LOUIS XIV
« C'est par le travail quo l’on règne, c est pour cela qu'on règne, et il y a de l’ingratitude et de l’audace à l’égard de Dieu, de l’injure et de la tyrannie à l’égard des hommes, de vouloir l’un sans l’autre. »
( Réflexions sur le métier de roi, par Louis XIV.)
a Ràppelez-vou» le grsed siècle de la France : alors la religion, la valeur et la science s’étant mises pour ainsi dire en équilibre, il en résulta re beau caractère que tous les peuples saluèrent par une acclamation unanime comme le modèle du caractère européen, d
Joseph os Maisiue.
I. Régence d'Anne d’Autriche et ministère de Mazarin ; jeunesse de Louis XIV. — II. Saint Vincent de Paul pendant la Fronde. — III. Règne personnel fie Louis XIV; la paix publique assurée; les finances restaurées; Colbert contrôleur général; impôts directs; impôts indirects; les professions laborieuses protégées ; agriculture ; industrie ; commerce intérieur; commerce extérieur; marine; protection accordée aux arts et aux lettres. — IV. Louvois; institutions militaires; rivalité de Colbert et de Louvois. — V. Guerres du règne de Louis XIV; guerre de Flandre; traité d'Aix-la- Chapelle; guerre de Hollande. — VI. Première coalition de l’Europe contre Louis XIV; Condé; Turenne; mort de Turenne; succès sur mer; traité de Nimègue. — VII. Apogée du règne de Louis XIV. — VIII. Déclin durègne; disgrâce; mort de Colbert; persécution contre les protestants ; provocations à l'Europe; révolution d’Angleterre ; Louis XIV accueille
trenee d'Anne l’Au Iridié et
ministère
Mazarin.
les Stuarts proscrits. — IX. Deuxième coalition contre Louis XIV; guerre en Irlande et sur mer; Tourville ; guerre sur le continent; Luxembourg; Catinat; traité de Ryswick; épuisement de la France. — X. Succession d’Espagne; nouvelles fautes de Louis XIV. — XI. Troisième coalition contre Louis XIV; misère de la France; hiver de 1709; malheurs do la famille royale. — XII. Mort de Louis XIV.
Anne (Tant riche a été déclarée reine régente avec un pouvoir absolu par arrêt du parlement (Louis XIV n’avait que cinq ans), et nul à la cour ne sait les sentiments nouveaux que ses devoirs de reine et de mère lui ont tout à coup inspirés. Ses anciens complices, les brouillons de cour, les seigneurs contenus par Richelieu, se pressent autour d’elle, se font valoir et réclament, pour prix de leur exil ou de leur prison, ses grâces et ses faveurs; les plus hardis espèrent une part du pouvoir; on attend tout de sa reconnaissance, et il n’y a plus, dit un contemporain, que quatre petits mots dans la langue : La reine eut si bonne!
L’étonnement fut grand quand on vit qu’il n’y avait presque rien de changé, et quand on sut qu’elle donnait comme successeur au grand cardinal l’ami même, le disciple et confident de Richelieu, le cardinal Mazarin. On se plaignit, on se reprit à conspirer, et, tandis que l’habile ministre allait travaillant à se
gagner les uns et les autres, quelques ambitieux déconcertés firent tant de bruit que la reine se déclara hautement pour son ministre contre ses amis de la veille. La cabale des importants, c’est ainsi qu’on appela par raillerie les nouveaux conspirateurs, céda la place, et Mazarin, établi mieux que jamais dans la confiance et l’affection de la reine, commença ce long ministère, ou plutôt ce règne qui ne devait finir qu’à sa mort. Il prit pour lui tous les soucis du gouvernement et attribua à la régente l’honneur du succès. Il sembla ne vouloir de l'autorité que pour mieux servir une reine qu’il prenait soin d’éclairer sans jamais la blesser, et, au lieu des armes terribles dont avait usé Richelieu, il n’opposa à ses ennemis que le dédain, la patience, la faveur opiniâtre de la reine et son heureuse fortune.
