‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 17 sur 62 · LE QUATORZE JUILLET · texte numérisé non relu

LE QUATORZE JUILLET

Le Soleil est républicain.

La Compagnie des pompiers conduit le joyau qu'elle enchâsse à la tribune qui a été dressée spécialement pour la circonstance. Ces Messieurs prennent place, juste au moment où le Régiment débouche par la grande avenue

M. Thebault, sous le dais de velours écarlate qui forme l'abri municipal, cherche des veux Mm'' Thebault dans la tribune des places réservées.

Tout à coup, il l'aperçoit. Elle est, comme lui, au premier rang de sa sphère : à sa droite, est la femme du premier adjoint ; à sa gauche, la femme de M. le Maire.

M. Thebault est lier de cet entourage; il fait un petit signe auquel sa moitié répond.

Les dames qui étaient autour de Mme Thebault la voyant faire un geste du côté de la tribune officielle, ont suivi ses regards et les leurs sont tombés sur leurs Messieurs réciproques. C'est alors un échange de sourires entendus, de mouvements de tête et de gestes de mains. Mnu> Bourrelle, qui est une petite méridionale exubérante, femme de M. Bourrelle, agent-voyer, est même montée sur sa chaise pour agiter son mouchoir.

M""' Thebault* profite de l'inattention do tout le mondé, pour faire comprendre à M. Thebault que sa cravate a glissé! L'officiel M. Thebault répond imperceptiblement qu'il a compris et répare le dégât. •

Pendant ce temps, le Colonel est arrivé.

Il est venu saluer la Municipalité alors que personne ne regardait de son coté.

•Comme ce Colonel est un peu myope, il a fait avancer son cheval tout près d'un monsieur écharpé de tricolore qu'il avait aperçu au pied de l'escalier de bois de la tribune et, croyant avoir affaire au Maire en personne, Ta salué d'un grand coup de sabre dans le vide.

C'était le Commissaire de police qui, très estomaqué, a répondu à cette politesse, en se découvrant d'un geste large et en s 'effondrant en une révérence qui semblait regretter de n'être pas plus profonde.

Le pauvre homme s'est, ensuite, précipité sur l'estrade pour raconter la mésaventure à M. le Maire, qui s'est tourné vers son Conseil pour lui dire d'un air démoralisé :

« Eh bien ! Messieurs, il vient d'en arriver.

LE QVATGitZE JUILLET

une belle!.. ». et il a narré le regrettable incident.

Tout le monde en parle.

M. Thebault descend de sa tribune pour aller vers celle de ces dames à qui il détaille par le menu, d'un air de très importante tristesse, ce qui vient de se passer.

Cette malheureuse histoire, doublée de celle de la mauvaise qualité des eaux que la Ville fournit aux soldats, est capable de décider le Ministre de la Guerre à retirer le Régiment,.

L émotion est à son comble.

On ne prête plus qu'une atte ition secondaire à la revue.

Tous se disent qu'il est nécessaire que le Maire aille, avec la Municipalité, présenter ses regrets au Colonel.

Le Conseil tout entier propose de se joindre à eux.

Ils iront tous — ils iront tous 1

Pourvu que le Colonel comprenne ce qui s'est passé ! !

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