‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 17 sur 90 · V. le motif d'Hounding, dans la Walkure, acte I, se. n · texte numérisé non relu

V. le motif d'Hounding, dans la Walkure, acte I, se. n

choral des Maîtres1 par sa roide emphase, sa gravité, sa magnificence, agrandit la gloire de leur cortège, qui devient la progression rythmée, formidable d'un peuple vers des conquêtes illimitées.

Wagner avait réduit la vérité de l'Etre à Tunique appétit de vivre. C'est pourquoi il le surexalte furieusement, comme s'il avait une foi complète dans la vie. Une allégresse orageuse bouillonne autour de ses héros. La mort des dieux est triomphale.

Telles sont l'énergie rythmique, la force d'amour persuasive de sa mélodie, qu'elle réagit, par sa forme, par ses retours, contre le flux modulant. Il a pris aux races romanes une part de leurs dons harmonieux. Les plus fermes dispositions contrapuntiques solidifient l'expression. Un art délicat règle le choix des timbres, l'accroissement du volume orchestral. Sur cette polyphonie dont les détails souvent défieraient l'analyse, Jes sonorités qui dominent maintiennent la ligne tremblante des motifs. L'orchestre, à l'occasion, s'efface sous les voix. Les cris notés se convertissent en mélopées solennelles, en des lieder d'une tendresse magique. Plus d'une fois, l'ordonnance des scènes, la pompe du chant, les attitudes, rapprochent le drame des liturgies grecques. Une sorte d'unité religieuse enlace, entre elles, les conceptions wagnériennes. Au sommet de leur groupe s'éclaire une basilique, et sous la coupole, le vase où brille le Sang divin.

Mais l'impression qui surnage de l'œuvre totale n'est pas l'apaisement contemplatif: c'est plutôt l'expansion des forces vibrantes qui symbolisent le désir. La musique devient une puissance irrésistible, indistincte, comme l'amour, comme i'éther, principe des choses. Lorsque la nappe énorme des cuivres est traversée par les cordes et les harpes d'une crépitation fourmil-

Page 1