IV
congèle -En chef rusé, Clovis songea bientôt à tirer parti de
lu -midi de . • . . ,, .•
la Gaule, sa conversion. Les évêques, quj déjà lavaient comme • adopté dans l’espérance de le convertir à la vraie foi, se déclarèrent ouvertement pour lui dans toute la Gaule. L’un d’eux, Avitus, évêque de Vienne, en le félicitant d’avoir dépouillé la cuirasse de fer pour revêtir la robe blanche du nouveau chrétien, ajoutait : « Ce léger vêtement fera plus pourfoi qu’une impénétrable armure ! Poursuis tes triomphes ; désormais partout oü tu combats nous remportons la victoire. » M
U n’y eut même plus besoin de combattre jusqu’à la
Loire': les Armoricains qui habitaient entre ce’flenve et la Seine cédèrent aux exhortations de leurs évêques et se soumirent sans résistance aux envahisseurs. Mais au delà de la Loire la place semblait déjà prise par un peuple barbare, de race germanique comme les Francs, les Wisigoths, établis depuis longtemps en Espagne et sur tout le territoire , qui s’étend entre les Pyrénées t etla Loire. Là encore la conversion dé Clovis devait lui aplanir les voies. Bien qué les Wisigoths eussent répudié le paganisme et embràssé la religion chrétienne, ' ils n’en étaient pas moins haïs par les évêques du midi de la Gaule parce qu’ils professaient l’arianisme et persécutaient les orthodoxes, qu’ils ne pouvaient entraîner dans leur hérésie. Clovis, qui ne cherchait qu’une occasion de nouvelles guerres et de nouvelles conquêtes, saisit celle qui s’offrait. En attaquant les Wisigoths, il donnait à la fois satisfaction et aux évêques, ses introducteurs et ses patrons, et à ses soldats, avides d'aventures et de pillage.
De là le double caractère de cette guerre d’Aquitaine, où l’on voit à chaque pas Clovis faisant hautement profession de son orthodoxie, tandis que ses guerriers s’abandonnent à toutes les violences de la conquête. . • «
On passe la Loire à Orléans, et on suit la rive gauche du fleuve. Clovis, pour ne point indisposer. les populations avant de rencontrer l’armée des Wisigoths, défend de prendre autre chose dans le pays que des légumes et de l’eau ; il fait mettre à mort un soldat qui,
avait arraché une botte de foin à un pauvre homme :
« Ou sefa donc, dit-il, l’espoir de 4a victoire si nous offensons saint Martin? » Il envoie devant lui der messagers qui, en pénétrant dans l’église du saint , recueillent cet heureux présage : « Seigneur, chantaient les prêtres, vous m’avez ceint de force pour la guerre ; vous avez renversé sous més pieds tous ceux qui s’élançaient contre moi, vous m’avez montré le dos de ' mes ennemis. »
Bataille de il marche alors avec confiance vers la rivière de
Vouillé. , -
«07. Vienne, la traverse a la faveur d’un gué qu’une biche • poursuivie lui a indiqué, et va offrir la bataille au roi des Wisigoths, Alaric, enfermé dans son camp, à Vouillé, près de Poitiers. La victoire ne pouvait être douteuse; les Gallo-Romains, qu’ Alaric avait forcés de s’armer, étaient d’avance gagnés à Clovis orthodoxe et souhaitaient d’être vaincus. Les Wisigoths seuls se battirent bien, mais ils furent déconcertés par la furie de l’attaque des Francs. Ceux-ci, sans répondre aux traits qui leur étaient lancés, abordèrent brusquement l’ennemi la hache et le glaive au poing, comme font aujourd’hui nos soldats, la baïonnette en avant. Clovis, perçant droit jusqu’à Alaric, le frappa d’un coup mortel (507).'
. Les Francs, maîtres du pays par cette victoire, s’y répandirent en vainqueurs. Soit que le barbare ait reparu sous le chrétien après le succès assuré, soit que le chef, qui n’avait pu rendre à saint Rémi qu’un vase brisé, ait dû se proposer seulement de sauver les villes de la dévastation, tout lç plat pays, qui était le ‘ plus riche du monde, fut absolument ravagé ; des po •
pulations entières furent réduites en esclavage. Les Gallo-Romains apprirent à leurs dépens quels terribles alliés ils avaient appelés contre leurs premiers maîtres, les Wisigoths hérétiques. ' .. - •••
Clovis, après avoir occupé le palais royal de Toulouse et s’être emparé du trésor qu’on y gardait , voulut aussi mettre la main sur ceux que renfermaient les forteresses d’Arles et de Carcassonne ; mais sa fortune s’arrêta contre le secours que les Wisigoths reçurent alors de leurs frères les Ostrogoths d’Italie. Les deux grands souverains barbares de ce temps, le roi
des Francs et Théodoric, roi dltalie, se trouvaient en
présence. Clovis ne voulut point engager la lutte contre un si redoutable ennemi. Il reprit la route du Nord, réduisit chemin faisant la ville d’Angoulême; où s’étaient enfermés les derniers défenseurs de l’ Aquitaine, gratifia d’uhe part de butin les basiliques de Saint- Hilaire et de Saint-Martin, et, avant de franchir la Loire, ordonna la mise en liberté de tous les clercs qui avaient été faits prisonniers par ses soldats, et des laïques que les évêques désignaient comme n’ayant point porté les armes contre lui.
