‹ Les Grandes figures catholiques du temps prâesentChapitre 14 sur 65 · M. DE FALLOUX · texte numérisé non relu

M. DE FALLOUX

son déclin ou du jour à son aube, il trouve, sous la calme présence de Dieu, ses meilleures, ses plus persuasives inspirations.

Il vient d'offrir le saint sacrifice, avec une piété qui se confond en adoration. Rien n'est solennel comme cette messe matinale qui prévient le réveil de la nature et des

hommes, et qui implore la bénédiction du Sauveur immolé en faveur de la France, et du diocèse pour qui prie l'évêque.

A la prière succède le travail. Mgr Dupanloup travaille tantôt seul, tantôt avec des secrétaires. Ce sont des lettres à répondre par centaines, des règlements à préparer, des instructions à envoyer, des études à poursuivre, des notes à relever, des pages à préparer ou à relire. A midi, ce que l'évêque a fait ou fait faire est merveilleux.

VU

on activité ne connaît ni limite ni obstacles : le temps, l'espace, la distance n'existent point pour lui, tant il sait les employer, les franchir, les assouplir à son désir.

Je ne dis point qu'à cela il ne s'use pas et qu'il n'use pas les autres. On prétend que, comme les héros de nos batailles, il a eu déjà, non plusieurs chevaux, mais plusieurs secrétaires tués sous lui. C'est trop dire, mais ce qui est certain, c'est que jamais personne n'a plus extrait d'autrui qu'il ne le fait. Il lui faut des instruments' d'une certaine souplesse, il est vrai; d'une utilité réelle, il est vrai, mais quand il les a, — et il les saisit partout, — il les

plie, il les dompte, il les anime, il en fait jaillir l'éclair.

Sa patience a parfois été mise à de rudes épreuves : or, ce n'est pas chez lui un don naturel, tant s'en faut ; la fougue est dans sa nature et elle est aisément sur le point d'éclater. Mais comme il se domine ! comme il se contient ! comme il se dompte !...

Il a la conception prompte et même hardie, mais il est pour' tout ce qu'il fixe sur le papier, pour ses écrits d'une sévérité implacable et d'une conscience sans seconde.

Il esquisse à grands traits et d'un premier jet; puis il revoit, il retouche, il retravaille, réédifie parfois de fond en comble. Sa belle écriture, ferme, claire, propre, accentuée, inscrit, sur une large feuille pliée à mi-marge, des pensées rapides comme l'éclair, vibrantes comme la foudre : puis des points qui remplissent les intermédiaires, les transitions, les développements, les preuves.

Cela fait, quand il en a le temps, il s'arrête : quelques heures de réflexion, une longue promenade au grand air, le conseil de nombreux et fidèles amis, mûriront l'œuvre; et de ce germe puissant un chêne sortira.

Sa docilité aux avis est extraordinaire. Il défend ses sentiments, son idée, sa phrase ; mais il cède merveilleusement quand il a aperçu une opinion plus nette, une déduction plus sûre, une expression plus propre ou plus heureuse. Je l'ai vu se rendre à des observations d'esprits presque vulgaires, mais droits. Le bon sens a sur lui un irrésistible empire, il lui sacrifie les plus poétiques élans.

Avec cette passion du mieux, de la retouche, — disons le vrai mot, de la perfection, — il est toujours prêt à la dernière heure ; mais il l'est, et avec un éclat singulier.

Ses plus tendres amis lui ont souvent reproché ses retards : que de fois ne l'a-t-on pas supplié des mois, des années, de donner le dernier bon à tirer d'un écrit, d'un livre, d'un des volumes de Y Education par exemple ! Il résistait; toujours quelque trait à ajouter ou à modifier. C'est par vingtaine qu'il exige les épreuves, quand trois ou quatre suffisent au plus. On ne se fait pas une idée sur ce point-là des doléances de ses libraires.

Eh bien ! il laisse dire et les éditeurs et les disciples et les amis. Et au fond, quand il se décide, les uns et les autres, — même les plus grondeurs, — font amende honorable : l'œuvre est devenue un chef-d'œuvre.

D'ailleurs, — et voilà ce qui désarme, — si l'heure presse, si l'on est en ces conjonctures où les minutes valent des siècles, soyez sans crainte, la rapidité de l'exécution répondra à l'urgence de la nécessité. Tous les ressorts de l'intelligence seront tendus : la pensée jaillira, la parole la suivra comme la flèche suit la volonté de l'archer, aussi prompte et aussi sûre !

Et avec une activité si laborieuse, l'ordre le plus parfait, le plus lucide et le plus net, règne dans ses livres, dans ses papiers, dans ses notes, dans tout son arsenal intellectuel, dans tous ces trésors de succès et d'éloquence dont il est l'heureux possesseur.

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