LE CARDINAL MANN IN G
Un des plus illustres avocats des classes populaires.
que les ouvriers recouvrent le droit de s'associer, que la Révolution leur a pris. Aussi nul ne soutint avec plus de zèle, et ne vota avec plus de bonheur le principe de la loi qui organisa, en 18S4, les syndicats professionnels.
Malheureusement, cette loi était insuffisante. En rendant les ouvriers plus redoutables, elle égalisait ou à peu près les forces des belligérants, mais elle ne pouvait rien et ne tentait rien pour terminer la guerre. Elle était destinée plutôt à la faire éclater plus souvent, et à augmenter l'importance des rencontres. Les deux camps adverses étant puissants l'un et l'autre, les batailles n'en seraient que plus terribles.
Pour éviter ces périls, M. Albert de Mun proposait de favoriser la constitution de syndicats mixtes, qui comprendraient des patrons et des ouvriers de la même industrie. Il voulait rapprocher les adversaires dans une association commune, au lieu de les laisser face à face, sous les armes, prêts sans cesse à en venir aux mains. Son système eût-il ramené la concorde dans le monde du travail ? Il l'espérait, et l'essai n'ayant pas été tenté, personne ne peut accuser ses espérances de n'être que des illusions. Quant à ses craintes, la preuve est faite: elles n'étaient que trop justifiées. Jamais les divisions n'ont été plus profondes ni plus redoutables entre les travailleurs et ceux qui les emploient. L'établissement légal des syndicats professionnels, tels qu'ils ont été constitués, loin d'apaiser entre eux les conflits, a paru être en réalité, comme l'orateur catholique l'avait dit d'avance, « l'organisation définitive de la guerre des uns contre les autres. »
Il aurait voulu qu'on essayât au contraire d'organiser
la paix. C'était une ambition généreuse, et qui lui fait beaucoup d'honneur.
Outre le droit de s'associer, on a, depuis un siècle, travaillé à ravir au peuple la Foi et ses immortelles espérances. Pour M. deMun, c'est faire tort non seulement à la vérité, mais au peuple que la vérité instruit et console. L'impiété se montre vraiment cruelle pour les malheureux, qui sont le grand nombre : elle les prive du baume divin qui endormait leurs blessures, et elle n'a rien pour le remplacer. (1) En même temps, elle complique étrangement le problème social, déjà si difficile : s'il n'y a pas une autre vie, et de justes compensations à attendre, la logique veut que chacun cherche à jouir, le plus qu'il pourra, sur la terre; et voilà les appétits en fureur, se ruant tous à la fois sur les biens de ce monde ! Quelles rivalités à prévoir ! quelles rencontres ! quels chocs !
C'est clone l'intérêt de tous de ramener la religion dans la foule, de réconcilier l'Église et le peuple. M. de Munn'a
(1) Relire, à ce sujet,le beau discours prononcé à Louvain en 1885. L'orateur y cite une page curieuse d'un écrivain révolutionnaire, LouisBlanc; on la trouvera ici sans doute avec* plaisir :
« L'Église était le centre de tout. Autour d'elle, à son ombre, s'asseyait l'enfance des industries. Elle marquait l'heure du travail, elle donnait le > ignal du repos. Quand la cloche de Notre-Dame ou de Saint-Merry avait sonné l'Angelus, les métiers cessaient de battre, l'ouvrage restait suspendu, et la cité, de bonne heure endormie, attendait le lendemain que le timbre de l'abbaye prochaine annonçât le commencement des travaux du jour
« L'esprit de charité avait pénétré au fond de cette société naïve qu voyait saint Louis venir s'asseoir à côté d'Etienne Boyleau, quand le prévôt des marchands rendait la justice. Sans doute on ne connaissait pas alors cette fébrile ardeur du gain qui enfante quelquefois des prodiges, et l'industrie n'avait point cet éclat, cette puissance qui aujourd'hui éblouissent ; mais du moins la vie du travailleur n'était pas troublée par d'amères jalousies, par le besoin de haïr son semblable, par l'impitoyable désir de le ruiner en le dépassant. »
travaillé à aucune œuvre avec plus d'ardeur. Il aime à montrer ce que l'Église a fait pour les humbles, et quelle reconnaissance ils lui doivent pour des bienfaits désintéressés dont elle n'avait rien à attendre. (1)
Témoin des horreurs de la Commune, il a vu, on le sait,