Mot de George Sand sur Balzac, Histoire de ma vie, IV
mains sa symphonie en la ; et c'est à ce moment, lors de son premier voyage en Allemagne, qu'IIans de Bulow écrivait de lai.
(( Il n'est pas de monument artistique , de quelque pays » ou époque que ce soit, que Saint-Saëns n'ait étudié à )) fond. Quand nous vînmes à causer des symphonies » de Schumann, je fus on ne peut plus surpris de les lui » voir réduire au piano avec une facilité et une exac- )) titude telles que je restai confondu, en comparant cette )) prodigieuse mémoire à la mienne dont on fait pour- » tant tant de cas... En causant avec lui, je voyais que » rien ne lui était étranger, et ce qui le grandissait à » mes yeux, c'était la sincérité de son enthousiasme » et sa grande modestie. »
Ce don réceptif se limita de lui-même à un centre hyperconscient, la musique. Par surabondance il se propageait à toute sa vie mentale. Ses lectures étaient vastes. Les sciences exactes l'attiraient, l'astronomie surtout. Il avait le tempérament encyclopédique de Voltaire et d'Hugo. Ses sensations, à force de justesse et de relief, atteindront la valeur d'un témoignage collectif. Dans son intelligence, des réalités sans nombre auront leur foyer convergent. En lui, même au delà de sa connaissance, l'effort essentiel de son temps se- clarifiera, se condensera. Mais son pouvoir de réaction et son indépendance sont encore plus étonnants.
A l'époque où, commençant à réfléchir, il prit son pli, l'effervescence romantique défaillait. Auguste Comte régnait, Flaubert et Taine méditaient.
Bien qu'il ne soit pas un philosophe, le mouvement
positiviste et réaliste de 1850 s'est accompli dans son intuition plus exact et pur que chez les penseurs euxmêmes ; car ïaine s'asservit à des abstractions systématiques; Renan se divertit doucement, souffla, comme sur une vapeur, sur les êtres et sur Dieu; Flaubert s'égara vers l'intellectualisme absolu, et ne voulant plus croire qu'aux Formes, douta des Formes, eut envie de conclure à l'inanité de tout. « A moins que le monde étant un flux perpétuel des choses, l'apparence au contraire ne soit tout ce qu'il y a de plus vrai... Mais es-tu sûr de voir? es-tu même sûr de vivre? Peut-être qu'il n'y a rien Kp Son positivisme rejoignait l'idéalisme le plus effréné.
Malgré eux, les criticistes français roulèrent à cet état bouddhique de la pensée, dont Wagner, lui, nous Pavons vu, accepta les conséquences extrêmes 2 : émancipation totale de l'esprit à l'égard des phénomènes, choc en retour oppressif des phénomènes sur l'esprit.
Saint-Saëns, plus simplement artiste, a maintenu la pondération du génie latin. Il évita de presser les apparences au point de les nier par dégoût. Presque jamais des vues abstraites ne déformèrent son jugement. Une certitude lui aurait suffi : toutes les fois qu'une belle idée lui venait, il augmentait la somme des joies acquises pour toujours à la partie pensante du genre humain. A supposer qu'au delà des sens et de l'expérience, l'invisible ne fût qu'une fiction, il voyait là un motif plus strict d'agir. Les Formes meurent incessamment ou se détériorent. Si, avec elles, le