‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 26 sur 90 · Portraits et Souvenirs, p · texte numérisé non relu

Portraits et Souvenirs, p

Puis s'élançaient des visions hurlantes, sur des rythmes forgés d'airain. Les Destinées traçaient autour de l'âme suppliante un cercle de terreur. Mais la musique triomphait. Une loi d'amour succédait à la violence des forces ténébreuses. L'horizon se couronnait d'une paix nuptiale; ou le drame finissait en un bondissement de joie.

Le trait uni du chant, dont la concordance avec les mots renforce l'intensité; la pantomime, les airs et les chœurs liés par l'action, la puissance des effets descriptifs si naïvement produits, une allure de grandeur impérieuse et de virilité scandant même la pitié, l'impression austère que déterminent les ensembles statiques, la soumission de la mélopée à la logique des paroles, le simplisme de l'orchestre et des sujets mêmes, tout cela, Saint-Saëns le réalisera dans sa maturité, d'une manière de plus en plus stricte, et avec la splendeur d'éléments nouveaux.

De temps à autre, sans interrompre son développement, il se délassait dans la musique légère. 11 pardonnait à Boïeldieu, à Hérold, à Auber, à Massé le fonds bourgeois de l'Opéra-Comique, les berquinades, les marches militaires, les fadaises mises en duo, parce qu'ils savaient être sincères, même originaux, écrire des œuvres adaptées à leurs forces. « Là, du moins, les auteurs ne pouvaient se présenter sans savoir leur métier, les chanteurs sans avoir de la voix et du talent*. » Auber a\ ait copié les soixante-dix-sept quatuors d'Haydn: il improvisait ses ouvrages d'une main très sûre. La Dame blanche, le Pré aux clercs, le Domino noir sont des œuvres de bonne compagnie, bien faites en somme pour le plaisir coutumier d'un public français : des sensations moyennes ; une demigaîté, une demi-rêverie; la tendresse tamisée par une raison fine; un caquetage sobre, l'entrain esquivant

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