Clovis parut alors sollicité par une nouvelle ambition, il avait conquis presque toute la Gaule et porté au loin la terreur du nom des Francs ; il était le premier entre tous les rois des tribus franques : toutes l’avaient suivi comme un heureux chef de guerre ; mais la paix
Crimes de Clovis.
«Oâ.
mettait, fin à ce commandement au temps môme oii entrait dans l’esprit du roi barbare l’idée d’un pouvoir autre que celui qu’il tenait de l’assentiment de ses guerriers. Il avait vu l’autorité du roi des Wisigùths établie dans la paix comme dans la guerre ; il avait été frappé peut-être de l’éclat de cette monarchie wisigolhique dans sa capitale d’Aquitaine, Toulouse, et avait souhaité d’être, lui aussi, le roi d’un grand peuple. Il reçut donc avec une vive satisfaction le titre romain de consul que lui envoya l’empereur d’Orient, avec un diadème orné de pierreries, comme pour le déléguer sur cette portion de l’empire qu’il avait conquise. Il se complut aux nouveaux respects des vaincus, et se montra ambitieux de régner sur toute la nation franque, comme il l’avait été de s’emparer par l’épée de tout le territoire de la Gaule *.
« Ce fut vers ce temps, en l’an 507, qne Clovis choisit Paris pour capitale de son royaume; ce petit chef-lieu d’un des moindres peuples de la Gaule, resserré dans une île entre deux bras de la Seine, s’était ressenti de la prospérité générale de cette contrée sous le gouvernement des Romains. Ses habitants, dont l’empereur Julien louait la simplicité rustique, et dont il se plaisait à opposer la frugalité et les habitudes laborieuses à la mollesse, au luxe et à la débauche de la superbe Antioche, s’étaient enrichis par le commerce et la navigation des rivières qni les entouraient ainsi que par le séjour temporaire des empe- L ' reurs. Quelques édifices romains, que l’on avait construits au sud et hors de l’enceinte de la ville, contrastaient par une heureuse et nouvelle magnificence avec les modestes habitations entassées sans beaucoup d’ordre sur les deux rives du fleuve. C’est dans un de ces édifices, qui subsistait en grande partie au xiii® siècle et dont ont voit même aujourd’hui quelques vestiges (Thermes de Julien .près l’abbaye doCluny), que Clovis fit
Mais dans le consul romain comme dans le néophyte chrétien, on retrouve encore le Barbare; c’est par la perfidie et le meurtre que Clovis deviendra seul roi des Francs.
S’adressant à Clodéric, fils du roi des Ripuaires, Sigebert, il lui dit : « Voilà que .ton père est âgé, et il boite de son pied malade ; s’il venait à mourir, son royaume t’appartiendrait ainsi que notre amitié. » Le fils tua le père pendant qu’il dormait dans sa tente, puis des envoyés de Clovis brisèrent le crâne de Clodéric pendant qu’il leur montrait ses trésors. Alors Clovis se présenta aux Ripuaires et leur dit : a Écoutez ce qui vous est arrrivé. Pendant que je naviguais sur le fleuve de l’Escaut, Clodéric, fils de mon parent, tourmentait son père en disant que je voulais le tuer. Comme Sigebert fuyait à travers la forêt de Buconie, Clodéric a envoyé contre lui des meurtriers qui l’ont mis à mort ; lui-même a été assassiné, je ne sais par qui, au moment où il ouvrait les trésors de son père. Je ne suis nullement complice de ces choses; je ne puis répandre le sang de mes parents, car cela est dé fendu : mais, puisque ces choses sont arrivées, je vous donne un conseil; s’il vous est agréable, acceptez-le : ayez recours à moi, mettez-vous sous ma protection. » Il fut élu avec acclamations par les Ripuaires. C’est par des moyens semblables qu’il se débarrassa de Cararic,
sa résidence. Si l’on en croit la tradition, il jeta les premiers fondements de l’église des Saints-Apôtres, qui reçut depuis le nom de Sainte-Gôneviùve. • ,
Sa mort.
