‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 14 sur 90 · Parsifal, acte II · texte numérisé non relu

Parsifal, acte II

Hans Sachs, parmi la sécurité plantureuse de son art, voit la duperie des apparences, et songe au renoncement. Siegfried atteint l'idée de son être, en répétant le chant de l'oiseau, comme si la musique contenait toute réalité. Wotan, muet, ramasse les morceaux de sa lance1, il assiste dans l'ombre à l'agonie des dieux, et son seul vouloir est que leur fin s'accomplisse. Tristan et Ysolde ont nié le monde : l'appétit de la mort termine logiquement leur passion, plus rien n'existe que, dans le cercle vide de ce désir, le prolixe élancement des vibrations lyriques. Parsifal élève le Grâl sur Kundry morte ; et sous la volupté lente , sanglotante , immense de la symphonie dernière, toutes les formes scéniques sont consumées. A ce degré d'extase, la musique aussi va s'anéantir.

Cependant, parce qu'il voyait jusque dans l'art une illusion, Wagner a cru pouvoir en préciser les symboles sans les subir, modeler les spectacles avec une énergie d'autant plus libre qu'il concevait leur inanité. Il voulait que le drame tout entier s'accomplit sous les yeux, afin qu'emportée par le chant, la vérité des gestes, elle-même, se dissipât2. Il définit, comme nul ne l'a fait, les mouvements des personnages; sauf dans les phases de pur lyrisme où le convenu de l'opéra devait les ressaisir, leurs attitudes sont posées d'une façon naïve, réaliste; et, spontanément, elles s'élargissent vers la splendeur épique de l'idée. Quand Siegfried débouche d'entre les arbres avec Tours qu'il mène en laisse3, cette image réjouirait les petits enfants. Et pourtant, quel audacieux symbole d'une force primi-

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