‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 18 sur 88 · I.KS POlTHINAIllES · texte numérisé non relu

I.KS POlTHINAIllES

Inclinons-nous ici cIcvjuîI ces rcsullals merveilleux ! Les sciences humaines, limilées comme noire raison, ne peuvent alleimlre à celle hanleur; mais elles peuvent mesurer la distance qui nous sépare du monde snrnainrel. Elles peuvent nous conslitner juges desgaranlies de Ions genres (pii établissent la réalilé de ces guérisons surhumaines. C est sur ee terrain que nous limitons nos recherches ou nos affirmai ions.

Mous terminerons notre article sur les maladies de poitrine par la relation snivanle :

Le D‘ Lebon

Le D' Lebon, de Besançon, déclare être le médecin de M"® Clémence Dordon ; depuis i854, il a conslaté chez elle une maladie de poitrine due à des tubercules et caractérisée par des crachemenls de sang et une loux aussi opiniâtre que permanente,: il pensait, avec ses confrères, que tous ses efforts devaient tendre à prolonger l’existence de la malade, sans rever une guérison impossible. Cette jeune tille, à bout de force et de ressources, avait dù entrer plusieurs fois à 1 hospice Saint-Jacques. Là encore, elle fut soumise au traitement des poitrinaires. Malgré sa grande faiblesse, elle avait voulu suivre le pèlerinage de la Franche-Comté a Lourdes. Arrivée le 20 août, elle se plongeait le jour même dans la piscine, elle ressentit pendant 1 immersion un soulag'cmcnt si complet, qu elle sortit en annonçant sa guérison aux personnes qui l’accompagnaient.Toute lassitude avait disparu, elle (‘prouvait un immense bien-être. A son retour, le D‘‘ Lebon fut très surpris de la trouver en bonne santé et de constater une entière guérison.

D" Lelion.

LES GEANDES GEERISOA'S DE LOURDES

Il le rniine son ohsen alion par les réllexions suivantes (pii paraissent pleineinenl jnstilR'es.

Les laits de eclle nature, <lit-it, n’étant pas du (toinainc inédieat, je n'ai pas à me prononcer sur celte (piestion ; je ne puis <pic constater une cliose, c’est rpi’à la lin de juillet, M"® Dordon était dans un élat regardé comme incurable ; véritable champ pathologique. Depuis plus de vingt-ciiKi ans, la médecine ne pouvait songer à un rétablissement sérieux de sa santé, et le 8 septembre je la trouvais en parfaite sanlé. C’est un fait de guérison complète et surtout d’une rapidité telle ((ue la médecine, à mes jeux, ne saurait en aucune façon l’explicjuer.

Le Lebon ("‘crit en nn^decin; il constate qu’il ne peut, en aucune façon, expliquer celte guérison, (pi’elle dépasse les forces de la nature, mais il ne prononce pas le mot de miracle. Nous ne saurions l’en blâmer; nous n’avons pas (pialité pour interpréter le surnaturel. Restons dans notre rétle. Sur le terrain de l’observation, notre compétence est reconnue, indiscutable.

LES PLAIES

DeRudcler, l'Iiomme à la jambe cassée, inslAnlanémenl soudée. Une enquête sur celte guérison. Autopsie de deRudder. — Amélie Chaynon, de Poitiers. — Plaie et carie du pied, tumeur blanche du genou. — Marie Lemarcband (Le lupus de Zola). — V'® Pécantet, de Ragnères-de-Bigorre. — Guérison irun lupus. — Clémentine Trouvé, plaie et carie du talon (objection de Zola). — Marie Brillaut, plaie profonde de la hanche.

DE RUDDER

Lnc Jambo cassce et non soudée depuis, huit ans. — Au tond d’une grande plaie, on aperçoit les os cassés. Les os sont séparés par un intervalle de trois centimètres. — Dans un pLderinage, la soudure est instantanée. — De UudJer laisse ses béquilles et fait plusieurs kilomètres à pied.

N 1867, Pierre de Rudder, ouvrier belge, eut lu jaïube eassée par la chute d’un arbre. L’os était brisé à sa partie moyenne. Malgré tous les appareils, la consolidation ne put se faire. Pendant un an, Pierre garda le lit. Trois médecins de Bruges, les Alfenaer, Jactjues el Yerriert, lui donnèrent leurs soins sans résultat.

