‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 43 sur 90 · Emmanuel Signoret, La souffrance des eaux · texte numérisé non relu

Emmanuel Signoret, La souffrance des eaux

2. Sur cette mêlée des peuples en fusion, v. le très beau livre de Louis Bertrand : Le sang des races.

laient; et la mélodie qu'ils contiennent est montée si spontanément à ses lèvres, que, méditant le chœur de Phryné'. C'est Phryné... *, il Ta pensé, sans le savoir, en mode grec.

L'Afrique l'a saisi, en outre, par son unique intensité. Chaque forme vivante, en ces pays, est une Idée. Les choses les plus misérables portent une splendeur. Une racine tordue qui sort de la poussière, un mendiant contre un mur prennent un sens hallucinant. Une seule fleur écarlate, sur une tranchée de terre saignante, embrase toute une colline. La forme circulaire surabonde, évoquant la fécondité des sphères, l'éternel remous sidéral. Les sommets sont bombés ainsi que des ventres, les coupoles ressemblent à des ruches, les colonnes continuent les fûts des palmiers. Il a vu la mer, à midi, sous le fouet du soleil, brûlante et sombre, se hâter vers les golfes et battre les blocs des vieux môles tintant comme des amphores, tandis que les eaux lointaines pressent d'une ligne d'écume immobile les promontoires dont les sables fauves s'arrêtent aux masses raidies d'un bois de lauriers. Il l'a vue, les soirs de tempête, quand ses cymbales tonnantes écrasent le hurlement des rafales. À la Pointe-Pescade, près d'Alger, où il vécut un hiver, il n'avait dans son horizon que la mer 2, et entre la mer et sa villa, une falaise pierreuse se terminant à une ruine calcinée.

Sous un tel climat, la vie n'offre guère de transitions moyennes : il faut qu'elle soit un rebondissement d'énergie ou une soumission morne aux fatalités. Le ton des passions s'exaspère frénétiquement, ou l'âme se tait stupéfiée : la volupté a des mollesses insurmontables; la douleur est bestiale. Mais, du sein de sa tor-

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