Dernière»
années de
Clotilde.
roi de Thérouanne, et de son fils; de Ragnacaire, son “Vieil allié, roi de Cambrai; de Rénomer, roi du Mans. Un jour on l’entendit s’écrier : « Malheur à moi, qui suis resté comme un voyageur parmi des étrangers, n’ayant pas de parents qui me. pussent secourir si l’adversité venait ! » Mais ce n’était pas, observe Grégoire de Tours, qu’il s’affligeât de la mort des siens. Il parlait ainsi par ruse et pour découvrir s’il avait encore quelque parent, afin de le faire tuer.
« Après ces choses, Clovis mourut à Paris, et fut enseveli dans la basilique des Saints-Apôtres , qu’il avait construite avec la reine Clotilde : il n’était âgé que de quarante-cinq ans. »
Il mourut ainsi dans toute la plénitude de sa force et au milieu de sa plus grande prospérité. Ce fut le châtiment de ses crimes; c’est l’enseignement que nous donne son histoire. La volonté divine, qui s’était si admirablement servie de lui pour restituer dans la Gaule l’autorité de l’Église et fonder le royaume de France, brisait l’instrument devenu indigne,
Nous ne pouvons quitter Clovis sans nous arrêter à Clotilde, à cette reine chrétienne dont la figure étrange apparaissant au seuil de notre histoire nous montre en une même vie la lutte des mœurs barbares et d’une re ligion de mansuétude et de paix. Clovis n’avait pu dompter sa férocité native; chez Clotilde, la chrétienne
finit par vaincre la femme germaine, et mérita par ceite victoire et par l'expiation de demeurer dans le souvenir des hommes comme le génie bienfaisant du berceau de la France.
Glotildë, qui a quitté la Bourgogne avec la résolution de venger son père et ses quatre frères précipités dans le Rhône, considère cette vengeance comme un devoir imposé à sa piété filiale. Déjà elle a poussé une première fois Clovis contre le roi Gondebaud, meurtrier des siens. Clovis n’a réussi qu’a demi ; Gondebaud, tributaire des Francs, est resté sur le trône. Clovis mort, Clotilde, qui a remis à ses fils le soin de sa vengeance, use de tout son ascendant pour les animer contre Gondebaud. Nul récit ne vaut celui de Grégoire de Tours :
« La reine Clotilde, s’adressant à Clodomir et à ses autres fils, leur dit : « Que je n’aie point à me repentir, mes chers enfants, de vous avoir élevés avec tendresse; partagez, je vous prie, le ressentiment de mon injure, et mettez tout votre zèle à venger la mort de mon père et de ma mère. » Ainsi animés par la passion de leur mère, Clodomir, Ghildebertet Clotaire envahirent la Bourgogne qu’ils traitèrent sans pitié. Clodomir fit jeter dans un puits un prince bourguignon qu’il avait fait prisonnier, ainsi que sa femme et ses fils.
« Clotilde, dont on ne peut ^empêcher de reconnaître la main, a donc satisfait cette passion de, vengeance que la religion chrétienne n’a pas encore vaincue en elle ; mais elle a soulevé la conscience publique. Le puits dans lequel a été précipité le roi burgonde avec
Sa Van-' geaüce.