En 1875, huit ans après l’accident, la partie inférieure de la jambe ne tenait pas à la supérieure et était mobile en tous les sens. Les deux fragments de l’os cassé étaient distants de om,o3 et visibles au fond d’une grande plaie, en continuelle suppuration.

T.KS GRANDES GUERISOAS DE EOURDES

(i’csi dans col clal (|uc Pieire, en se tiaînant, aiiive à la Gi-oüe de Lonrdes-Ooslacker. Après qnel([ues minutes de saisissement et de prières, il est à genoux, puis se relève senl, sans aide, et suit les exercices de pèlerinage. Sa jambe est guérie, les parties disjointes se sont rapproeliées et soudées, les plaies ont disparu ; un léger sillon indicpie senl la place de la fracture.

Le Alfenaer, examinant celte jambe, ne peut contenir son émotion : «Vous êtes guéri, dit-il, votrejambe est intacte; tons les remèdes étaient impuissants, la sainte Vierge a fait ce que les médeeins n’avaient pu faire. »

Une fracture qui date de huit ans, qui n’a été suivie d’aucun travail de eonsolidalion, qui a laissé les fragments osseux à une distance de om,o3, et la jambe mobile en son milieu, une fraeture dans ces conditions ne peut guérir en un instant par aueun procédé connu. Une semblable guérison est plus surprenante encore que celle des cancers ou des tubercules, ou du moins elle est plus facile à bien interpréter.

Cette observation doit être publiée dans tous ses détails.

Pierre de Rudder naquit le 2 juillet 1822, à Jabbeke, dans la Flandre occidentale.

Il avait atteint l’àgc de quarante-quatre ans, lorsqu’il tomba victime d’un cruel accident.

C’était le 16 février 1867. Deux jeunes bûcherons travaillaient dans le voisinage du château de M. du Bus. Un arbre qu’ils venaient d’abattre était malencontrensement tombé sur une culture voisine, et ils s’elforçaicnt de le déplacer. De Rudder, en se rendant à sa besogne, vit l’embarras des bâcherons et s’olfrit à les aider. Il devait payer cher sa conqilaisanee.

Tandis <pi’il coupait les branches d’un buisson qui s’opposait à la manœuvre, l’arbre, que les deux jeunes gens, s’aidant de leviers, sonlcvaient et poussaient en avant, retomba brus({uement et vint frapper si violemment de Rndder, <pi’il le renversa, la jambe gauche broyée sous le poids du tronc.

Le D' Alfeancr, d’Oudenbourg, appelé aussitôt sur l’ordre de M. du Bus, donna à de Rudder tous les soins ([ue réclamait son

üii voit que l’os cassé a la même longueur que l’autre, malgré l’élimination d’un l'ragment d’os de trois centimètres de long. L’axe vertical de la Jambe conserve la même direction des deux côtés. Les deux os de la Jambe gauche avaient été cassés.

T.KS (;HA>'1)KS GUKUISONS DK LOURDES

élal. Le l)lessé préscniail au licrs snpéncur de la jambe une fracture (lu tibia et du péroué. Le Du'alceiii lit, la laaluctiou, et, niaiutiut les IVagmenls au moyeu d’un bandage amidonmî. Qucbpies semaines plus tard, à la demande du blcss(^^ cpii souffrait beaucoup, le docteur enleva l’appareil. Il constata, au dos du pied, une large xdccralion. A la partie sup<^rieure de la jaml)c, une autre plaie gangreneuse communirjuait avec le foyer de la fracture. Les fragments, baignant dans le pus, dcxpouillc's de leur p(îrioste, n’avaient subi anciin travail de la'paration.

^Malgré des soins assidus prolongés depuis de longs mois, le 1)‘' AlTenaer ne put obtenir la consolidation. Personne ne s’en étonnera : toute fracture complicpiée de plaie est grave, et le pronostic était particulièrement fâcheux à une épo(juc où l’antisepsie était inconnue. Sans doute, le premier mémoire de Lister, sur le traitement antisepticpie, parut précisément en 1867 ; mais la doctrine nouvelle n’avait pas encore eu le temps de se vulgariser, et elle resta ici sans application.

