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LE C3MTE DE MONTALEMBERT

son inspiration : elle a dû se dissoudre, n'ayant pu parvenir à vivre.

Si en obéissant aux conseils du Souverain Pontife, il a vu tout ce que l'obéissance devait lui coûter, on a eu raison de dire qu'il a fait un acte héroïque. Il s'est souvenu sans doute qu'il avait porté l'épée : sur un signe de son général, il est allé où on l'envoyait, sans consulter son intérêt, sans prendre garde au péril ni avoir peur de la mort.

Il y a près d'un demi-siècle, un autre grand orateur catholique, gentilhomme de race lui aussi, se sépara également de ses amis politiques dans une circonstance mémorable. En 1852,1e comte de Montalembert se rallia à l'Empire. Déjà, avant le coup d'État, qui fit du Président l'Empereur, il avait dit à la Chambre : « Il y a bien des points sur lesquels je ne suis pas d'accord avec le Président de la République ; il pourra me faire regretter un jour d'avoir cru en lui ; il pourra me faire rétracter le témoignage que je lui rends. Mais comme je ne lui dois rien, comme je ne lui demande rien, comme il ne peut rien pour moi, il y a une chose dont je suis sûr, c'est que jamais, par aucune faveur, par aucune complaisance, il ne pourra gâter le plaisir que j'éprouve et l'honneur que je me fais en venant lui rendre ici ce public témoignage. »

En ce qui regarde M. de Mun> le plaisir est de trop. Mais d'ailleurs que de ressemblances !

Montalembert fut critiqué par les partis dont il se détachait, comme M. de Mun l'a été pour ceux dont il quittait le drapeau. Seulement, on y mettait alors plus de

réserve : nous avons démocratisé depuis les reproches comme tout le reste. (1)

Tous deux ont été abandonnés de leurs électeurs, après leur ralliement, l'un un peu plus tard, l'autre tout de suite ! Et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'un et l'autre se sont vu battre par un candidat obscur, que le gouvernement auquel ils avaient adhéré patronnait contre eux, comme plus gouvernemental qu'eux-mêmes.

Les événements qui suivirent éclairèrent Montalembert. Il reconnut qu'il s'était trompé, et il se blâma de son erreur plus vivement que personne.

La ressemblance ira-t-elle jusque-là? beaucoup de prophètes le prédisent. Mais il faut être en garde contre ces prophètes ; rien ne garantit leur clairvoyance et je me défie de leur désintéressement. Ce qui n'est pas douteux c'est que si l'avenir donnait tort aux espérances de M. de Mun, s'il avait à déplorer un jour sa politique, ses regrets seraient de ceux dont on n'a pas à rougir; ils ne ressembleraient en rien à des remords.

(1) On peut voir- dans cet ouvrage même, Volume II, au cours des pages consacrées à Montalembert, h- blâme formel, mais discret et respectueux, que M. de Rianeey adresse à l'orateur.

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