sa femme et ses enfants est de venu célèbre clans la
contrée: on raconte qu’il est le théâtre de nombreux miracles. Uh solitaire a menacé ClodOmir de la vengeance divine, et le châtiment qu’il a annoncé ne tarde pas à venir. *
Expiation : Clodomir est tué en effet à quelqüe temps de là dans
Meurtre de , « ^ • ■
ses , petits- ude nouvelle expédition en Bourgogne. Alors com-
flu. B23. }' / • v . / v *■'. «
mence l’expiation de Clotilde qui va s’achever dans la plus sombre tragédie. « Après les jours" de deuil, elle prit et garda avec elle les orphelins nommés, l’un Théobald, le second Gonthaire, et le troisième Clodoald. Tandis qu’elle séjournait à Paris, Çhildebert, voyant que sa mère avait porté toute son affection sur les fils de Clodomir, dont nous avons parlé . plus haut, en conçut de l’envie ; et, craignant que, ‘•v •' par la faveur de la reine, ils n’eussent part au royaume, *•' il envoya' dire secrètement à son frère, le roi Clotaire •: « Notre mère retient près décile les fils de notre frère et veut leur donner le royaume paternel. il est nécessaire que tü viennes promptement à Paris, et qp nous délibérions ensemble sur ce que nous devons faire d’eux : seront-ils rasés et réduits à la condition
. commune, ou faudra-t-il les tuer et partager également
■ - entre nous le royânme de notre frère ? » Clotaire,
' comblé de joie par ces paroles, vint à Paris. Childebert avait déjà répandu dans le peuple que les deux rois se réunissaient afin d’élever au trône ces jeunes èiifâhts. Les deux rois firent donc dire à la reine, qui habitait alors la même ville : * Envoie- nous les enfafits pour , ~ que nous les élevions au trôné. » ClotHde, remplie de
joie, et ignorant leur artitice, fit boire et manger les enfants, et les envoya en leur disant : « Je croirai n’avoir pas perdu mon fils si je vous vois lui succéder dans son royaume. » Ceux-ci étant partis furent arrêtés aussitôt, éloignés de leurs serviteurs et de leurs gou- ' verneurs ; on garda les serviteurs d’un côté et les enfants; de l’autre. Alors Childebert et Clotaire envoyèrent à la reine Arcadius avec des ciseaux et une épée nue. Quand il fut près de Clotilde, il lui montra ce qu'il portait, et lui dit : « Très-glorieuse reine, tes fils, nos maîtres, désirent connaître ta volonté à l’égard de ces enfants : veux-tu qu’ils vivent avec les cheveux Coupés ou qu’ils soient égorgés. » Clotilde, épouvantée par ce message et transportée d’indignation, surtout lorsqu’elle vit l’épée nue et leé ciseaux, répondit au hasard, dans la douleur qui l'accablait, et sans savoir ce qu’ellê allait dire : * J’aime mieux, s’ils ne sont pas élevés au trône, les savoir morts que tondus. » Mais Arcadius, s’inquiétant peu de son désespoir et de ce qu’elle pourrait arrêter avec plus de réflexion par la suite , revint promptement dire aux deux rois : « Achevez votre ouvrage, car la reine, favorable à vos projets, veut que vous les accomplissiez. » Aussitôt Clotaire prend le plus âgé par le bras, le jette par terre et le tue impitoyablement en lui enfonçant un couteau dans faisselle. Aux cris poussés par cet enfant, son frère tombé aux pieds de Childebert, et, pressant ses genoux, il lui dit en pleurant : « Secourez-moi, mon. bon père I que je ne périsse pas comme mon frère ! » Childebert, le visage arrosé de larmes, dit à Clotaire : « Mon cher*
'frère, je te demande grâce pour sa vie; jê te donnerai.
tout ce que tu voudras, niais, je t’en prie, ne le tue • pas. » Alors Clotaire, d’un air furieux et menaçant :
« Ou repousse-le, s’écrie-t-il, ou tu vas mourir à sa place. Toi, l’instigateur de toute cette affaire, es-tu donc si prompt à manquer de foi ?» A ces mots, Childebert repoussa l’enfant vers Clotaire, qui le prit, lui enfonça comme à son frère un couteau dans le côté, et le tua. Ils firent périr ensuite les esclaves et les gourverneurs de ces enfants. Après ces meurtres, Clotaire monta à cheval et s’éloigna, s’inquiétant peu de la mort de ses neveux ; Childebert se retira dans les faubourgs de la ville. La reine fit placer le corps de ces deux enfants dans un cercueil, et les suivit, avec un grand appareil de chants et un deuil immense, jusqu’à la basilique de Saint-Pierre, où elle les fit enterrer ensemble. L’un avait dix ans et l’autre sept ; le troisième, nommé Clodoald, ne put être pris, et fut sauvé par des hommes courageux K »
L’expiation est consommée, et on ne reconnaît plus «m* 1 - la yindicative princesse dans cette aïeule désespérée, qui relève elle-même les cadavres de ses petits-fils, dans cette femme dont la vie sera consacrée pendant vingt ans à des œuvres de pénitence et de charité en la retraite qu’elle s’est choisie, auprès du tombeau de l’apôtre des Gaules, saint Martin de Tours. Quand son
* Grégoire de Tours, Histoire des Francs (III, 18). Clodoald se consacra plus tard à la yie monastique ; la retraite où il vécut près de Paris prit le nom de Saint-Cloud. . . >
dernier joursera venu, elle demandera que sa dépouille soit rapportée dans l’église qu’elle a fondée à Paris, et déposée près du tombeau de cette fille du peuple, sainte Geneviève, dont le nom ne rappelle que les plus douces et les plus pures vertus.