit-il, la première chose que je t’enseigne et commande à garder, c’est que de tout ton cœur et en toutes choses tu aimes Dieu, car sans cela nul homme ne peut être sauvé, et garde-toi de faire choses qui lui déplaisent, à savoir péchés; car tu devrais plutôt désirer à souffrir toutes manières de tourments que de pécher mortellement. Aie le cœur doux et piteux aux pauvres et ne boute pas trop grandes tailles ni subsides sur ton peuple, si ce n’est par nécessité et ton royaume défendre. Fais justice et droiture à chacun, tant au pauvre comme au riche. Regarde diligemment comme tes sujets vivent en paix et droiture sous toi, surtout dans les bonnes villes et cités, et maintiens leurs franchises et libertés, les tenant en faveur et amour. Prends garde souvent à tes baillis, prévôts et autres officiers ; enquiers-toi de leur gouvernement Et te supplie, mon enfant, que tu aies

de moi souvenance, ainsi que de ma pauvre âme, et me secoures par messes, oraisons, prières, aumônes et bienfaits par tout ton royaume ; et je te donne toute bénédiction que jamais père puisse donner à son enfant. »

Puis le saint roi se fit mettre sur un lit couvert de cendres, et tendant ses mains jointes au ciel, il dit : « Beau sire Dieu, aie merci de ce peuple qui ici demeure et le conduis en son pays, qu’il ne tombe en la main de ses ennemis et qu’il ne soit entraîné à renier ton

T)e saint Louis A Dn Guïsclin.

Guerre d« Cent cuis.

saint nom. » Il croisa ses mains sur sa poitrine» et, regardant le ciel, il rendit à Dieu son âme à la même heure que Notre-Seigneur Jésus-Christ rendit l’esprit en l’arbre de la croix.

Ainsi, en finissant, l’âge des croisades, l’âge héron* que de la chrétienté avait trouvé en saint Louis sa plus parfaite image et sa gloire la plus pure. Cette gloire du pieux roi, si grande de son vivant, alla croissant d’âge en âge, et pendant des siècles le peuple demanda qu’on en revint aux bonnes coutumes de son règne. L’Église, consacrant la voix publique, fit un saint dtT roi vénéré, et attacha ainsi à la couronne de France un souvenir de bénédiction, qui s’est mêlé à sa gloire et à ses malheurs ; souvenir sacré qu’invoquera sur l’échafaud du dernier roi le confesseur de Louis XVI : « Fils de saint Louis, montez au ciel ! »

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