Le Alfenaer, impuissant contre la suppuration et voyant ses soins inutiles, désespéra de la guérison de son malade. Un médecin de Yarssenaere, un autre de Bruges, consultés à leur tour, se rencontrèrent avec lui pour déclarer de Rudder incurable. Tel fut également l’avis d’un médecin de Bruxelles, appelé parM, du Bus. Lui aussi jugea, après avoir examiné le blessé, que toute intervention autre que ramputaliou serait illusoire. De Rudder ne voulut à aucun prix se soumettre à cette mesure extrême. Il passa une année au lit, endurant d’atroces souffrances. Quand il en sortit, ce fut pour se traîner péniblement, appuyé sur deux bécpiilles. Incapable de tout travail, il vivait avec sa famille d'une pension (jue lui fit M. du Bus.

Abandonné des médecins, le malheureux estropié se contentait de nettoyer ses plaies deux ou trois fois par jour et d’envelopper de linges le membre brisé.

Barcil traitement d’une fracture compliipiée de plaie (i) restait

(1) Nous luisons ubslniction de lu lurge uletTution, uu dos du picil.

LES PLAIES

nalurcUenicnt sanscdct. Aussi lous les lémoig'nages s’accordcnl-ils à en allcslcr l’inulililé ; lous ceux qui, de i8d;7 à i8y5, oui vu la jambe de de Ruddee, déeriveut d’une manière frappante la mobililé anormale, symptôme earaclérislique des pseudarlbroses llotlanles, fausses arlieulations où les deux fragments restent absolument libres sans aueuu tissu tibreux qui les réunisse. Il y avait même entre eux uu écartement notable, le D‘' Affenaer ayant enlevé un sé([uestre assez volumineux.

Parmi ceux qui constatèrent cbez de Rudder l’existence d’une fausse articulation, citons Jacques A’an Esseben et Jacques de Fraeve, tous deux actuellement encore domiciliés à Jabbeke.

Le premier était à cette époque Jardinier au service de M. du Bus. Il portait chaque semaine à de Rudder le montant de sa pension. Plusieurs fois, il vit à nu le membre blessé. Pierre, pliant sa Jambe en dessous du genou, faisait sortir de la plaie les bouts des os cassés. Prenant le pied gauche entre les mains, il le retournait presque sans effort, le talon en avant, les orteils en arrière.

Vers l’année i8j2, Jacques de Fraeye lit la même constatation; il nous escpiissa, avec des gestes très expressifs, la description très nette de ces mouvements anormaux.

Mais arrêtons-nous surtout aux témoignages des médecins.

Le D‘' Van Hoestenberghe, de Stalhille, médecin des pauvres de la commune de Jabbeke, eut souvent l’occasion de voir de Rudder. Les années s’écoulaient sans amener la moindre amélioration dans son état.

Au printemps de i8y4- Pierre était assis au seuil de sa maisonnette, quand il vit passer le médecin de Stalliille : il le pria d’examiner sa Jandje. Le docteur l’invita à rentrer, et demeura une heure avec le blessé.

Pendant que Pierre défaisait les linges qui entouraient sajambe, une odeur de gangrène remplit la pièce au point que le médecin fut obligé d’ouvrir l’unique fenêtre du réduit. La pâleur du malade et sa maigreur étaient extrêmes. Ses traits exprimaient la lassitude et le découragement le plus profond.

