‹ Les Grandes figures catholiques du temps prâesentChapitre 30 sur 65 · LE R. P. LACORDAIRE · texte numérisé non relu

LE R. P. LACORDAIRE

histoire des grâces que Dieu m'a faites pour vous évangéliser, et des grâces que vous avez reçues de mon apostolat. Après cette lecture, je m'enfoncerai dans la plaie du cœur que l'amour a blessé pour vous aimer d'un amour qui finira avec la vie. »

L'autorité ecclésiastique unit sa voix â celle des fidèles. Dès le dimanche 16 mars, au moment où le P. Monsabré montait en chaire pour donner son admirable Conférence sur l' amour du sens esthétique, M. l'abbé Porcher, secrétaire de l'évêque de Blois, remettait au Père, en présence de l'un de ses amis et de l'archiprètre de Notre-Dame, en même temps que le diplôme de chanoine honoraire de Blois, une lettre où le vénérable prélat exprimait l'espoir que l'éloquent • Dominicain « accepterait cette modeste dignité comme un signe d'affectueux attachement et de sincère admiration. »

gr^ e dimanche des Rameaux, alors que le prédicateur,

m avant de prononcer un dernier discours, s'inclinait pour recevoir la bénédiction du cardinal, Son Eminence se leva et prononça l'allocution suivante : Mon Révérend Père, « Ce n'est pas sans intention que je me lève aujourd'hui pour bénir votre parole. Vous terminez par cette confé-

rence le grand enseignement du dogme catholique que vous avez donné pendant vingt années avec une bénédiction si visible en Notre Seigneur, du haut de cette chaire.

« Je me porte par la pensée aux jours où vous y montiez pour la première fois. C'était pendant l'Avent de 1869. On était à la veille des grandes douleurs de la France et des grandes épreuves de l'Église. Le concile du Vatican s'assemblait à Rome ; et comme pressentant l'avenir, vous faisiez entendre au peuple chrétien Y appel royal et Y appel maternel de l'Église. Vous la montriez, cette Église, reine et mère tout ensemble, prête à pourvoir aux nécessités et aux périls de la crise contemporaine.

« Les événements se déroulèrent sous l'action mystérieuse de la Providence, qui préparait les nations par les leçons de l'expérience à écouter la voix de l'Église. Si la chaire de Notre-Dame ne demeura pas complètement silencieuse pendant les années 1870 et 1871, Dieu parla surtout par les faits qui s'accomplirent alors sous nos yeux.

« Quand la tempête fut calmée, le vénérable Cardinal Guibert, conduit par la main de Dieu dans la capitale de la France, vous appela, mon cher et Révérend Père, pour continuer l'œuvre des Lacordaire et des Ravignan. Vous apparûtes au Carême de 1872 dans la chaire de Notre- Dame. Vous traduisiez si bien la pensée de tous quand vous disiez, au début de votre prédication : « Il faut à tout « prix sortir de l'abîme d'humiliations et de douleurs pa- « triotiques où nous a plongés la justice divine provoquée « par l'extrême perversité des opinions et des mœurs pute bliques. » Le salut que tous appelaient, vous démontriez qu'il ne serait obtenu que par l'énergique affirmation du

principe chrétien dans la vie privée, dans la vie de famille, dans la vie publique. Plût à Dieu que nous n'eussions pas trop tôt oublié les leçons de la Providence et du malheur !

« Mais à ce moment les âmes en conservaient le récent

' souvenir, et lorsqu'une année de paix eut ramené le calme

dans les esprits et dans les cœurs, vous commençâtes,

mon cher et Révérend Père, ce lumineux exposé du Credo

catholique que vous achevez aujourd'hui.

