‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 2 sur 90 · Quintette de Mozart pour cordes et clarinette · texte numérisé non relu

Quintette de Mozart pour cordes et clarinette

duisaU à des formes mesurées même le surhumain et le chaotique *.

Mais,r avec Beethoven, le sentiment s'évada dans rillimité. Si une phrase pouvait rendre l'essence de sa musique, ce serait cette épigraphe d'un poème de Shelley : « L'âme aimante s'élance hors du monde créé et se crée dans l'Infini un monde tout entier pour elle et fort différent de ce gouffre obscur et rempli de terreur2. » Sa nature, que froissaient tous les contacts, croyait, dans la musique, se dilater sans restriction. C'était l'isolement au sein de l'ineffable, l'illusion d'une joie impossible à perdre. Un mystère de joie est répandu sous son chant. Quand l'hymne humain déborde audessus de sa symphonie 3, le mot qu'il profère est : joie. L'art en soi ne lui suffit plus. La tradition n'est que le support de son rêve. Il voudrait une forme née de luimême, qui représentât en grandes vagues sonores toute sa volonté orageuse, son appétit de liberté, ses extases et ses agonies, les battements même de son sang, et l'insondable lien de son âme avec le monde. Souvent il jette ses idées telles que dans un éclair, elles ont pu sortir des fonds inconscients de sa pensée 4.

Aucune règle définie n'en explique la succession. Mais, pour imprimer partout la forme de son être, il multiplie l'effort vital sur les moindres points du développement, et donne aux transitions la même intensité qu'aux parties primordiales, de façon que l'œuvre en son entier soit une trame d'enchantement sans suture.

Il amplifie ses conceptions, parfois d'une manière exorbitante, exaspérant son ardeur créatrice. Il s'eni-

1. V. le prélude de la Création, l'apparition du Commandeur dans Don Juan. V. aussi dans Y Orphée et Ylplùgénie en Taurlde de Gluck les scènes où sont évoquées les Furies.

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