La Jambe ayant été mise à nu, le médecin constata, au tiers

LES GRANDES GUERISONS DE EOTJRDES

supérieur du libia, une plaie oblongue à faraud axe verLieal el de la g-randeur d’un œuf de poule. J)e eelle ouverture découlait une sérosité purulente, brunâtre cl très félide. A l’aide d’un linge mouillé, il nettoya sommairement la plaie. Metlant alors la main gauebe dans le ereux poplité et prenant le bas de la jambe de la main droite, il lui imprima un mouvement en arrière. Les bouts des fragments supérieurs et inférieurs du péroné et du tibia se montrèrent dans la plaie. Tont ce qu’on pouvait voir des os était dépouillé du périoste ; les surfaces de fracture présentaient plusieurs aspérités. Saisissant ensuite de la main gauebe la partie supérieure de lajambe, et prenant le talondans la droite, le médecin put, avec la plus grande facilité, porter le talon en avant et même dépasser la demi-circonférence ; ce mouvement de torsion n’avait d’autres limites que celles qu’impose la résistance des tissus mous. De Ruclder lui-mème, saisissant le genou de ses deux mains, lit ballotter son pied d’un mouvement de pendule, et toujours un écoulement de pus suivit ces divers mouvements. Enfin, au dos du pied, au niveau des deux premiers métatarsiens et de la partie inférieure du tarse, envoyait une autre plaie d’on suintait la même sérosité purulente. Pierre dit au docteur que, quelques semaines après l’accident, un abcès s’était montré au pied et qu’avec du pus il en était sorti « un bout de corde (i). »

()ue dire à ce malbeurcux ? M. du Bus l’avait déjà fait examiner par plusieurs médecins : tous le déclaraient incurable et conseillaient l’amputation comme unique ressource. Le D’’ deStalbille lit de môme : mais de Rudder ne voulut rien entendre. « D’ailleurs, ajouta-t-il, M. le vicomte m’a promis (]ue le D>’ Yerriest, de Bruges, viendrait un de ces jours pour tâcher de me guérir. »

Le D>' Yerriest vint, en elfet : il immobilisa la jand)C dans nn appareil amidonné, laissant une fenêtre au niveau du foyer purulent de la fracture, et prescrivit des lotions fréquentes des deux plaies avec une décoction d’écorcc de chêne. De Rudder fut de nouveau forcé de garder le lit.

(1) C’ùtait i)rol)al)lenient le Icndon du gros orteil, dit le D'' Royer dans son enquête ; il constata, en ell'et, lors de son examen de la jamlie de de Rudder, que, dans les mouvements d’extension, le gros orteil restait immobile.

LKS PLAIKS

A celle épo(|ue, de IVé({iieiiles consiilüilions niirenl en rapporl les l)''" Yan lloesicnberglie el Yercicsl. Ils parlèrent souvent de de Rndder, auquel ils s’intéressaient Ions deux. Plusieurs lois le !)'■ Yerriest déclara à son confrère qu’il n’ol)tenait anenne ainélioralion. Il lui dit un jour <pie, la veille, Pierre avait irrévocahleinenl refusé d’enirer à l’Iiopilal de lirngespour se laisser amputer la jand>e ; aussi avait-il renoncé à lui conlinner des soins qu’il jng-eait absolninent inuliles : c’était vers le milieu de janvier iS^S. Le D‘‘ Yan Hoestenberghe partageait cet avis.

Sans espoir de soulager ce malheureux, mais mù de commisération, il avait pris l’habitude de s’informer de son état lorsqu’il lui arrivait de passer en face de sa demeure. Une (piinzaine de jours avant la dernière visite du D' Yerriest, il avait trouvé de Rndder faisant son pansement. Le bandage inamovible n’amenant aucun résultat, avait été supprimé, et le docteur, avec la même facilité qii’autrefois, ramena en avant le talon du pied gauche: pliant ensuite la jambe dans son tiers supérieur, il lit sortir de la plaie située à ce niveau, les bouts des fragments : ils avaient toujours le meme aspect d’os nécrosés. Pierre lit de nouveau ballotter son pied. Rien n’était donc changé dans sa situation, et tout espoir de guérison semblait bien définitivement perdu (i).

Le pauvre ouvrier, après avoir enduré d’affreuses tortures, avait été obligé de garder le lit une année entière. Enfin, il put se traîner sur deux béijuilles. Il était resté dans cet état huit ans et deux mois.

