SÉMINAIRE DE LA CHAPELLE-SAINT-MESMIN
(près d'Orléans.)
goût du beau, l'amour des lettres et du savoir . Ce qui le touche le plus chez les maîtres de l'art, de la pensée et du style, c'est ce qui parle au cœur, et certes, il a raison !
C'est par là qu'il est devenu le père... je devrais dire la mère... de ses élèves, de ses pénitents, de ses diocésains, de ses pauvres.
C'est par là qu'il s'est fait le héros de l'honneur épiscopal, le vengeur de la liberté ecclésiastique, le défenseur du siège de Pierre.
C'est par là qu'il a mérité d'apparaître au monde comme
le type de l'épiscopat, et de pouvoir répondre, aux applaudissements des fidèles ainsi qu'aux étonnements des adversaires : « Vous ne saviez donc pas ce que c'est qu'un évèque ! »
Henri de Riancey.
'est vers 1863 que furent écrites les pages brillantes qu'on vient de lire. La carrière de Mgr Dupanloup n'était pas finie. Pendant quinze ans encore il prit part à toutes les batailles où le drapeau de l'Église se trouvait engagé. Car il ne connaissait pas la fatigue : le mouvement, l'activité, la lutte étaient pour lui à la fois un devoir et un besoin. Il avait
fait, comme il le dit lui-même, de son épiscopat, « une
« carrière » d'interminable labeur, où pas un jour, pas une
heure, il ne pût dire : « c'est assez ! » Quelqu'un, voyant son portrait, reprochait à l'artiste de l'avoir représenté debout. « L'évêque d'Orléans assis ! répondit celui-ci, on ne l'aurait pas reconnu ! »
A la nouvelle que le gouvernement impérial venait designer la convention de septembre, par laquelle il s'engageait à retirer dans deux ans les troupes qu'il avait à Rome, et laissait à l'Italie le soin de veiller à l'intégrité des États
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SÉiMINAIRE DE LA CHAPELLE-SAINT-MESM1N.
MAISON DE MGR DUPANLOUP, à La Cjjjs^l^-Çgjgt^esmin.
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du Pape, Mgr Dupanloup dénonça au monde les dangers nouveaux dont cette convention menaçait le Saint-Siège. Comment l'empereur avait-il consenti à signer un traité quelconque avec le roi d'Italie? Comment compter sur la parole de l'homme de Castelfidardo? écrivait-il dans une brochure éloquente, la plus lue peut-être des brochures du siècle.
Quelque temps après, Pie IX convoquait à Rome, pour le 29 juin 1867, à l'occasion du dix-huitième centenaire de Saint Pierre, les évèques du monde catholique. Le bruit courut qu'on allait profiter de cette réunion pour définir, sans discussion préalable, l'infaillibilité personnelle du. Pape. Quelques évoques, tant en Allemagne qu'en France, y ajoutèrent foi, et firent part de leurs craintes à l'évêque d'Orléans. Ces craintes émurent Mgr Dupanloup. Ses réflexions personnelles aidant, il fut promptement convaincu qu'il n'y avait qu'un remède pour empêcher les entraînements, et garder la direction doctrinale aux mains des chefs de l'Église, le Pape et les évêques : c'était la réunion d'un concile. Il connaissait du reste, à ce sujet, les secrets désirs de Pie IX : deux ans auparavant, il avait été du nombre des trente-six évêques consultés sur cette grave question. Il s'était alors contenté de donner les raisons pour et contre, sans conclure. Mais depuis, les circonstances étaient changées; et il résolut de devancer à Rome l'arrivée de ses collègues, afin de mieux connaître les intentions du Pape. Pie IX fut surpris et charmé de voir l'évêque d'Orléans dans ces dispositions nouvelles. «Mais il y a deux ans, lui dit-il, vous n'étiez pas de cet avis. — C'est vrai, Très Saint-Père, répondit
le prélat, j'avais d'abord hésité ; maintenant je n'hésite plus ! »
Les fêtes du 29 juin avaient amené à Rome, à l'appel du Pape, près de 500 évoques. Mgr Dupanloup se met aussitôt en campagne, il travaille à rallier à l'idée du concile ceux sur lesquels il peut avoir quelque action. L'adhésion fut bientôt universelle ; et c'est au milieu d'applaudissements unanimes que, le 26 juin, Pie IX annonçait comme définitivement résolue, la tenue prochaine d'un concile œcuménique.
Peu de temps après, le territoire pontifical était envavahi par les bandes garibaldiennes, sous les yeux de l'Italie complaisante et peut-être complice. L'évèque d'Orléans éleva de nouveau la voix. Ilmontrala convention de septembre violée, l'Italie infidèle à sa promesse, ouimpuissante à la tenir. La France était donc dégagée : c'était à elle d'agir. L'effet de cette protestation fut immense. Le gouvernement ému, voyant l'opinion publique prête à se tourner contre lui, s'empressa d'intervenir. La victoire de Mentana, obtenue par le secours de nos troupes, délivra le Pape. C'était un premier résultat. Un autre, ce fut l'assurance solennelle donnée par M. Rouher, à la tribune du parlement, que jamais, jamais, la France n'abandonnerait Rome.
