Crépuscule des dieux, acte I, se. i
2. V. la scène dernière de la Walkure entre Wotan et Brunehilde, et les allusions terribles au Destin.
seau, on ne sait trop ce que deviendrait Siegfried dans la forêt. Tout le drame de Tristan repose sur le Philtre. Les philtres, dans Wagner, ont un rôle excessif; ou bien il fait luire des emblèmes fascinants, l'Epée, l'Anneau, le Grâl, vers lesquels tous les gestes sont tendus; parfois, des formules mystérieuses, celle entre toutes, de Parsifal: Rédemption au Rédempteur. Et il est clair que sa pensée allant au delà de ces symboles, le drame, qui croyait nous donner la pleine inconscience, veut une exégèse, a des arcanes allégoriques, métaphysiques. Comme la Mélancolia de Durer, l'œuvre wagnérienne regorge d'une vitalité naïve, énorme, et elle est, en même temps, très pédantesque. Mais ce pédantisme fait partie de sa naïveté, traduit, sans le vouloir, quelque chose d'essentiel à l'esprit allemand, le besoin d'ergoler, d'abstraire.
Le « purement humain » de Wagner reste avant tout l'humanité germanique avec son trait particulier, l'accouplement de l'action brutale et d'une candide rêverie. Il l'a sentie assez proche de ses origines pour en reproduire véridiquement la barbarie native. Le manoir des Guibighs, au bord du Rhin *, est le plus authentique décor primitif que le romantisme ait inventé; et des êtres, tels que Houding, Gounther, Hagen, germaient d'eux-mêmes dans l'idée musicale de Wagner. Leur motif, bref comme un coup de hache2, simplifie, d'une façon préhistorique, leurs âmes bestiales, tandis que la symphonie, fuyante comme la vie d'un fleuve, les replonge parmi les forces éternelles. D'un ré'alisme plus immédiat, les Maîtres Chanteurs localisent tout ce qu'il peut y avoir de santé grossière, de traditions, de routines, de réjouissances, d'idéalisme amoureux dans le milieu social d'une petite ville allemande. Le
4, Crép. des dieux, acte 1, se. i.