‹ Les Grandes figures catholiques du temps prâesentChapitre 54 sur 65 · MARECHAL DE MAC-MAHON · texte numérisé non relu

MARECHAL DE MAC-MAHON

volontaire rejoignit à Reims l'armée de Mac-Mahon. Il fut -attaché au douzième corps, général Lebrun, comme aumônier en chef, et suivit les troupes dans leur marche à travers l'Argonne. Le 30 août, on se battit à Mouzon ; il fut fait prisonnier avec son ambulance. Il était là, dans cette petite ville des Ardennes, retenu par les Allemands, pen-

MONSEIGNEUR d'hULST 317

dant que succombaient, à Sedan, l'armée de Mac-Mahon et la fortune de la France. Muni d'un sauf-conduit du prince royal de Saxe, il essaya, le 2 septembre, de rejoindre les troupes dont il ignorait le désastre. Il apprit en chemin la capitulation de Sedan. Quand il arriva le soir aux remparts de la ville, les portes étaient fermées. Il entra, pour y passer la nuit, dans une maison abandonnée. La Providence l'envoyait, sans qu'il le sût, au secours de quelques soldats français, qui, blessés pendant la bataille, avaient été oubliés là et mouraient faute cle soins et de vivres. Ils respirèrent en apercevant cette figure française, et ce long costume noir, à croix rouge, si sympathique sur les champs de bataille! Heureux, plus qu'eux-mêmes, de cette rencontre, l'aumônier pansa leurs plaies et partagea avec eux, en bon frère, ses maigres provisions déroute.

Dans la journée, il avait traversé le bourg cle Bazeilles en flammes ; il avait assisté à ce célèbre conseil cle guerre, où fut jugé et condamné à mort le curé cle Balan, faussement accusé d'avoir tiré sur les troupes allemandes.

Le lendemain, ce fut le tour d'un jeune paysan cle dixhuit ans ; il fut exécuté pour avoir pris part à la défense du village. L'aumônier eut la consolation cle lui donner, à ce moment suprême, les secours de la religion, qui, plus juste que les hommes, ne fait pas un crime d'une vertu !

Ce fut dans cette journée du 3 septembre, qu'entré dans Sedan, il assista au triste défilé de l'armée prisonnière : par une ironie cruelle de la fortune, elle rendait ses armes aux Allemands devant la statue de Turenne ! Il alla visiter cette presqu'île d'Iges, dont une plume vigoureuse a décrit les horreurs sous le nom de Camp de la misère ; il visita et

consola les malheureux soldats français qui y étaient enfermés.

Dans cette situation lamentable, après une si grande bataille, on avait besoin, de toutes parts, du ministère des aumôniers. Sous la direction du plus ancien d'entre eux, M. de Beuvron, ils se partagèrent le service. Chacun reçut pour sa part une ambulance de la ville et un village des environs. L'abbé d'Hulst fut chargé de l'ambulance des Frères des Écoles Chrétiennes et du village de Floing. Il visita un à un tous ses malades, et sur sept cents environ, n'en trouva que sept pour refuser son pieux ministère ; tous les autres l'accueillirent avec joie et se confessèrent. Ces journées laborieuses et fécondes sont restées, dit-il, parmi les meilleurs souvenirs de sa vie sacerdotale.

Le 11 septembre, l'évacuation des blessés transportables était finie ; on les avait embarqués chaque jour par milliers pour l'Allemagne L'aumônier du XIIe corps n'avait plus rien à faire à Sedan, et son cœur le poussait à retourner promptement à Paris. Car les Allemands répandaient les bruits les plus sinistres, à propos de la révolution qui avait éclaté le 4 septembre, et renversé l'Empire au profit d'un gouvernement provisoire. Ils séquestraient les journaux français et ne laissaient arriver que ceux d'Outre- Rhin, messagers intéressés de fausses nouvelles. Ils décrivaient, comme s'étant passées à Paris, des scènes terribles d'incendie et de meurtre, que Paris a connues, en effet, mais seulement sept mois plus tard, sous la domination sanglante de la Commune.

L'abbé d'Hulst frémissait à ces horribles récits. Son père et sa mère étaient morts l'un et l'autre peu aupara-

vant ; mais il avait laissé dans la capitale presque tous les membres de sa famille qui lui restaient, et de plus ses enfants d'adoption. Inutile désormais du côté du Rhin, il lui tardait de rejoindre son poste et de revoir les siens, si du moins ils vivaient encore. Il gagna donc à pied la Belgique, et rentra à Paris quelques heures avant l'investissement. Le siège commença le jour même.

Page 1