‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 60 sur 90 · Le chef-d'œuvre inconnu · texte numérisé non relu

Le chef-d'œuvre inconnu

lignes, se fait une ossature, suit les inflexions d'une phrase logique. Une phrase vit tout à fait, est une forme, quand, à elle seule, elle semble condenser la pleine ardeur créatrice de l'inspiré : nous n'aurions de Saint-Saëns que le motif initial de la symphonie en ut mineur, ce serait assez pour concevoir son style, son âme, tout un côté de Fart moderne.

Les formes simples et voisines, groupes d'accords, thèmes, phrases complètes, tendent à s'associer, à se répéter, à se pénétrer, et les mieux constituées résorbent les autres, vont s'élargissant. Elles organisent ainsi des genres.

Les genres n'existent pas en eux-mêmes, ils sont inséparables des œuvres où ils se spécifient, et il n'y a jamais eu deux œuvres pareilles. Cependant, lorsqu'une belle forme s'est définie dans une œuvre, elle devient comme un système général servant de type : dans Pkaéton, par exemple, s'abrège l'idée du Poème symphonique. Et, chaque genre ayant sa fonction et ses eifets propres, l'activité de l'artiste doit se modifier, aussi bien que ses moyens expressifs, selon qu'il écrira un quatuor à cordes, un concerto, ou un opéra.

Il est donc naturel de diviser les compositions de Saint-Saëns d'après la variété des formes, et même de disposer les formes dans une hiérarchie. Si une phrase brève contient parfois autant et plus de génie que tout un drame lyrique, des formes vastes, enveloppant un grand nombre d'éléments, n'en impliquent pas moins, à l'ordinaire, des facultés de création plus vastes, a Plus les idées expriment de perfection dans leur objet, plus elles sont parfaites ; car nous n'admirons pas autant l'architecte qui a tracé le plan d'une petite chapelle que celui qui a conçu un temple magnifique K ))

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