Siegfried, acte III
mourant *. « Le passé, le présent, l'avenir coexistent », ou plutôt tendent à coexister, comme une égale illusion.
Le désir bondissant hors de toute limite, ses alternances sont terribles : du suraigu au grave, les traits s'abattent^ déchirent les cordes; des clameurs s'exaspèrent, où l'on croirait que les fibres des poitrines vont éclater. Comme les dissonances sont nécessairement frappées sur l'accent rythmique, chaque accord est une commotion, fait sa plaie. Et à ces spasmes succèdent des lentos prolongeant les minutes d'un bonheur si profond qu'il excède la jouissance. Les sons trouvent des caresses poignantes, pleines du tourment de l'inconnu.
La passion s'amplifie jusqu'à ramener en elle l'immensité des choses extérieures. A la fin du premier acte de Tristan, les cris des matelots, la pompe qui entoure le roi Marke, les fureurs de la mer roulent dans la démence magique des deux amants 2. Plus loin, quand leur amour atteint son paroxysme, nulle allusion à quoi que ce soit de tangible ne pénètre plus la musique. L'affranchissement de l'âme à l'égard des apparences est aussi absolu qu'il peut être.
Mais la claire vue qu'elle maintient de sa volonlé reste encore une servitude. Une mélodie bien construite et terminée pèserait, comme une rhétorique, sur le sentiment. Il s'échappe au sein de Tinconscience.
Wagner est descendu, plus avant que César Franck, dans l'inconscient.
Aux voix, des mots sans phrases3, une mélopée