‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 40 sur 90 · Harmonie et Mélodie · texte numérisé non relu

Harmonie et Mélodie

motifs intenses, son orchestre aux troubles féeries. Toutes les voix de sa musique criaient aux instincts de la révolte humaine la promesse d'une émancipation illimitée. A une génération mal équilibrée il offrait l'ivresse du déséquilibre total, une sorte de paradis bouddhique, l'anéantissement dans l'émotion. Tant que la conquête wagnérienne a duré parmi nous, nulle musique contraire ne put être écoutée librement. Celle de Saint-Saëns était l'abrégé de la raison française; elle énonçait la beauté de la Loi, les limites des forces, les conditions saines de la vie. Comment les sectaires wagnérisants ne l'auraient-ilspas prise en haine? Il comprit le danger que courait l'art national, et les faits ont trop confirmé ses prévisions. Il disait : « Avec la musisique allemande, c'est l'âme allemande qui pénètre..-. Imiter Wagner, c'est momifier l'art... Ce qu'on appelle la musique de l'avenir est déjà la musique du passé *. » Or qu'écrivent aujourd'hui des disciples pourtant convaincus de Wagner : « A vouloir s'assimiler les sujets légendaires, les spéculations philosophiques de l'auteur des Niebelungen, à tenter de s'approprier les éléments qui caractérisent la nationalité de son génie, la jeune musique française perdrait toute sa force, toute son originalité, toute sa prépondérance 2. » Mais il fallait que l'homme eût son heure. Les résistances, il y a vingt ans, étaient inutiles. Elles exaspérèrent l'enthousiasme qui se crispait en hystérie 3. Le mouvement toucha à son paroxysme lors des représentations

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