‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 30 sur 90 · Flaubert, Tentation de Saint Antoine „ p · texte numérisé non relu

Flaubert, Tentation de Saint Antoine „ p

2. Y. dans sa correspondance avec Liszt (tr. Schmitt, t. II, p. 84) une longue lettre philosophique, où, reproduisant la doctrine de Schopenhauer, il pose le « Nirwana » bouddhique, le renoncement à la vie mauvaise, comme Tunique sainteté.

monde, à chaque minute de la durée, nous échappe, c'est à l'art d'arrêter infatigablement cette agonie.

La musique elle-même, figure de l'être changeant, jeu d'atomes insubstantiels, peut acquérir une solidité. Le double mouvement de dilatation et de compression par lequel vibrent les molécules se réitère, en se compliquant, dans tous les phénomènes musicaux. Il explique l'oscillation du crescendo et du decrescendo, et pourquoi des phrases lentes succèdent aux allégros. Mais il rythme aussi la nature, l'alternance de la lumière et de l'ombre, les vagues, les flûtes du vent, le cri des torrents et des bêtes, le lamento chromatique d'un chien. L'appareil sensitif humain est une lyre ; la pensée et la volonté n'agissent pas sans qu'il vibre et leurs actes subissent la règle élémentaire de ses vibrations : elles s'exaltent et se dépriment avec une régularité presque fatale. Le langage, fait de syllabes éclatantes et sourdes, de cris passionnés et de sentences, d'antithèses et de redoublements symétriques, de gradations et d'atténuations, répète un mécanisme analogue. La musique et la danse ne furent sans doute, à l'origine, que l'explosion d'une joie musculaire hyperbolique. Toute particule d'une mélodie est donc un battement de la vie totale des êtres. L'art confirme leur réalité, et l'effet immédiat d'un beau chant, c'est « de distendre, puis de faire éclater le cercle de l'esprit et de l'emporter avec lui dans l'élément universel1. »

Les lois de la musique ressemblent à celles de la matière et les soutiennent. « De même que les miroirs courbes déforment les images, de même les surfaces courbes déforment les sons 2. »

En apparence, les règnes, les espèces sont disposés

1. Shelley, Défense de la poésie: Œuvres complètes, trad. Rabbe, vol. ni, p. 376. •

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