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FONDATION DE L'INSTITUT CATHOLIQUE

uand il prit la succession de Lacordaire, Mgr d'Hulst demeurait déjà depuis longtemps dans

la vieille maison des Carmes, tout près de l'humble cellule que l'illustre dominicain habitait lui-même, à l'époque où il remuait Paris par la puissance de sa parole. Le vicaire général était devenu, depuis dix ans, Recteur de l'Institut catholique.

On se rappelle qu'au mois de juillet 1875, l'assemblée nationale abolit le monopole universitaire dans l'enseignement supérieur, où il subsistait encore, quoiqu'il fût détruit depuis vingt-cinq ans dans l'enseignement secondaire et l'enseignement primaire.

Les députés, qui avaient pris le plus de part à cette conquête, allèrent trouver aussitôt l'archevêque de Paris ; ils lui dirent que l'assemblée touchait à sa fin, que les élections prochaines, qui devaient mettre en mouvement la nouvelle Constitution républicaine, donneraient probablement la majorité aux ennemis de l'Église : si l'on voulait conserver la liberté si péniblement conquise, il fallait se hâter d'en prendre possession, en usant des prérogatives consacrées par la loi.

Moins d'un mois après, le 11 août 1875, le cardinal réunissait à l'archevêché les métropolitains des provinces

ecclésiastiques contigucs à la sienne, e,t décidait, avec eux, la création d'une Université catholique à Paris.

Mais pour avoir le droit de porter ce nom et de con-

en

courir à la collation des grade.:, clans les jurys mixtes, le nouvel établissement devait comprendre au moins trois Facultés. On résolut donc d'ouvrir, dès la rentrée, une Faculté de droit, une Faculté des lettres et une Faculté des

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sciences. (1) C'est la vieille maison des Carmes qui devait devenir le siège de la jeune Université, celle-ci absorbant l'École ecclésiastique des Hautes Etudes, qui y était établie avant elle. Tout était à créer : installations matérielles, personnel enseignant et personnel d'administration, les règlements et les programmes. Et l'on n'avait que deux mois pour former un tel organisme! C'était un tour de force prodigieux. En le décrétant, les éminents patrons de l'œuvre ne s'en étaient rendu compte qu'à demi.

En tout cas, si l'entreprise était réalisable, il y fallait un homme d'une initiative hardie et d'une activité intelligente, qui se jouât du temps et des obstacles. Le cardinal jeta les yeux sur l'abbé d'Hulst. Celui-ci se mit à l'œuvre, et commença la série de ses démarches. Il en avait à faire d'innombrables. La maison des Carmes fut livrée aux ouvriers : on aménagea des amphithéâtres, un secrétariat, une bibliothèque, des cabinets de physique, des laboratoires de chimie et des collections d'histoire naturelle ; on recruta plus de trente professeurs ; et un mois après l'époque réglementaire de la rentrée, les trois Facultés étaient en fonctions. On avait marché à pas de géant.

Pourtant il restait encore beaucoup à faire. Il fallait réunir les ressources financières considérables que l'œuvre exigeait, définir la situation et les droits des professeurs, achever enfin le travail d'organisation. Les évoques fondateurs, qui étaient alors vingt-huit, — ils sont aujourd'hui trente-deux — tinrent à l'archevêché de Paris de fréquentes réunions. L'abbé d'Hulst en était lame. 11 présentait les rapports, rédigeait les procès-verbaux, traduisait en

(1) La Faculté de théologie l'ut créée, un peu plus tard, en 1878. -

actes les décisions, à la fois rapporteur, secrétaire..., et pouvoir exécutif. Ce fut, pour lui, une époque de travail fiévreux.

Témoin de ses efforts que le succès couronnait, l'assemblée des évoques voulait le nommer recteur. Le cardinal Guibert refusa de s'en séparer. On se contenta alors de désigner un vice-recteur, M. l'abbé Conil, ecclésiastique instruit et pieux, mais un peu effacé, et qui avait dépassé soixante ans. Il forma avec l'abbé d'Hulst et le coadjuteur, aujourd'hui archevêque de Paris, une commission administrative, à qui appartint la haute direction.

Mais tout dut changer en 1880. Les lois Ferry venaient d'enlever aux Facultés libres le titre d'Universités et la participation de leurs professeurs à la collation des grades. L'assemblée clés évêques prit peur. Elle craignit de voir baisser les ressources financières, et décida d'importantes réductions dans les cadres. Les deux Facultés des Lettres et des Sciences furent dissoutes et remplacées par une Ecole de hautes études scienti fhjues et littéraires. Depuis lors, de continuels progrés ont fait regagner, à ces deux écoles, le terrain perdu, et bien au-delà. Leurs succès sont devenus plus brillants et leurs élèves plus nombreux qu'ils ne furent jamais. (1) Mais en 1880, on était loin d'espérer un résultat aussi heureux. L'œuvre paraissait ébranlée. Pour la soutenir, il sembla nécessaire de faire appel à une main plus jeune et plus ferme que celle de l'abbé Conil.

(1) L'École des Lettres, par exemple, a fait recevoir jusqu'ici 397 licenciés, 26 agrégés, 19 docteurs. Dans la présente année, elle a compté 152 élèves inscrits : par là elle vient avant toutes les Facultés des Lettres de France/officielles ou non, sauf la Sorbonne, dont ses propres élèves augmentent la popuation scolaire, puisqu'ils y prennent leurs inscriptions réglementaires.

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Les évoques redemandèrent l'abbé d'Hulst au cardinal, qui hésita encore à se priver de son précieux auxiliaire, mais qui finit par l'accorder. Le vicaire général devint donc recteur de l'Institut catholique ; il quitta l'archevêché et s'installa aux Carmes.

Il était enfin où son goût l'appelait; la science l'avait toujours sollicité, sans qu'il eût jamais été maître de suivre le penchant qui l'attirait vers elle. Désormais, il lui appartenait. S'il ne pouvait lui consacrer encore tout son temps, du moins ce qu'il devait à l'administration, dans ses fonctions nouvelles, était employé à en promouvoir le culte autour de lui. De toute façon, il travaillait, il vivait pour elle.

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