‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 16 sur 88 · I.KS POITRINAIRES · texte numérisé non relu

I.KS POITRINAIRES

manger avec appétit. « La GrU'ottc, nous dit Zola, aurait dansé sûrement juscpi’aii jour, si la sainte Vierge avait donné un bal. » Ces résurrections subites, même de courte durée, ne sont pas en notre pouvoir, et seraient tout aussi difficiles à comprendre. On remplacerait alors le surnaturel par l'absurde. Comme il est plus aisé d'admettre que les médecins n’ont pas été pris d’un vertige collectif! que ce qu’ils ont constaté existait réellement, que cette guérison n’était pas apparente, mais bien réelle, Zola se demande

Transport des malades.

si cette phtisie ne pouvait pas être nerveuse, mais cette théorie de la suggestion et de la maladie nerveuse n’est pas de mise chez les poitrinaires : on ne suggestionne pas une caverne. La caierne est une cavité profondément creusée dans le poumon, c’est une plaie véritable; en outre, l’oreille du médecin le moins exercé en détermine aisément l'étendue; il se produit là des phénomènes physiques d'une appréciation facile. Nos prétendues divergences d’opinion sont invoquées à l’appui d’une thèse ditlicile à soutenir. Zola l’a bien compris; aussi après avoir épuisé toutes les hypothèses, il va, pour plus de sûreté, se débarrasser de la Grivotte et la faire mourir à bref délai.

1,KS (;R ANDES (iUEHISONS DE T.OT'RDES

La Grivotte meurt et ne s’en porte pas plus mal

Le train part. Nous voilà à la station de Lamotlic. « Elle se cramponnait à la cloison dans une angoisse brusque; elle apparaissait amaigrie de nouveau, la lace livide et torturée. Elle crachait le sang à pleine gorge. Cette Ibudroyante rechute avait glacé le wagon. Etait-ce un mal inconnu? La nuit des ignorances et des erreurs commençait, ces ténèbres où se débat encore la science humaine. »

A Bordeaux, « la GrivoUe respirait avec elTort d’un râle continu, » c’était prescpic de l’agonie.

A Poitiers, « la Grivotte grelottait d’une lièvre intense, reprise de son horrible toux. »

A Paris, « on décide de la faire conduire directement à l’hôpital, dans l’état pitoyable où elle était. »

D’apres ce récit, il est évident que la Grivotte doit être morte depuis longtemps. Sa prétendue guérison dans la piscine n’a été (pie l’elTet d’une SLirexcitaton passagère. Si nous n’avons rien trouvé dans sa poitrine, en recherchant les traces de ces désordres profonds, c’est que nous n’avons jîas su ou voulu les trouver.

A côté du roman, voilà l’histoire :

La Grivotte est rentrée l’hôpital en arrivant à Paris; elle n’avait pas d'autre domicile; depuis plusieurs mois elle ne se levait pas.

Mais elle y est rentrée bien guérie.

Le lendemain, elle assistait à la réunion de la rue François L'-, et le même jour à la cérémonie de Notre-Dame-des-Yietoires.

Le médecin de l’hôpital fut tout surpris du changement ipii s’était opéré dans Marie Lebranchu : il l’ausculte, son étonnement redouble : « Faites lever cette jeune lille, je veux l’examiner plus attentivement dans mou cabinet, » dit le médecin à la religieuse.

Nouvel examen minutieux, prolongé, mais toujours négatif. « Je

LES POITRINAIHES

ne donnerai pins de ccrlilicaLs pour Lourdes, ma Sœur, celle iennne lait de son corps ce (pi’cllc vcul !

« iMivoyez-la-inoi dans la journée chez un de mes confrères, nous l’auscidlerous ensemble. » Troisième examen. Dès ce Jour, Marie Lebrancliu ne ligure plus sur les registres de l’hopilal, et Imil jours après, elle parlait pour Sens, où elle est restée un an.

Le 2‘3 août i8i)3, elle revenait à Lourdes avec les malades du pèlerinage national; tous les médecins qui se trouvaient à ce moment dans le Bureau des constatalions l’ont examinée de nouveau cl ont pu s’assurer que sa poitrine était indemne de toute lésion et ([ue sa guérison était bien délinitivement assurée.

Celte anuée-ci, Marie Lebranclui se rendait à la gare d’Orléans pour assister au départ des malades, et accompagnait de ses vauix ses anciens compagnons d’infortune. Le médecin du pèlerinage national qui l’avait remarquée dans la gare, au moment du départ, avait été frappé de son entrain et de sa bonne mine, et nous apportait, une fois de plus, l’assurance que la guérison de jMarie Lebraneliu ne s’était pas démentie.

En résumé, M. Zola admet la maladie de la Grwotte : elle est « plitisi(|ue au troisième degré ». Il admet aussi sa guérison : « elle aurait dansé jusqu’au jour si la sainte Vierge avait donné un l>al. » Il essaye d’expliquer cette guérison par des forces inconnues, mais bientôt il s’en prend aux médecins de la confusion où il s’engage. Il fait appel à la théorie de la maladie nerveuse et de la suggestion, et finit par faire mourir la Grwotte qui se porte bien.

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