COMTE DE MUN. - CL0V1S 1", ROI DES FRANCS
M. le comte Albert de Mun, né en 1841, a pour aïeul paternel Jean- Antoine-Claude-Adrien, marquis de Mun, mort en 1843, qui avait pour aïeul paternel Pierre-Alexandre de Mun, marquis de Sarlabours, mort en 1741, arrière-petit-fils de Alexandre, seigneur de Mun, gouverneur de Toulouse, marié en 1606, arrière-petit-fils de Florette de Montlezun de Saint-Poutge, mariée en 1488 à Orner, seigneur de Mun en Bigorre, descendant au cinquième degré de Bernard de Montlezun, seigneur de Saint- Larcq, marié en 1309, fils puîné de Arnaud-Guilhem de Montlezun, comte de Pardiac, mort en 1309, qui avait pour quatrième ancêtre paternel Oger, comte de Pardiac, fils de Bernard, comte de Pardiac (1025), troisième iils d'Arnauld II, comté d'Astarac, qui vivait en 1000, petit-fils d'Arnaud Garcie, qui eut le comté d'Astarac en partage ; il était fils de Garsias Sanche, dit le Courbé, comte de Gasgogne (904), petit-fils de Mittara Sanche Ier, comte de Gascogne (812), arrière-petit-fils de Loup II, duc de Cascogne (774), pendu jpar ordre de Charlemagne pour crime de félonie (778).
Il était petit-fils de Waiffre, duc d'Aquitaine (745), celui qui, par abdication de son père, épousa Adèle de Gasgogne et qui, voulant recouvrer la couronne mérovingienne qui leur avait été enlevée (752) par Pépin le Bref, fit la guerre à ce dernier, fut battu en 768, perdit son duché d'Aquitaine, et fut assassiné le 5 juin 768.
Waiffre était fils de Hunold, duc d'Aquitaine (735), qui abdiqua en 745 et fut tué au siège de Pavie (774), fils de Eudes, duc d'Aquitaine, mort (735), petit-fils de Caribert, roi d'Aquitaine (630), mort (631), second fils du roi Clotaire II et de la reine Bertrade, sa seconde femme, frère consanguin du roi Dagobert I",
Clotaire II, roi de France entière (618), Chilpéric J", roi de Soissons (561), de Paris (567).
Clotaire 1", roi de France (558).
Clovis I", le Grand, roi des Francs, marié (493) à Clotilde de Bourgogne. .
Et voilà comment M. de Mun descend de Clovis.
(Petit Journal, 3 décembre 1894.)
tinguée dans l'État. Le comte, son grand-père, avait été ambassadeur et ministre des affaires étrangères sous Charles X.
Mais, ce qui valait mieux pour son âme que ces titres sonores et ces nobles origines, c'est qu'il trouvait, autour de lui, dès son premier pas dans la vie, des traditions et des exemples qui lui en marquaient nettement le chemin. Il n'aurait plus tard qu'à les suivre pour mériter l'estime de tous et devenir véritablement un homme.
On a déjà vu quelle âme était sa mère. Quiconque a parcouru l'ouvrage, où une affection fraternelle a esquissé son histoire, sait dans quelle atmosphère elle était née et avait vécu. Il y a, certes, bien peu de familles comme la sienne ! Quelle délicatesse, quelle élévation dans les sentiments ! Cette Alexandrine qui se convertit au lit de mort de son mari, enlevé si vite à son amour, c'est plus qu'une âme rare, c'est presque une sainte. Ils sont tous d'ailleurs chrétiens, .profondément, non de ce christianisme de surface, qui est une simple tradition de famille, ou une mode recherchée des gens comme il faut. La religion pénètre leur vie, la soutient, la règleet la dirige.
Et comme ils sont nés éloquents ! Quels qu'ils soient, il fait bon les entendre; et, dès qu'ils écrivent, c'est un charme de les lire. Témoin la sœur d'Eugénie, cette Mme Augustus Craven, qui, pour obtenir un des plus beaux succès d'écrivain de ce siècle, n'a eu guère qu'à transcrire son journal et sa correspondance de jeune fille, avec les lettres et les notes de ses sœurs. Depuis ce beau livre, que d'autres sont sortis de sa plume et l'ont honorée !
Albert de Mun avait donc de qui tenir. Il ne lui fallait,
pour bien penser et bien dire, que rester fidèle à son sang.
Il fut élevé dans sa famille, jusqu'à l'âge de treize ans. Il grandit là, près de son père, à côté de son frère Robert, sous la direction intelligente d'un précepteur laïque, M. Esblin.
C'était un homme excellent que ce M. Esblin. Lettré cultivé, d'une distinction d'esprit rare, ses paroles, ses actes, toute sa vie laissait voir plus que de la religion : il avait une véritable piété.
