LE COMTE DE MUN
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,vEz-vous lu le Récit d'une sœur?
Dans l'histoire de cette famille qu'on nommerait volontiers idéale, vous rappelez-vous une figure charmante entre toutes, cette Eugénie de La Ferronnays, si généreuse et si douce, gracieuse comme un matin de printemps, pure comme un ange, qui a l'air de traverser la vie, sans vouloir s'y arrêter, d'un pas léger et rapide, les yeux constamment tournés
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vers le ciel, où elle s'en va enfin dans la fleur exquise de ses sentiments et tout l'éclat de sa radieuse jeunesse?
C'était une âme aimante et tendre, dont le dévouement embrassait même les misères inconnues. Elle ne sentait pas, disait-elle, « qu'il y eût un seul être sur la terre, non seulement à qui elle aurait pu en vouloir, mais pour qui elle n'aurait pas pu prier et même souffrir. »
Un jour, comme elle voyait son frère Albert, nouvellement marié, éprouver les symptômes d'une maladie alarmante, qui menaçait sa vie et le bonheur de sa jeune femme, elle supplia Dieu de le guérir en la faisant ellemême souffrir de son mal et mourir à sa place.
Et pourtant elle était heureuse ; elle goûtait alors les ravissements intimes de cet âge, « où on est fou, comme elle disait, en sentant des fleurs. »
Mais son âme dédaignait tout ce qui passe et aspirait à ce qui demeure. Elle se croyait destinée à rester peu d'années sur la terre et sans se donner à la terre, tout entière à Dieu, cachée sous le voile des religieuses dans l'ombre silencieuse du cloître.
Dieu avait sur elle d'autres desseins. Il mit sur sa route une âme digne de la sienne, et dont elle subit le charme. Elle devint épouse et mère.
Pourtant ses rêves de jeune fille ne l'avaient trompée qu'à demi : elle ne fit qu'apparaître ici-bas, comme une vision céleste. Mariée en 1838, elle mourut en 1842.
Mais elle laissait deux enfants, en qui son âme devait revivre. L'aîné s'appelait Robert. Quant au plus jeune, dont la naissance épuisa ce qui lui restait de vie et précéda de peu sa mort, elle l'avait nommé Albert, comme le
frère bien aimé sur qui elle avait versé tant de larmes. L'enfant a grandi, il est devenu un homme renommé, et toute la France catholique a répété son nom avec orgueil : c'est le comte Albert de Mun.
Albert de Mun vint au monde, le 7 février 1841, àLumigny, dans le département de Seine-et-Marne. Rapprochement singulier : c'est dans un des châteaux d'un célèbre ennemide la Foi, d'Helvétius, que la Providence plaça le berceau du futur orateur catholique. Ainsi du haut du cadre où il semblait revivre, le vieux philosophe voyait naître dans sa demeure, et à ses pieds, un enfant qui devait travailler âruiner son œuvre, en défendant avec éclat ce qu'il avait malheureusement mis sa gloire à combattre.
Le sort a de ces piquantes fantaisies ; ou plutôt, Dieu a de ces miséricordieuses vengeances.
Le descendant était appelé à faire de loin la leçon à l'ancêtre, et à réparer ses torts.
Car il était- bien du sang de celui dont il habitait la demeure en entrant dans le monde. Son arrière gran d-père, le comte de Mun, lieutenant général, avait épousé une fille d'Helvétius, qui lui avait apporté en dot la terre de Lumigny, où ils s'établirent.
Leur fils, le grand-père de l'enfant qui arrivait à la vie, créé marquis et pair de France par Louis XVIII, s'était allié à une illustre famille de Belgique. Fille du ducd'Ursel, sa femme descendait en ligne directe de Marie Stuart.
Du reste les de Mun appartenaient eux-mêmes à la plus vieille noblesse; et leur blason n'était pas de ceux
qui avaient jeté le moins d'éclat depuis les croisades. (1) Quant aux La Ferronnays, de qui le jeune enfant descendait par le sang maternel, ils tenaient une place dis-
(1) On fait même remonter leurs origines beaucoup plus haut. La presse reproduisait dernièrement ce qu'elle appelait une révélation curieuse de Y Intermédiaire des chercheurs.
« Ce recueil nous apprend, écrivait le Petit Journal, que M. le comte Albert de Mun, le député du Finistère, descend en droite ligne de £lovis 1er, roi des Francs, en vertu du tableau que voici :