Portraits et Souvenirs, p
sève de Bach dont ils sont gonflés. Le premier satisfaisait son désir de lumière et d'équilibre. Il admira surtout F lie et la Symphonie écossaise, mais il repoussa la molle facilité de cette écriture trop consonante.
Il se donna quelque temps à Schumann jusqu'à ne plus voir tout ce qui l'en séparait. Une telle science dans une telle puissance de sentiment le transportèrent. Les lieder et le Quintette, à cause de leur aspect nettement plastique, lui inspirèrent un enthousiasme. Ensuite il se reprit : rien n'était plus contraire à sa nature que le style dense et haletant de Schumann. Il s'étonna, en relisant ses symphonies, de constater « qu'il ne laisse jamais compter de mesures aux instruments. »
Le prestige de Chopin s'exerça sur lui passagèrement. Il lui ressemblait par la distinction, il aurait pu s'abandonner à l'attrait de cette élégante nervosité mondaine. L'expression des nostalgies sentimentales n'aura pourtant qu'une part infime dans sa musique.
Wagner l'impressionna violemment. Il emportait à la campagne la partition d'orchestre de Tannhaûser et de Tristan. Plus tard, il gardera de la Tétralogie un souvenir enivré l ; mais, dès sa jeunesse, il sut dégager de l'œuvre wagnérienne les éléments transposables, universels, et n'essaya jamais de s'en assimiler l'essence toute germanique. Wagner, de son côté, jugeait Saint-Saëns à sa vraie valeur; recevant à Zurich le quatuor Maurin qui venait lui jouer les derniers quatuors de Beethoven, il but à la santé de Camille Saint-Saëns, « le plus grand des musiciens français 2. »
De Berlioz, Saint-Saëns se garda d'imiter les paradoxes, le goût de l'énorme et de l'impossible, le mépris de la tradition. Il n'eût pas admis sans le
S . V. Harmonie et Mélodie.