‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 14 sur 62 · LE PETIT ÉCHO NE PARLE TAS DE M. TIIEBAULT · texte numérisé non relu

LE PETIT ÉCHO NE PARLE TAS DE M. TIIEBAULT

breet, liai.1 saut d'attacher les brides de sa capote, pensa tout haut que sa place serait prise et qu'elle ne pourrait certainement pas trouver une chaise près de l'autel.

La domestique vint en courant apporter les gants de MmeThebault, qui se sauva à pas précipités, son ombrelle sous un bras, son livre sous l'autre, empilant, dans ra poche de derrière, son porte-monnaie, ses clefs, son mouchoir et son chapelet.

M. Thebault attendait toujours.

Quand le marchand de pains au lait passa, il lui demanda s il avait rencontré le porteur du « Petit Echo ...

— « Oui, dit le gamin, même qu'il était à « causer à la devanture de M. Dumalier. »

M. Thebault n'y tenant plus, rentra prendre son chapeau et s'en fut, de l'air d'un promeneur désœuvré, du côté de chez Dumalier.

Il revint quelques minutes après, tenant à la main 1g « Petit Echo >>.<< journal politique, littéraire et d'intérêt départemental,» — paraissant trois fois par semaine au chef-lieu.

Il croisa, presque devant chez lui. la lem de

|(t LES GRANDES ÉPOQUES DE M. TIIEBÂULT

l'architecte, la petite M1"" Biraudet ; elle entrecoupait sa marche rapide d'un trot menu qui devait, malgré toute sa bonne volonté, l'amener à

commencer à entendre la messe après l'élévation.

M. Thebault la salua en pensant que de mauvaises langues lavaient surnommée le « demisiphon ». Cet inoffensif sobriquet lit sourire le digne lecteur du « Petit Echo » qui, cependant, eut été furieux qu'on désignât sa femme par une appellation dans le genre de celle-ci.

Dès le seuil de sa porte, M. Thebault décacheta son journal et, tout en accrochant son chapeau au porte-manteau, cherchait avidement des yeux l'article du compte-rendu de la séance du Conseil Municipal.

Quand M""' Thebault revint de la messe, elle trouva son mari de fort mauvaise humeur. Assis à sa table, il mordillait nerveusement sa moustache, en fixant des yeux un point invisible.

Le « Petit Echo » traînait lamentablement à ses pieds.

LE PETIT ÉCHU NE PARLE PAS DE M. THEBAULT ^l

— « Quels pitres que ces gens-là...! » s'indigna enfin M. Thebault, poursuivant son idée.

« Mais il ne se trouvera donc pas un homme assez intelligent pour créer un hebdomadaire local ? ! — Un simple hebdomadaire qui s'occuperait réellement et uniquement des intérêts de la ville, qui donnerait des nouvelles exactes et qui n'appartiendrait à aucune coterie !!

« Oui, oui ; — je le répète, si je n'avais pas mes occupations, je n'hésiterais pas une minute: j'en fonderais un et tu verrais que je n'y perdrais pas. »

M""' Thebault enlevait ses gants et son manteau.

M. Thebault continuait à dire que le meilleur des journalistes était la pire des canailles et qu'il n'avait encore jamais lu un journal, politique ou autre, vraiment indépendant.

Il traita le << Petit Echo » de feuille de chou au service de deux ou trois individus tarés et, ramassant l'immonde imprimé qu'il flagellait avec 1 énergie qui caractérise une ardente conviction, il dit à Mm ' Thebault :

> i.i:s iiit\M»i:s i;immii i;s m; m. tiikiiailt

« S.tis-tu comment Messieurs les Rédacteurs entendent le compte-rendu de la séance du Conseil Municipal de vendredi?

« Non?

« Eh bien, lis cela — lis — tu m'en diras de s nouvelles ! »

M""4 ThebaùH prit le journal, s'assit et lut l'article que son mari avait marqué de l'on-

Ah ! il n'était pas long, l'article! Vers la fin, M""' Thebault découvrit la phrase qui devait être le foyer d'indignation qu'elle présumait et la marmotta :

— a M. Thebault se 1ère pour proposer un <( amendement, qui est adopté par treize voix u contre dix » — ...

« Et c'est tout??... — iit elle...

— «< C'est tout!

(( Tu avoueras que c'est un peu rai Je... I — dit son mari.

« M. Thebault propose un amendement

" Mais quel amendement? — Il y en a autant que de mots dans un dictionnaire, des amendements !!,..

LE PETIT écho m: parle PAS DE M. THEJJAL'LT J3

« Et voilà ce qu'on appelle renseigner le

public ?

« Car, enfin, il y a des gens qui s'intéresseraient à ce que j ai dit . . .

« Ce sont des acheteurs du journal, des abonnés, peut-être...

•(Ah! ouichî... les abonnés, les acheteurs. on s'en moqua un peu! On imprima que j'ai proposé ua amendement, qu'il a élë adopté à une forta majorité et c'est tout.

« Avec cette phrase-là, j'ai l'air d'avoir baragouiné pendant quelques secondes seulement, tandis que j'ai parlé pendant un bon quart

d'heure sans m'anvter

« Ah ! ça sert bien à quelque chose de mètre donné de la peine pour développer ma proposition ! « Quand je recommencerai, il fera chaud ! ;> M. Thebault était emballé : il découvrit que c'était une manœuvre électorale, que le parti pris était évident, qu'on avait tout l'air de le traiter par dessous la jambe.

M""' Thebault ne songeait pas à le retenir, elle reconnaisait qu'il avait absolument raison. Elle était d'ailleurs aussi désappointée que lui,

car elle comptait bien trouver, imprimée in-extenso, L'allocution que son mari lui avait répétée presque en entier, en revenant du Conseil, vendredi soir à minuit.

M. Thehault conclut que c'était bien la dernière fois qu il dépensait un sou pour cet inepte journal. Il ajouta que ses affaires l'obligeant à passer au Tribunal de Commerce jeudi prochain, il en profiterait pour aller trouver le Rédacteur en chef et lui dire ce qu'il pensait de ses collaborateurs. Ah! il ne lui mâcherait pas la cire à ce marchand de papier !

M. Thebault n'ira pas au chef-lieu jeudi parce qu'il serait bien extraordinaire qu'une occupation imprévue ne le retienne chez lui ce jourlà ; de plus, comme le « Petit Echo » est bien informé au point de vue crimes, accidents et actes de courage divers intéressant la contrée,

M. Thebault continuera à l'acheter ilne coûte

qu'un sou.

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