Pierre était pieux dès son enfance. Sa confiance en la Yierge iMaric n’avait pas de liornes. Ayant entendu le récit des merveilles qu’Elle opère à Lourdcs-Oostacker, il sent sa confiance grandir encore et s’écrie : « Puissé-je faire ce pèlerinage ! j’obtiendrai, j’en ai la confiance, ma guérison de cette bonne INIère. »

Mais comment faire ce voyage? La partie inférieure de la jambe tenait faililement à la supérieure ; le pied tournait en tout sens ; les deux parties de l’os cassé étaient distantes l’une de l’autre de

(1) Cette première pnrtie de notre récit est emprimlée à la hroclnire du R. R. Deschamps, docteur en médecine.

o''i,o‘3, cl SC monicaicnl à travers les cliairs ; une grande et iirofoiule plaie était là en continuelle snppnralion.

Pierre met tout son espoir en la Vierge de Lourdes. 11 se prépare par des prières ferventes à ce pénible pèlerinage. Le j avril 1S7.), appuyé sur ses bécpiillcs, aidé de sa femme, il se traîne vers la station de Jabbeke, éloignée d’une demi-beurc de sa demeure. 11 met trois longues beures à faire ce eliemin. Trois hommes le bissent dans le wagon qui le porte à Garni. On le transporte avec peine, d’abord dans la voiture du tramway, puis dans l’omnibus de Saint-Amand, qui le dépose sur la voie de Lourdes-Oostacker.

Le pauvre estropié se trouvait sur la route bordée d’arbres, que les pèlerins parcourent le chapelet à la main. Epuisé de fatigues et de soulfranees, il se traîne sur ses béquilles et avec le concours de sa femme vers la Grotte désirée. Eidin il est arrivé, et n’en pouvant plus, il se laisse tomber sur un banc. La soif le presse, il demande de l’eau de la fontaine ; il en boit et se sent un peu remis. Les autres pèlerins font trois fois, selon l’usage, le tour de la petite montagne. Pierre veut se joindre à eux ; il prend ses l)é(pulles ; et, se traînant péniblement, il fait le tiers de ce pèlerinage, arrive ainsi devant la statue miraeuleuse et s’assied sur un second banc en face de la Vierge immaculée.

Alors, de son cœur ému, montent des prières ardentes. 11 demande à Dieu [lardon de tous les péchés de sa vie. Puis, levant vers l’image de la Vierge un regard de contiance et d’amour, il la supplie de lui rendre la santé, atin qu’il puisse, par son travail, geagner le pain de ses enfants et de leur mère.

Tandis qn’il prie ainsi de toute sou âme, Pierre sent tout son être saisi par un trouble étrange. Hors de lui-mème, il se lève sans bé([uillcs, passe entre les bancs et va se jeter à genoux devant l’image de sa Mère...

Après quebpics inimités de saisissement et de prière, l’ouvrier revient à lui et s’aperçoit avec étonnement qu’il n’a pas scs béquilles et <[u’il est à genoux. « Mon Dieu, s’éerie-t-il, où suis-je donc? » Puis, levant vers la Vierge un regard plein de reconnais-

LES PLAIES

sauce et d'amour : « ü Marie, me voici devaul voire image chcrie... ]\[erci !... Merci !... » Apercevaul ses l)é([uilles, il se lève et va les déposer coulre le rocher de la Grotte...

Sa lemme faillit s’évanouir, les assislauts pleuraient. Pierre u’euleudait, ne voyait rien autour de lui; tout eulier à la prière et à la recouuaissauce, il achève les trois tours du pèlerinage.

Ou l’arrache euliii à la Grotle, et ou le conduit au château de Coiuiel)Ourue, où l’on constate que la jaudie est parfaitement guérie. Les deux parties disjointes se sont rapiu’ochées, les plaies ont iustaulauémcut disparu; à peine une légère marque bleue indique la place de la fracture.

Revenu à Jabbeke, Pierre se rend d’abord à l’église pour remercier Dieu, auteur de tout bien. Il rentre ensuite dans sa pauvre chaumière, où l’a précédé la nouvelle de sa guérison. Sa fille Sylvie l’embrasse eu sanglotant. La pieuse enfant avait, de grand malin, allumé des cierges devant l’image de Marie. Le petit Auguste ne reconnaît plus sou père qu’il n’avait jamais aui marcher sans béquilles.

