Flaubert, Tentation de Saint Antoine, p
Cette évolution est autre chose que du dilettantisme ; c'est même par elle qu'il a échappé au dilettantisme. La logique où elle s'est faite répond au travail spontané de sa pensée musicale. En s'avançant vers une beauté plus mesurée, un simplisme plus proche de l'art instinctif, il devait rencontrer les mythes grecs comme la terminaison plastique de sa mélodie. Leurs déités, leurs héroïnes avaient décoré d'apparitions pompeuses des opéras innombrables, depuis la Pomone de Cambert, jusqu'aux Troyens. Figures élémentaires, mais pleinement organisées, reposant dans leur nudité limpide, elles s'offraient à la musique, n'attendaient plus qu'elle pour achever le mouvement de vie qui résidait dans leur Idée. Rameau, Gluck, Berlioz, Gounod, avaient ressaisi le rythme grec de la passion, en tant qu'il s'harmonise au tour mélodique français. Cependant aucun d'eux n'a retrouvé la Danse et l'Hymne antique aussi purs que Saint-Saëns, dans la seule Pantomime de Déjanire, ou la Prière à Vesta *. Le mélos que les musiciens des jeux pythiques ne pouvaient que bégayer, avec les pauvres moyens de leur art, lui l'a fait retentir simple et splendide. L'harmonie de la structure, l'accord de l'être intérieur avec les lois normales de la vie, c'est son rêve qu'il suivra obstinément jusqu'à la fin, et en même temps qu'il le suit, il accomplit le pressentiment des Aèdes et des vieux artistesd'Athènes. Le motif initial de la Jeunesse d* Hercule restera le Nome absolu de la raison classique. Gœthe, en l'entendant, eût redit ses vers :
0 toi, né parmi les restes d'un passé divin, Son esprit repose en toi.
L'hellénisme de Saint-Saëns, loin d'être abstrait, s'est en outre formé dans le murmure des paysages : du chant des vaguesil a vu monter Aphrodite. La terre