THIERS
pour le corps. C'est là que le R. P. de Ravignan, ce saint de génie, fit l'essai de sa première retraite prêchée aux hommes. A peine a-t-il égalé cette sublimité à Notre-Dame. C'est là qu'ont été composés, changés, appliqués les règlements de cette forte éducation, soigneuse de l'esprit, jalouse de la santé, à laquelle la France a dû, doit et devra tant « d'hommes, » dignes de ce nom.
Le zèle de l'enfance l'avait fait lutteur ; il ne cédera qu'après la victoire. Quatre années durant, il combat avec les plus illustres et se place au premier rang.
Il ne voulait que la paix et la liberté. Ces deux grands biens, il les stipula pour l'Église sous la république, entre M. de Montalembert et M. Thiers, sous la loyale initiative de M. de Falloux. Il avait été à la peine, il fut à l'honneur et aucun honneur n'était plus grand que de traiter de la liberté des âmes et de la conquérir.
Quel beau souvenir ! En un même homme l'éducation chrétienne rencontre son docteur, son vengeur, son libérateur.
fi^f^T cependant l'abbé Dupanloup trouvait le temps U hà d'avoir encore et par-dessus tout le zèle des âmes. tâfecS Ce zèle, il s'y livrait par la parole et par la direction. C'est un orateur, c'est, plus encore peut-être, un convertisseur.
Orateur, il a paru dans la chaire de Notre-Dame avec le R. P. Lacordaire, avec le R. P. de Ravignan, avec le R. P. Félix, et ces gloires ne l'ont pas éclipsé. Panégyriste, il a exalté Jeanne d'Arc à Orléans avec une magnificence qui a ému tous les cœurs, même celui de l'Angleterre. A Saint-Sulpice, en face du modeste cercueil de l'apôtre
de ce temps, il a rappelé les accents de Bossuet devant le catafalque de Condé. A l'Académie, il a tenu sous le charme tout un auditoire de sceptiques, qui retrouvait en lui le cygne de Cambrai. Devant la justice, il a émerveillé et convaincu des magistrats qui venaient d'entendre Dufaure et Berryer, l'Aristide et le Démosthène de nos jours.
Les grâces de persuasion, — disons le mot chrétien, — les grâces de conversion qu'il possède sont incomparables. Ne levons pas le voile sacré qui cache les miséricordes infinies de Dieu, si bien traduites par son ministre.
Ne parlons que d'un seul de ces pénitents de la dernière heure qui sembleraient devoir lasser la bonté de la Providence et pour lesquels elle garde cependant ses plus tendres compassions, ses plus larges pardons. Le prince de Talleyrand, l'évêque apostat, était sur son lit de mort. Vainement, jusque-là, des prières sans nombre avaient supplié Dieu d'épargner à l'Europe le scandale d'une fin sans repentir. Chaque jour Mgr de Quélen, — ce martyr des révolutions, - offrait sa vie, sa vie sainte et pure, pour le rachat de cette âme si souillée ! Rien encore n'avait été obtenu : on avait vu seulement une vive rougeur colorer tout à coup le visage du prince mourant, quand une enfant, l'innocence même, était venue s'agenouiller près de lui, vêtue de blanc, prête à marcher à la table sainte, et lui avait demandé sa bénédiction... Pour la première fois, le remords avait fait trembler ce vieux politique, ce fameux renégat et il s'était senti ému devant tant de candeur ! Depuis ce jour, quelques réflexions graves assombrissaient les rares instants de solitude de cet homme qui avait tenu
en se jouant les destinées de l'Europe. Mais tout était encore à faire.
L'abbé Dupanloup fit tout. Quelle nuit que la dernière !