M. le D'' AlTenaer, examinant la jambe de Pierre, laissa tomber de grosses larmes de ses yeux et s’écria : « Vous êtes radicalement guéri ; votre jambe est comme celle d’un enfant c[ui vient de naître! Tous les remèdes humains étaient impuissants; mais ce que ne peuvent les médecins, INIarie le peut. »

Le pieux ouvrier ne peut se lasser de revenir à la Grotte bénie, où il passe des heures à remercier la Vierge ; il aime à dire à tous la puissance et la bonté de sa Bienfaitrice.

Pierre de Rudder est venu à Lourdes eu pèlerinage le 9 mai 1879. C’est un Flamand de pure et sainte raee, sou interprète a raconté les merveilleuses suites que ce prodige eut à Jabbeke, la patrie de Pierre de Rudder. Ou célébra eu actions de grâces dans l’église paroissiale, une ueuvaiue de messes chantées. L’église était pleine chaque jour; ou y comptait souvent i,5oo assistants sur une population de 2,000 âmes. Ces neuf jours furent chômés presque comme le dimanche. Il y avait à Jabbeke d’assez graves désordres, des danses et beaucoup de libéraux ; il n'y a plus

Lies (iUANDES (illieitlSONS DIC LOLIUJKS

(le (liinses ni de libéraux ; les coinpalriolcs de PieiTc seul devenus bons chréiiens et bons ealboliqnes.

I^e bruit de eeltc guérison luerveilleuse s’est répandu au loin. La seience s’en est émue : trente médeeins sont venus visiter Pierre de Rudder. On a eoinpté parmi la foule des visiteurs, trois eents prêtres et (piatre évètpies, dont deux étrangers.

Pierre fait, prestpie toutes les semaines, un ptderinage à la Grotte d’Oostacker. Quand on veut obtenir une grâce, on se recommande aux prières de ee pauvre paysan, et on lui demande de faire un pèlerinage à la Grotte.

Il y est allé près de deux cents fois.

Les méchants aussi se sont émus. Un jour, ils se sont rués sur ce brave homme et l’ont accablé de coups. Mais la persécution ne trouble pas l’homme qui a mis en Dieu sa contiance. Pierre revient toujours à sa chère Grotte d’Oostacker, et il soupire vers le jour où il lui sera donné de revenir, grâce à la charité des bonnes âmes, visiter de nouveau la vraie Grotte de Lourdes.

Cet homme simple et grand dans sa foi, invincible dans sou amour et son dévouement, nous apparaît comme le type de la catholique Belgique.

Le médecin de Pierre de Rudder nous a écrit deux fois : la première fois, le ai août; la seconde fois, le 3 septembre iSpa.

Dans sa première lettre, il nous disait :

Pierre de Rudder a pris à sou travail ime fracture coinuiiuutive du tibia et du péroné droits. 11 avait eu la jaiul)e l)royée sous un tronc d'arbre qui s'éLait abattu sur lui. Les fragments étaient si nombreux qu’en secouant les membres on entendait tous les os s'entre-clioquer comme un sac à noisettes. La consolidation ne s’est jamais faite. Vainement M. le comte du Bus l’avait mis en traitement ])endant six ans. Condamné et abandonné, cet liomme était au désespoir quand j’ai eu l’occasion d’examiner sa jambe. 11 n’est pas besoin d'une longue description ; la moitié inférieure de la jandje avec le pied ballottait litléralemcnt au bout du membre, au i)oint que je ))ouvais faire décrire au talon ])lus d’un tour sur l’axe du membre. Ce mouvement n’avait de limite (pie la torsion des tissus mous. Après son pèlerinage, la consolidation a été complète.

LKS PLAIES

Dans sa IcUrc du 3 scpleinhre, le incnic médecin dit :

Quand rien-e de Rudder csl parli en pMerinajïe, il y avait huit ans qu'il traînait sa jand)C après lui et qu'il inarchait péiiildcnient avec deux hcquillcs. Le tiers inférieur de la jambe et le pied pendaient comme une loque.

Pierre est revenu le soir même, sans l>é(juilles et en dansant; dès le lendemain, il a fait plusieurs lieues à pied, heureux de cet exercice dont il avait été si longtemps privé.

