LA CHEVALERIE ET LES COMMUNES
XI e SIÈCLE
Charlemagne avait pressenti, avant de mourir, la ruine prochaine de l’empire qu’il avait fondé ; ses tristes prévisions ne tardèrent pas à s’accomplir. L’ébranlement commença sous le règne de son fils, Louis le Débonnaire, et la division se fit à la mort de cé prince. Trois royaumes se formèrent dans l’immense empire (traité de Verdun, 843) et, avant la fin dü siècle, ces trois royaumes étaient eux-mêmes démembrés et sept États naissaient de leurs débris (diète de Tribur, 887). La division ne devait pas s’arrêter; bientôt chacun de ces États se trouva lui-même morcelé en un grand nombre de petits domaines presque indépendants. « Au lieu de rois on a des roitelets, dit le diacre Florus, et au lieu de royaumes des morceaux de royaumes : Pleurezsur la race des Francs; l’empire élevé par la grâce du Christ est maintenant gisant dans la poussière. »
Deux causes avaient amené ce morcellement. D’une part, les peuples de races différentes que Charlemagne
avait rangés sous son sceptre, les Français, les Allemands, les Italiens, n’avaient plus voulu relever d’un même maître. De l’autre, aucun des princes, chefs des nouveaux États, n’était assez obéi pour maintenir la paix publique, ni assez fort pour défendre le pays contre les pirates normands ou sarrasins. Chacun songea donc à se protéger soi-même ; tous les propriétaires du sol s’enfermèrent dans des forts, où ils se regardèrent comme à peu près indépendants, si bien qu’on peut dire que l’empire de Charlemagne s’était émietté en une multitude innombrable de châteaux. L’élude de la société au onzième siècle nous conduit donc à considérer : 1° les mœurs des maîtres du château ; 2° celles t}e la population des villages qui se sppt formés â l'abri même de la résidence seigneuriale ; il nous sera facile alors de reconnaître que la chevalerie est née de la vie du château, et la commune des rapports du village et du château.