Au troisième acte
lyrisme des tableaux d'histoire, d'harmoniser la solidité des faits et la libre émotion du chant. Peu importe quelques incidents trop complexes ou des épisodes surannés, s'ils aboutissent à de belles péripéties musicales et à des situations prenantes. On a jugé mélodramatique, dans Ascanio, le monologue de la Duchesse d'Etampes, seule avec la Châsse, qui contient Scozzone morte *. Personne ne contestera que la musique, noble et sobrement poignante, n'élève à la poésie la plus pure l'horreur de cette donnée. Au moment où la Duchesse ouvre la Châsse et touche la main du cadavre, un chœur retentit, annonce que Benvenuto vient de fondre son Jupiter, et ce triomphe de la vie, de l'art immortel éclatant sur cette épouvante, est un des plus grands effets que le théâtre ait su trouver1.
Dans le domaine lyrique, un seul poète retint Saint- Saëns par une admiration sans rivale ; c'est Hugo. D'une ode d'Hugo germa une de ses plus parfaites pensées : La Lyre et la Harpe. Plus d'un tiers de ses Mélodies vocales, deux de ses Chœurs sont écrits sur des textes d'Hugo. lia illustré la Fiancée du timbalier et les Burgraves. Il est allé — ce qu'il ne fit pour nul autre — jusqu'à lui consacrer un Hymne officiel. Leurs points de contact étaient nombreux : nourris de visions bibliques, enclins tous deux h une même large simplicité, éblouis des Formes et doués de cette « âme de cristal » que Dieu
Mit au centre de tout comme un écho sonore.
Bien des poèmes de Saint-Saëns pourraient porter comme épigraphe les deux vers des Contemplations :
Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.