Devenus hommes, les élèves n'oublièrent pas leur vieux maître. Quand ils commencèrent à éveiller autour d'eux les murmures flatteurs de l'opinion et que le nom d'Albert connut le retentissement de la renommée, le brave homme en eut le cœur transporté. Il éprouvait un paternel orgueil en les regardant. Encore qu'ils eussent passé, de bonne heure, par d'autres mains que les siennes, je ne suis pas bien sûr qu'il ne s'applaudît d'eux, en secret, comme de son ouvrage. S'ils étaient son œuvre, il est certain qu'ils étaient sa plus belle œuvre ; il avait le droit d'en d'être fier. Pour eux, ils le vénéraient comme un père. Quand la mort vint le prendre, en 1874, ils lui fermèrent les yeux ; c'est dans leurs bras qu'il s'est éteint.
Commerce touchant de sentiments également honorables ! rare exemple d'un dévouement sans réserve et d'une longue fidélité clans la reconnaissance, qui honore à la fois les obligés et le bienfaiteur !
A la douce éducation du foyer succédèrent bientôt pour Albert de Mun les leçons plus viriles du collège. Mais il ne fut point l'élève des Pères Jésuites, quoi qu'on ait dit
ou quoi qu'il paraisse. C'est à Versailles qu'il fît ses études, dans une petite école secondaire que dirigeait M. l'abbé Paris. C'est donc toujours un élève des collèges libres.
En 1862, il sortit de Saint-Cyr. Il avait vingt-et-un ans. Il alla rejoindre aussitôt son frère aîné au 3e chasseurs d'Afrique.
Là, les deux jeunes officiers firent bravement leur métier de soldats. De 1862 à 1867, Albert de Mun prit part à toutes les expéditions qui marquèrent cette période de notre conquête algérienne.
Bon chrétien sans doute, mais tout entier à ses devoirs militaires, il était loin de songer alors à la vie si différente qu'il devait mener un jour. On l'aurait sans doute bien étonné, si on lui eût dit qu'une heure viendrait, où, obligé choisir entre deux armes, la parole et l'épée, il renoncerait de à l'épée et ne se battrait plus qu'avec la parole.
En attendant, envoyé en mission autour de Carthage, il étudiait ces ruines fameuses, où dorment les souvenirs d'un passé glorieux. Il poursuivait les Arabes avec son escadron, s'enfonçait derrière eux au désert, passait près d'une année entière dans ces mornes solitudes, en face de
la nature silencieuse, loin des villes où se fait le bruit et où s'agitent les hommes.
Son âme se trempait à cette dure école. Il apprenait à souffrir pour son drapeau et à l'aimer davantage en souffrant pour lui. Il s'est souvenu un jour, à la tribune du Parlement, de ses expéditions de jeune officier sur la terre algérienne, et il a touché tous ses auditeurs en les rappelant.
Il parlait des vieux soldats, et il faisait avec émotion leur éloge.
Ah! les vieux soldats ! s'écriait-il ; Messieurs, on en rit aujourd'hui ; on n'y croit plus, on les traite de légende usée, et le patriotisme éclairé de nos jours ne veut plus du chauvinisme des sergents d'autrefois. Et pourtant, ces vieux soldats, c'étaient eux qui gardaient la tradition, l'esprit de corps, le vieil honneur du régiment.
Et je me rappelle, — mes camarades que je vois ici se le rappellent comme moi, — comment ils formaient les jeunes en leur apprenant l'histoire de la famille... {Rameurs à l'extrême gauche.) Oui, l'histoire de la famille... (Applaudissements adroite.)
... C'était notre honneur de regarder le régiment comme une famille. {Nouveaux applaudissements sur les mômes bancs.)
Je me rappelle cette fierté qui saisissait alors les âmes au récit des grandes choses du passé et l'air de tous ces visages quand l'escadron, en marche sur un sentier d'Algérie, s'arrêtait tout à coup devant une pierre, un buisson, marqués par le souvenir d'un combat où le régiment avait donné, pour faire front et présenter le sabre. {Nouveaux et vifs applaudissements à droite.)
La tradition prenait l'homme tout entier : on aurait été au bout du monde pour suivre les anciens ! (1)
En 1867, le brillant lieutenant quitta l'Afrique, et passa au 3me chasseurs de France. Trois ans auparavant, son frère avait donné sa démission pour s'établir. Lui-môme
(1) Nous empruntons cette citation, et nous en emprunterons encore beaucoup d'autres, à l'ouvrage intitulé Discours et écrits divers du comte Albert de Mun. (5 vol. Paris, Poussielgue, 1888 — 1895).