Naturellement, je suis allé le voir, et je vous conlierai que je ne croyais pas à cette guérison. Qu’ai-je trouvé? une jambe îi laquelle il ne manquait rien, si bien que si je n'avais pas examiné le malheureux auparavant, j'aurais certainement émis la conviction que cette jambe n’avait jamais été cassée.

En elVet, en passant lentement les doigts sur la crête du tibia, on n’y sent pas la moindre inégalité, mais une surface parfaitement lisse de haut en bas, tout ce que l’on découvre, ce sont quelques cicatrices superlicielles à la peau.

En terminant sa lettre, notre eonfrère nous dit :

Cette lettre vous trouvera peut-être en entrevue avec M. Zola. Si cela était, je serais heureux qu’il lise ces quelques lignes et qu’il me permette de lui dire ces quelques mots : « Monsieur, j’ai été un incroyant comme vous : le miracle de de Rudder m’a ouvert les yeux fermés jusque-là à la lumière.

« Le doute me prenait encore quelquefois, mais je me suis mis à étudier la religion chrétienne et à prier. Eh bien ! je vous le déclare sur l’honneur, je n’ai plus le moindre doute, je crois absolument, et j’ajouterai qu’avec la croyance, j’ai trouvé le bonheur, une tranquillité intérieure que je n’avais jamais connue. J’ajouterai que cette jambe est très curieuse à examiner pour quiconque a vu des consolidations de fractures. Evidemment, la sainte Vierge ne guérit pas comme le fait la nature, quelque bien qu’elle soit secondée.

« Pierre de Rudder habite entre Bruges et Ostende. Si on voulait l’examiner, il se rendrait volontiers dans une de ces deux villes, et pour ma part je me chargerais avec bonheur de l’accompagner. »

J’ai lu souvent ces deux lettres aux nombreux médecins qui m’entouraient; elles ont toujours produit une profonde impression; la plupart de mes confrères m’ont demandé de reprendre la publication de ce fait.

Dans ces derniers temps, le D'’ Royer a fait une enquête sur cette guérison. Nous allons la résumer dans ses principaux détails.

lÆS GUAIVDKS CiUKHISOXS DE LOURDES

L’homme à la jambe cassée et non soudée depuis huit ans

Noli'C conlVèi'C a voulu relever le dé(i (]ui nous avait élé porté. Lorsque, devant uu audiloire nombreux et mêlé, je montrais Clémentine Trouvé, (pii avait été guérie subitement d’une carie des os du pied : « Mais si j’avais en main, me dit Zola, la démonstration que vous croyez tenir, je voudrais remuer le monde, amener ici les foules... »

Voilà la démonstration demandée pour un fait plus probant, si c’est possible, et celte démonstration est d’une lumineuse clarté. Ce n’est qu’avec les Belges que l’ou peut obtenir des enquêtes couduiles avec cette précision, avec celte méthode.

Le Di' Royer, de Lens-Saint-Rémy, n’a pas hésité à laisser sa clientèle pour se transporter à Jabbeke, et là, pendant plusieurs jours, il a recueilli tous les témoignages, sans aucune distinction d’opinion ou de personne.

Atin de donner à son enquête une empreinte de loyauté que rien n’aurait pu faire soupçonner, il a voulu la faire en commun avec un de ses confrères absolument incrédule, mais instruit et de bonne foi.

Ou lui a désigné le Di" Mottart de Hannut comme réalisant les conditions désirées. En conséupieuce, il lui a écrit la lettre suivante :

Leiis-Saint-Rémy, IG décembre 1892.

Très honoré confrère,

Je vous ai envoyé les Annales de Lourdes du mois d’octobre dernier, et vous avez pu y lire le récit de la guérison de de Rndder.

Je viens vous demander, cher confrère, si, tlans l’intérêt de la vérité, vous voulez bien vous joindre à moi pour faire une nouvelle enquête et prendre des renseignements précis du vivant de de Rndder.

Vos convictions bien connues seront pour tons nue garantie de loyauté. Cette i)enséc est si vraie (pie deux personnes de Ilny me l’ont exprimée et veulent bien payer tous les frais de votre voyage.

Nous nous rendrons à Jabbeke, nous verrons les médecins rpii ont soigné de Rndder.

