LE 14 JUILLET
M. Thebault, rasé de frais, termine sa toilette.
Il a introduit, avec quelque peine, ses pieds
dans des bottines relativement fi nés, qui le gênent
un peu. Pour les rompre, il marche dans la chambre et l'on croirait, à l'entendre déambuler, qu'il y a une personne qui lui emboîte le pas : chaque talon frappe le parquet avant la plante du pied, ce qui fait deux bruits si distincts que M. Thebault en est ^èné.
Pour être chaussé, M. Thebault n'est pas pour cela sur le point d'avoir fini de s'habiller. Aurait-il tous ses effets sur lui, il pourrait fortbien avoir encore pour une heure d'occupation
JG LES GRANDES ÉPOQUES DE M. TilEBAULT
t cette besogne s'il lui manquait son faux-col
't sa cravate. Mme Thebault en sait quelque chose, aussi le presse-t-elle un peu.
— u Il est 8 heures et quart, mon ami.
— « Alors, j'ai le temps — répond M. Thebault — la revue n'est qu 'à g heures.
— « Oui, mais à (j heures précises — reprend sa femme. »
Le moment psychologique est arrivé :
M. Thebault en est à son faux-col.
Le premier ne va pas ; le second, pas mieux que le premier. Par un hasard providentiel, le troisième satisfait les désirs de M. Thebault.
Soulagée de l'appréhension qui l'étreignait, son épouse bénit la République qui protège ain s ceux qui la fêtent. Il y a plus d'un an que cette chance extraordinaire ne s'était présentée. La question de la cravate en est simplifiée : M. Thebault qui n'a pas été agacé par un essayage laborieux, n'aura pas de mouvements d'impatience quand sa femme la lui nouera et ce sera autant de gagné.
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<) heures moins v ng-L
le niA ii >:./:: JUILLET i7
M. Thebault est prêt.
Coiffé de son chapeau à haute forme, il met son pardessus d'été.
» — Ne le boutonne pas. surtout ! — lui recommande su femme— pour qu'on voie que tu
es en habit. »
Il aurait bien garde de le boutonner ; on dirait de suite qu'il la pris pour cacher une jaquette. Et puis, il n'est vraiment - pas mal ainsi : sa chemise est d'un blanc éclatant, ses boutons d'or forment dessus de jolis petits points brillants... Eh ! eh ! avec un petit bout
de ruban à la boutonnière ce serait même
tout à fait bien. Va léger regret le fait soupi-
rer.. :
.( Quand on pense qu'il y a des concierges qui sont officiers d'académie ! »
q heures moins le quart.
M!,,e Thebault est prête. Elle accompagne son mari jusqu'à la porte de la Mairie et l'y laisse : c'est ici que sa forme le cortège du Conseil Municipal.
Ces Messieurs sont par groupes et causent joyeusement en faisant un bruit inimaginable. Ils ont ape eu M1" Thebault et la saluent pro-
fondement. M. Thebault est très touché de cette marque d'unanime politesse et, sans avoir l'air da l'avoir remarquée, serre plus affectueusement les mains de ses collègues, ces « chers amis ».
Quelques-uns regardent leur montre ; on va partir bientôt.
Un coup de canon coupe court à toutes les conversations et, des poitrines des vingt et un é liles, s'échappe un : « Ah ! >» prolongé.
A ce moment, le Capitaine des sapeurs-pompiers donne un signal: les tambours de la compagnie exécutent un roulement brutal qui veut dire : « Garde à vous. »
Il semble que ces Messieurs du Conseil Municipal prennent ça pour eux : instinctivement, ils réunissent les talons.
Le Capitaine des pompiers lance un commandement à ses hommes et le Maire en profite pour dire à ses collègues :
<( Messieurs, nous allons partir. »
C'est le signal d'un brouhaha indescriptible. On veut former sept groupes de trois — mais, par malheur, il v a M. Bermillon, un ancien con ser