Dans la Lyre et la Harpe
54 LES GRANDES FORMES DE hX MUSIQUE
musique amoureuse d'une spiritualité plus chaste que celle de Proserpine et d'Ascanio.
Les exaltations de sa vie se résolurent dans son art; et tout, dans son art, monte vers la pensée.
De très bonne heure, l'orchestre exerça sur lui une fascination ; le frémissement des sonorités pénétrait ses fibres comme un feu pur. Il démêlait les timbres, palpitait à leurs combinaisons. Ses idées se modelaient déjà selon l'ampleur du verbe instrumental. Réprouva le même éblouissement que Berlioz, à la vue de cette portée de vingt-quatre lignes, en songeant aux dispositions innombrables qu'il pourrait y mettre. Avant tout, il voulut s'assimiler les façons d'être normales des instruments, leurs relations avec les tonalités, les lois des groupes. Mais il vit aussi dans l'orchestre le milieu libre et mouvant qui réfléchirait, multipliée, l'abondance de sa verve. Ce fut une commotion, quand, pour la première fois, une des grandes symphonies de Beethoven fut exécutée devant lui. Nous reconnaîtrons, dans sa première symphonie, la même volonté d'agir que chez Beethoven, ses rebondissements contre l'obstacle, son besoin de cohésion, sa largeur épique. Il ne retint de lui ni les contrastes, ni l'exaspération expressive, ni la fantaisie du développement, ni le symbolisme sentimental.
A Tégard d'autres maîtres allemands, son enthousiasme et sa liberté furent pareils. En 1848, Seghers venait de fonder la société de Sainte Cécile et allait révéler « la Symphonie romaine et le finale de Loreley de Mendelssohn (qui passait à cette époque pour un révolutionnaire), l'ouverture du Manfredde Schumann, l'ouverture de Tannhaûser et la marche religieuse de Lohengrin, la Fuite en Egypte de Berlioz *. » Saint- Saëns retrouva en Mendelssohn et en Schumann la