V. le thème initial de la 5e et delà 9e symphonies
vre à prolonger des explosions barbares, à renverser les rythmes, à violenter les voix. Une note de cor s'insère, comme par confusion, dans des harmonies normales 1 ; un tutti fait une cassure sèche au milieu d'un chant de piano2. Sa fantaisie s'égaie en de subites ornementations: des trilles ironiques frémissent. Dans son orchestre, la liberté descend jusqu'aux masses profondes; elles palpitent. Une monstrueuse allégresse, par instants, soulève même les contrebasses 3; ou, à l'opposé, les clarinettes se perdent dans une extase qui va bien au delà des sons. Et les alternances sont incessantes d'irradiation et de ténèbres. Entre des futaies tragiques s'ouvrent des clairières attendries. Après des ouragans où l'antagonisme des forces est à son apogée, des pauses d'une douceur défaillante viennent consommer l'unisson dans une sorte d'absolu.
Dœuvre en œuvre, Beethoven se hâtait vers des formes inaccessibles et pressenties. Il avait fait huit symphonies, lorsqu'il dit: «Bien d'autres visions flottent encore devant mes yeux»; de même que Wagner dira: « Gomme homme et comme artiste je marche vers un monde nouveau. » Il s'élançait au delà de l'idée conquise, comme pour fuir une servitude, et aspirait à une expression mouvante sans terme, si intime, que, les sons posant seulement l'obstacle où l'effort a prise, la mélodie devînt l'effusion immédiate de son âme.
Mais l'indéfini est impossible.
L'esprit s'évanouit en lui-même dès qu'il ne se restreint plus dans un objet. Les dernières sonates, à cet égard, sont poignantes: c'est là qu'il atteint la liberté de sentiment l'a plus éperdue, c'est là aussi qu'il s'enfonce en des contrepoints arides, sans analogues dans