Vers la même époque, le ministre de l'instruction publique organisait, par un simple décret, l'instruction supérieure des filles. Ce décret n'avait qu'un but — ses défenseurs ne s'en cachaient pas, — faire cesser l'antagonisme introduit dans la famille parle scepticisme des hommes et les croyances religieuses des femmes. Mais au lieu
de restaurer l'unité par la religion, comme concluaient la raison et l'Église, la Franc-Maçonnerie avait décidé de la rétablir par l'athéisme. « Pour vaincre l'ennemi, disaitelle dans le journal Le Siècle, il n'y a qu'un moyen : instruire les femmes, pour qu'elles instruisent les filles, et forment les libres penseurs ! » L'évêque d'Orléans avait d'avance compris le danger ; il le dénonça et entraîna après lui l'épiscopat tout entier. Le décret fut retiré. Le ministre recula devant l'évêque ; de ce côté la libre pensée était en déroute.
Cependant le 8 décembre 1869, époque fixée pour l'ouverture du concile, approchait. L'évêque d'Orléans ne parlait que de calme et de paix. Soudain un journal, la Civilta Catholica, jeta dans le public cette nouvelle : que le prochain concile serait court, qu'il n'y aurait pas de discussion, qu'on définirait, par acclamation, l'infaillibilité du Pape. L'article produisit sur les chancelleries et dans les parlements une émotion considérable. Les gouvernements affichèrent des dispositions menaçantes : l'évêque d'Orléans en fut vivement alarmé. L'opinion publique et la presse, à leur tour, s'étaient jetées sur cette question brûlante. Les discussions s'envenimaient, les écrits polémiques s'entrecroisaient, deux courants d'opinions menaçaient de s'entrechoquer dans l'Église. Bien que l'inquiétude de l'évêque d'Orléans augmentât tous les jours, il gardait le silence.
Enfin au milieu de ces controverses de plus en plus ardentes, de ce tumulte qui l'affligeait, Mgr Dupanloup se décida à jeter un cri de paix, d'amour et de dévouement. Il le fit dans une lettre pastorale à son diocèse. Pour lui,
le rôle du futur concile devait être un rôle de pacification ; il devait faire œuvre d'unité, de vérité, de charité. Du sujet brûlant de l'Infaillibilité, il n'était pas question. L'évêque s'en expliquait quelques jours après dans une brochure célèbre. Il ne lui semblait pas que la définition de l'infaillibilité fût en ce moment opportune et il exposait l'ensemble des raisons sur lesquelles son jugement s'appuyait. On pouvait discuter ces raisons : mais la conviction de l'évêque était profonde, absolue.
Il exprima son opinion au concile; c'était son droit; c'était de plus, à ses yeux, un impérieux devoir. La majorité des Pères pensa autrement que lui. Le 16 juillet, après de longues et chaudes discussions, le projet sur l'infaillibilité fut définitivement voté par le concile, et la proclamation fixée au 18.
Le 17 au soir, l'évêque d'Orléans quittait Rome. Il n'avait pas voulu contrister Pie IX, en émettant un vote négatif, en sa présence, mais à peine arrivé dans son diocèse, il donna son adhésion publique aux décisions du concile : « Ces graves discussions, écrivit-il dans une lettre pastorale, ne se terminent pas par des triomphes personnels, mais par la victoire de la foi et de Dieu dans sa volonté sainte. »
Déjà la guerre avec la Prusse était engagée. Dans une lettre patriotique à ses diocésains, l'évêque d'Orléans, après avoir recommandé la prière pour le succès de nos armes, demandait des aumônes, et prescrivait des quêtes pour les blessés de l'armée. Mais bientôt arrive la nouvelle de revers inouis, prodigieux : le désastre de Sedan, l'investissement de Paris, et comme contre-coup de nos malheurs, l'entrée des Piémontais à Rome, la captivité de
Pie IX. Aussitôt l'évêque exhale, dans une lettre éloquente, son émotion douloureuse, et sa protestation indignée contre la déloyauté de la perfide Italie. Mais déjà le théâtre de la guerre s'était rapproché ; Orléans assiégé par une armée bavaroise succombait, et la ville était frappée d'une énorme contribution de guerre. Où trouver le million qu'exige le vainqueur ! Les magistrats ont recours à l'intervention de l'évêque. L'évêque, dans une lettre au roi Guillaume, plaide l'intérêt de sa ville écrasée : la contribution est réduite.
Dans un village voisin, des coups de feu, partis on ne sait d'où, avaient abattu deux ou trois soldats allemands. Cinquante habitants sont saisis aussitôt. Amenés à Orléans ils vont être passés par les armes. L'évêque, à cette nouvelle, accourt auprès du baron de Thann, le général de l'armée ennemie, et demande la grâce des malheureux. Le général fit venir les prisonniers, et comme ils étaient devant lui, pâles, défaits, croyant leur dernièreheure venue, il leur adressa ces brèves paroles : « Vous avez mérité la mort: pourtant je vous fais grâce. Mais n'oubliez jamais que vous devez la vie à votre évèque. » Le général avait manifesta l'intention d'envoyer en Allemagne les blessés français convalescents, dont ia vlîle était remplie. Au nom de la convention de Genève, l'évêque proteste : les blessés sont renvoyés chez eux.
Quelques jours après, la victoire de Coulmiers délivrait Orléans. Mais la joie ne fut pas de longue durée dans la ville. La capitulation de Metz permettait la marche en avant de Frédéric-Charles. Le prince donne bientôt la main au baron de Thann et au duc de Mecklembourg. L'armée de
la Loire est culbutée; Orléans est repris. Cette fois les vainqueurs, c'étaient les vrais Prussiens, les Prussiens du Brandebourg : ils le témoignèrent par leur brutalité. L'évê-