‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 64 sur 90 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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ses Etudes, rencontra le mode le plus haut de son lyrisme. L'efficacité pratique de cette forme devait être de renforcer l'aisance, la sûreté consciente ! de l'exécution : ses Etudes opposeront éternellement aux pianistes l'obstacle classique où se butent les énergies médiocres; nul ne triomphe des plus ardues sans une tension qui porte sa volonté au delà de ses puissances normales; elles font des muscles aux doigts féminins, et elles assouplissent les natures robustes, puisqu'elles exigent une extrême finesse de sentiment. De plus, Chopin a converti l'Etude et son mécanisme aride en un poème ruisselant de mélodie : les notes rapides, continues, emportent sur leur houle serrée un chant qui les domine, splendide d'essor, de force substantielle et d'émotion. Liszt, avec ses Etudes d'Exécution transcendante, ajouta au genre un éclat de virtuosité sans précédent. Saint-Saëns a, lui-même, parfaitement défini ce que lui dut l'art du piano, surtout dans des œuvres techniques comme celles-là : « A rencontre de Beethoven méprisant les fatalités de la physiologie et imposant aux doigts contrariés et surmenés sa volonté tyrannique, Liszt les prend et les exerce dans leur nature, de manière à en obtenir, sans les violenter, le maximum d'effet qu'ils sont susceptibles de produire; aussi, sa musique, si effrayante à première vue pour les timides, est-elle en réalité moins difficile qu'elle ne paraît, amenant par le travail un véritable entraînement de l'organisme et le rapide développement du talent 2. » Son Mazeppa, comme on sait, fut une Etude avant d'être un poème symphonique; et, là aussi, il entraînait la musique abstraite vers le drame et le symbole3.

1. Sur ce point de vue, il faut lire l'analyse savante et originale de madame Marie Jaëll : La Musique et la psychophysiologie (Alcan, éditeur).

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