« Plus tard, quand on lira l'histoire de notre dix-neuvième siècle, on comprendra la place qu'aura occupée dans la restauration de la société chrétienne l'enseignement traditionnel de l'Église, si admirablement condensé par l'Ange de l'École, votre frère, dans sa Somme théologique, si éloquemment appropriée par vous aux besoins de notre époque

« Mon cher et Révérend Père, quand vous parûtes pour la première fois, en 1869, dans la chaire de Notre-Dame, vous rappeliez les paroles touchantes que le P. Lacordaire en laissa tomber au terme de sa carrière apostolique : « Murs de Notre-Dame, disait votre frère, voûtes sacrées, « qui avez reporté mes paroles à tant d'intelligences pri- « vées de Dieu, autel qui m'avez béni, je ne me sépare « point de vous. »

« Vous aussi, mon cher et Révérend Père, vous ne vous séparez pas de nous. Permettez-moi de vous appliquer ce que vous disiez vous-même alors du P. Lacordaire. Vous vivrez en ces hommes qui sont votre gloire et votre couronne, vous vivrez dans la reconnaissance de Paris et de la France, vous vivrez dans la fraternelle affection du vénérable chapitre métropolitain et du clergé de Paris ; qu'il

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me soit permis d'ajouter, vous vivrez surtout dans le cœur de l'humble archevêque, heureux de savoir et de dire que notre immortel pontife Léon XIII a été consolé par les triomphes de votre parole apostolique dans la chaire de Notre-Dame.

« Puis, je vous adresserai une prière. En 1872, vous avez été appelé par réminent cardinal Guibert, de noble et douce mémoire, à proclamer, devant la France, le Vœu national au Sacré-Cœur. La France a été fidèle à son vœu. La basilique a grandi sur la montagne desMartyrs; l'heure approche où nous pourrons la dédier solennellement au Cœur miséricordieux de Jésus. Mon Père, à mon tour, je vous convie à venir en ce jour chanter dans la basilique de Montmartre l'hymne de notre reconnaissance et les miséricordes de Dieu envers la France dévouée et pénitente : Christo ejusque sacratissimo Cordi Gallia pœ/iitens et dévota. »

Profondément ému, le T. R. P. Monsabré répondit ces quelques mots :

« Éminentissime Seigneur,

« Je suis touché et confus en môme temps des éloges et des remerciements que Votre Éminence vient de m'adresser. Je voudrais les avoir mérités, mais je n'oserai jamais me rendre ce témoignage. Ce que je sens profondément, ce que je puis dire librement, c'est que si ma parole a eu quelque succès et a fait quelque bien, je le dois, après la grâce de Dieu, à votre paternelle bonté et aux encouragements que j'ai reçus de vous et de votre vénérable prédé-

cesseur. J'emporte de mon ministère dans cette insigne métropole le souvenir de deux saints prélats qui furent pour moi deux pères, souvenir que la piété filiale entretiendra dans mon cœur jusqu'à ce qu'il ait cessé de battre. »

Enfin, pour couronner ces témoignages d'estime, le jour de Pâques, avant les Vêpres, en présence des membres du Chapitre Notre-Dame réunis dans le salon de l'archiprêtre, le cardinal Richard remit au P. Monsabré un télégramme du Souverain Pontife et lui conféra le titre de Chanoine d'honneur de l'Église métropolitaine.

Voici la traduction de la dépêche adressée à l'archevêque de Paris par le cardinal Rampolla, au nom de Léon XIII :

« Le Saint Père a appris avec une vive satisfaction les fruits abondants de la prédication du P. Monsabré, preuve nouvelle du mérite déjà connu de l'illustre prédicateur.

« C'est pourquoi il charge Votre Éminence de manifester la satisfaction Pontificale à ce Révérend Père, au jour où il va terminer sa prédication, et de lui transmettre en même temps une bénédiction spéciale, gage de l'affection et témoignage de l'estime du Pontife envers le zélé ministre de l'Évangile.

« Cardinal Rampolla »

Le P. Monsabré ne pouvait emporter dans le recueillement de la vie claustrale une plus précieuse récompense. Le bruit courut alors que l'éloquent orateur se proposait de solliciter un fauteuil à l'Académie. Certes, les membres de cette illustre Compagnie se féliciteraient de mpter dans leurs rangs un tel confrère ; mais le Confé-

rencier de Notre-Dame ambitionne d'autres satisfactions. Heureux d'avoir, pendant vingt ans, rappelé à une société oublieuse les grandes vérités de l'Évangile, il se repose dans la méditation et la prière des fatigues du sillon tracé, en attendant que le Soleil intelligible des âmes l'éclairé.

Oscar Havard,

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