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POUR LE PEUPLE

il y a un autre client que la religion dont M. Albert de Mun s'est fait le défenseur obstiné, à la Chambre et hors de la Chambre : c'est le peuple. Je parle du peuple que l'industrie emploie, qui vit de son salaire, — quand il en peut vivre, — et qui travaille sous les ordres et au bénéfice d'un patron. Le compatissant orateur paraît très vivement touché de ses misères, et il les tient pour irrémédiables, dans l'état social que la Révolution a créé. Il faut défaire ce qu'elle a fait, et relevé ce qu'elle a détruit, si l'on veut rendre la vie supportable à la classe des ouvriers ; et elle est si nombreuse et si digne d'intérêt !

En lui enlevant sa corporation où il trouvait une défense, aux yeux de M. de Mun, les hommes de 89 ont livré l'ouvrier au caprice du patron, qui le fait vivre, en le faisant travailler. Ils ont eu l'air de l'affranchir, et peut-être Fontils voulu ; en réalité ils l'ont asservi à la tyrannie du plus riche, qui est le plus fort.

Je soutiens, disait-il à Romans en 1888, que la liberté professionelle n'existe pas, et je m'insurge ici contre ce dogme économique qui domine dans notre législation du travail depuis un siècle, que le travail est assimilé à une marchandise jetée suc le marché comme toutes les autres, et livrée à la loi de l'offre et de la demande sans que rien ne vienne en contrebalancer les effets.

Dans de pareilles conditions, l'ouvrier n'est pas libre parce qu'il est le plus faible ; il arrive toujours un moment où, pour lui, c'est une question de subsistance, une question de vie ou de mort ; sa liberté «•esse devant la farce, c'est-à-dire devant le capital.

Un autre jour il faisait sien un mot frappant de Louis Blanc, et disait : « Quand les armes sont inégales, la liberté n'est que l'hypocrisie de l'oppression. »

Il est donc Fennemi de l'individualisme. Il déteste cette doctrine économique, qui, supprimant toute intervention tutélaire, de la part du pouvoir souverain, et tout médiateur, laisse les uns et les autres isolés et en présence. En créant la libre concurrence, sans rien faire pour en retenir les excès, on a déchaîné une « guerre implacable, pareille à ces duels gigantesques que se livrent sur les grands fleuves de l'Amérique deux bateaux de compagnies rivales qui marchent à toute vitesse en forçant le combustible, quitte à faire sauter l'équipage et les passagers. » (1)

M. de Mun ne veut pas de cette lutte dangereuse, fatale aux plus faibles et périlleuse pour le pays. Il demande

(1) Discours prononcé à Chartres, le 8 septembre 1878.

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