‹ Les grandes formes de la musiqueChapitre 80 sur 90 · RT · texte numérisé non relu

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Va donc Parle aux peu.plesdu moo-.de

L'ardeur impérative de la foi et de l'amour compatissant s'élève à une magnificence irrésistible, à l'instant surtout où le chœur, embrasé d'une flamme apostolique, répète à l'unisson cet hymne de conquête sacrée. Cependant, au début de la deuxième partie, la Lyre veut prendre sa revanche. Un orageux frémissement, une mélopée véhémente saluent l'aigle de Jupiter. La Harpe lui réplique en suscitant la colombe, figure de l'Esprit-Saint ; si chaste que soit la grâce, la fluidité langoureuse de sa mélodie, elle achemine, à son insu, au mysticisme sensuel du chant de la Lyre qui lui succède : Eros règne à Guide,.. Ici, un dessin aigu des flûtes évoque une orgie d'Orient. Une volupté riante tempère néanmoins le désir angoissé du dieu; les harpes enveloppent le chœur de leur rythme égal, comme si elles balançaient un encensoir d'or. Le rite de la chair est paisible dans son ivresse, de beaux corps s'étalent et s'offrent indolemment. Auprès, la Harpe ne peut que chanter l'antienne sérieuse, uniforme du bonheur conjugal. Un carillon en la majeur berce le duo canonique du contralto et du ténor, d'une tendresse solide et réfléchie, sans lyrisme. Au rebours, la chanson de la Lyre (3/8) : Jouis : c'est au fleuve des ombres... est effacée par la méditation émouvante de la Harpe : Soutiens ton frère qui chancelle... où les bois, le contrebasson et les cors, appuyés de l'orgue,

approfondissent l'accent calme, l'onction des alternances vocales. Le poète recueille des deux voix ce qu'elles lui ont apporté de dduceur et de clarté : les thèmes essentiels sont reproduits dans l'Epilogue; ils s'y unissent en un suprême apaisement. Entrelacer des formes pures est le terme religieux de l'aspiration ; car la pureté des formes dévoile le lien des apparences fluentes avec la Cause substantielle, avec l'Etre.

Saint-Saëns a parcouru dans ses oratorios les trois stades principaux du genre : liturgique, biblique, symbolique. Toutes leurs beautés se résument en cette perfection fondamentale : ils remplissent exactement la notion d'un poème sacré. En même temps ils unifient les puissances combinées des voix et des instruments : partie du temple, la courbe que le grand art a suivie en évoluant s'achève dans le temple. Enfin, ce sont des œuvres toutes musicales, non scéniques* Pour aucun d'eux, on ne songerait à essayer l'adaptation qu'on a faite au théâtre de la Damnation de Faust. Le théâtre, au seuil duquel nous touchons, n'est plus simplement de la musique; c'est un concours de tous les arts, une magie visuelle autant qu'auditive ; son champ est rétréci ; la nécessité d'y marquer l'enchaînement des faits le ploie sous des conventions extérieures à la musique. En quittant l'oratorio, nous laissons donc derrière nous la plus haute des formes libres où l'art musical; par ses seuls moyens, puisse s'incarner.

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