‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 13 sur 90 · Ainsi, le mot de Kundry : La paix.,. Dormir (acte I · texte numérisé non relu

Ainsi, le mot de Kundry : La paix.,. Dormir (acte I

rompue, faite d'intervalles farouches1, par moments aussi incohérente que des cris de bète2 ou des plaintes d'halluciné. A l'orchestre, des fonds indistincts; des harmonies denses, déchirantes, enivrées; les cuivres, certains instruments à vent, baignent de leur timbre diffus la polyphonie. D'étranges dessins circulent, comme à l'aventure, parmi l'effusion totale. Les motifs sont rudimentaires, violemment alternés, selon les sursauts du drame. Ils s'appesantissent au grave, à la façon d'une idée fixe; ou leurs incessantes métamorphoses ressemblent à la circulation prestigieuse des images dans le sommeil.

En même temps, le drame illumine ses circuits légendaires. Pour dissoudre les faits en rêves, les récits lyriques se développent interminablement. Des héros passent — tel Lohengrin — comme des fantômes supra-terrestres. Tannhaiiser se jette du mysticisme à une folie charnelle, Parsifal, de la bestialité à la suprême clairvoyance. Leurs désespoirs, leurs ravissements ont des stupeurs qui dépassent le pouvoir des sons 3.

Le Venusberg* n'est qu'une évocation démoniaque, sans rien du solide Olympe antique. Kundry, cataleptique5, apparaît devant Klingsor, telle qu'un simulacre de sa volonté. Une ironie énorme suspend, au delà de la vie normale, des figures grimaçantes, les Mime, les Beckmesser, que la musique seule rend possibles.

1. Rien n'est saisissant comme rappel des Filles du Rhin à Siegfried : Sieg...fried (Acte III,) ou celui de Kundry à Parsifal : Par .. slfal (acte II), avec les syllabes du nom étrangement espacées par le chant.

2. V. les cris d'Hagen : Uoi! ho! quand il rapporte le cadavre de Siegfried. (Crép. des dieux, acte III.)

3. D'où les instants de silence absolu, particuliers au drame wagnérien.

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