Libre d’agir, il se montra au dehors digne de celui qui avait été son maître et conserva partout l’ayan T tage des armes.
La bataille de Rocroi, gagnée quatre jours après l’avénement de Louis XIV, fut comme l’étrenne du nouveau règne; elle était aussi le coup d’essai du grand Condé, qui y montra les vives et naturelles qualités de son génie et de son courage. « Le voyezvous, s’écrie Bossuet, comme il vole ou à la victoire ou à la mort? Aussitôt qu’il eut porté de rang en rang l’ardeur dont il était animé, on le vit presque en môme temps pousser l’aile droite des ennemis, soutenir la nôtre ébranlée, rallier le Français à demi vaincu, mettre en fuite l’Espagnol victorieux, porter
partout la terreur, et étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups. »
Condé est digne de cet éloge immortel comme sa Victoire. A sa première bataille ce jeune héros de vingt-deux ans montra le sang-froid d’un chef éprouvé . Tandis qu’il a l’avantage à l’aile droite, à la tête de laquelle il charge, on l’avertit que son aile gauche est enfoncée et que son centre ébranlé demande à grands cris du renfort. Un autre eût lâché la proie qu’il tenait déjà pour arrêter le progrès de l’ennemi; mais Condé, mettant l’audace au service du calcul, avance au Jjeu de reculer, pousse l’aile gauche espagnole jusqu’à ce qu’il ait atteint la hauteur du centre ennemi, sc tourne contre les bandes italiennes et allemandes qui le composent, et vient fondre sur les derrières de l’aile droite victorieuse. Restait la vieille infanterie vraiment espagnole, qui formait la réserve en sa qualité de troupe d’élite, et qui, précieusement ménagée, n’avait point encore donné. Sans rivale jusqu’alors, elle avait toujours eu l’avantage sur nous, dans toutes les batailles rangées depuis Cérisoles. «Ses gros bataillons, semblables à autant de tours, mais à des tours qui sauraient réparer leurs brèches, demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute et lançaient des feux de toutes parts. » Us n’eurent plus qu’à mourir. Condé les assaillit avec la cavalerie victorieuse, avec tout ce qu’il put rassembler d’infanterie, et acheva de les rompre avec son artillerie. Le soir de celte sanglante et décisive journée, le jeune prince, fléchissant le genou, remerciait Dieu de sa victoire sur le champ
de bataille, où gisait parmi les. morts le général ennemi, le brave comte de Fontaine.
Ce n’était pas assez d’avoir vaincu une fois : il fallait en finir avec les restes de‘ celte redoutable infanterie d’Espagne, pour que l’infanterie française, qui unit à la solidité des meilleures troupes l’agilité et l’élan, devint la première du monde.
L’année suivante, 4644, au combat de Fribourg il attaqtie avec cette furie française à laquelle tout cède les retranchements formidables dé l’armée espagnole ; àNordlingue,il répète l'héroïque manœuvre de Rocroi; tout blessé qu’il est, harassé de fatigue, il regagne la bataille perdue avec une seule aile victorieuse. Le général espagnol Mercy 1 périt dans la mêlée ; quant à Condé, il avait eu deux chevaux tués sous lui, deux autres blessés, vingt coups dans ses armes et dans ses habits; c’était à force d’héroïsme qu’il avait exécuté ce que son génie avait conçu, et comme on le félicitait de son courage, il répondait qu’il n’en avait jamais montré que lorsqu’il l’avait fallu. À Lens, 1648, ce fut uhe autre manœuvre et le même succès. La coalition céda enfin sous ces coups redoublés et consentit à traiter de la paix. Une seule puissance, l’Espagne, voulut continuer la guerre, mais le digne émule de Cohdé, Turenne, acheva de la vaincre à la bataille des Dunes, 4658.
C’est ainsi que bien servi par d’incomparables gé-
* N’oublions pas que Mercy, comme Fontaine, dont les Espagnols ont fait le comte de Fuentès, sont deux gentilshommes français, l'un lorrain, l'autre bourguignon.