MUSIQUE DE CHAMBRE
Si nous remontions aux origines, prenant dans son sens primitif le terme « musique de chambre * », des œuvres de toute espèce afflueraient en ce chapitre. Quand elle se forma, en Italie, la musique de chambre était principalement vocale. Il faudrait donc faire entrer ici les mélodies chantées. Nous les excluons, puisqu'elles sont liées à un texte défini, et que la musique de chambre, devenue avec le temps toute instrumentale, est, par là même, d'essence libre et abstraite. Elle englobait l'ensemble des genres instrumentaux, sonate, suite, concerto, symphonie. Elle n'admet plus que des compositions de forme traditionnelle destinées à un petit nombre d'instruments, en général aux cordes, seules ou jointes au piano, par exemple des sonates, des trios, des septuors; elle peut com-
1. « Musique de chambre était, tout d'abord (au début du xvii* siècle), synonyme de musique de Cour, c'est-à-dire musique profane (la c chambre » était l'administration des résidences princières), par opposition à musique d'église. » (Hugo Riemann, Dictionnaire de musique, traduit par Humbert, p, 549).
prendre aussi des pièces détachées pour le piano seul ou pour un autre instrument, suites, études, variations, fantaisies, danses, mais toujours avec un caractère d'intimité sérieuse.
L'idée du genre s'est restreinte, à mesure qu'il s'est fixé; et, d'autre part, les formes qui l'ont définitivement constitué, sous la poussée croissante du lyrisme, se sont de plus en plus agrandies, jusqu'à ce qu'elles aient atteint, dans Beethoven, leur extrême ampleur. Néanmoins, l'esprit des origines y persista en d'abondants vestiges. La structure d'une sonate, aujourd'hui encore, laisse reconnaître les trois principes vivants dont le mélange engendra autrefois la musique de chambre, à savoir le style d'église, les coupes des danses, les dispositions fuguées.
De même que l'architecture avait eu, deux siècles plus tôt, une période exquise et brève où les maisons des princes, taillées en ogive, s'ouvrageaient comme des chapelles gothiques, la musique de Cour, en se détachant des liturgies, continua d'abord leurs inflexions. Les préludes de la sonate d'église, transplantés dans la sonate de chambre, ont donné l'adagio, la partie lente de la sonate actuelle. Le passage du menuet ou du scherzo^, si longtemps appelé trio; reçut, comme on sait, son nom, des répons, au milieu des motets, que l'on chantait à trois voix. Quand Beethoven i ou Saint-Saëns 2 arrêtent un mouvement rapide par un récitatif détaché en solo, cela fait moins songer à une intrusion du style de l'opéra, qu'aux largos graves et somptueux, aux cadences ornementées des sonates de Gorelli.
Autre souvenir plus profond des mêmes origines : toute musique de chambre, vraiment noble, porte