De RUDDER, l’homme à la jambe cassée depuis huit ans, instantanément soudée. ’

LES PLAIES

Si vous me faites le plaisir d’accepter ma proposition, nous examinerons ensemble ce qu’il y a de mieux à faire pour bien connaître toute la vérité. Recevez, etc.

D'’ Royeu.

Le D‘ Moltart lui répond la lettre suivante :

Mon cher confrère.

Je vous avoue que je n’ai pas lu la brochure dont vous me parlez; je ne dépouille qu’exceptionnellement cette volumineuse correspondance de journaux, brochures, circulaires, et malgré mes opinions qui vous sont bien connues, je ne me complais guère dans la discussion du pour et du contre.

Je ne sais rien de ce qui concerne le cas de Rudder.

Envoj ez-moi de nouveau cette brochure, j’en prendrai connaissance, et je vous ferai connaître la résolution à laquelle je me serai arrêté.

Recevez, etc.

D'’ Mottarï.

Le i8 décembre, M. Mottart a reçu la brochure ; le 19, je le rencontrai à la gare de Hannut, il avait lu la brochure et nie promit une prompte réponse.

Je n’ai rien reçu depuis de mon confrère: j’appris indirectement qu’il avait décidé de ne pas donner de suite à ma proposition ; je me déterminai donc à agir seul, et j’écrivis immédiatement au médecin de Stalhille et à M. le curé de Jabbeke, pour leur annoncer mon arrivée pour le 18 janvier.

Voyage

Je partis pour Bruxelles où je devais changer de train. A peine dans mon compartiment, je lus bientôt engagé dans une discussion religieuse avec un négociant qui se rendait à Bruges, par conséquent non loin de Jabbeke. Il était absolument incroyant. Comme il connaissait le flamand et le français, je le mis au courant de mon projet d’enquête et je l’engageai à venir avec moi. Il accepta ma proposition et consentit à me servir d’interprète. Je retrouvai donc l’incrédule que j’avais vainement cherché, et vous verrez dans le cité qui va suivre ({ue certains noms apparaîtront ici comme celui

GinimsoNS de louddes 7

LKS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

(le Pilate dans le Credo. Ces tcimoignages réunis d’hommes aux eonvictions opposées donneront plus de foree à nos conclusions.

Témoignages reçus

( Du Van Hoeslenberghe de S talliille, localité voisine de Jahbelxc)

Je montre au confrère les Annales de Notre-Dame de Lourdes du 12 octobre 1892, renfermant des extraits de lettres, signées de son nom, écrites au D’’ Boissarie; il m’atïirme ({u’elles sont authentiques et qu’elles sont l’expression de la vérité.

Il nous dit ensuite :

Je n’étais pas le médecin de Pierre de Rudder, mais j’ai été le voir par curiosité, en ayant entendu parler différentes fois. Le cas me parut sans ressources, aussi bien (ju’à mes collègues Affenaer et Verrier t.

Pierre de Rudder avait une fracture multiple et comminutive. Le Dr Affenaer appliqua un appareil inamovible cpi’il laissa en place cinq semaines. Le malade se plaignait de douleurs vives; on enleva l’appareil, et on constata une ulcération gangreneuse du pied et une à la jambe au niveau de la fracture.

Après le Affenaer, le D"’ Yerriert, (jui avait un certain renom, fut cliargé par la famille du Bus de soigner de Rudder. Après un long et pénible traitement, le D‘‘ Yerriert cessa de visiter le malade, déclarant cpi’il n’y avait pas d’autre remède fjue l’amputation.

De Rudder avait une plaie à la partie supérieure de la jambe; au fond de cette plaie, on voyait les deux os à une distance de o™,o3 l’un de l’autre.

Il n’y avait pas la moindre apparence de cicatrisation; Pierre souffrait beaucoup et endurait ce mal depuis huit ans.

La partie inférieure de la jambe était mobile dans tous les sens. On pouvait relever le talon de façon à plier la jambe dans son milieu. On pouvait la tordre et ramener le talon en avant et les orteils en arrière.

LES PLAIES

Tous CCS mouvcmculs n’claicnl limites que par la résistance des tissus mous.

Etant donne l’état où je l’ai vu, j’alïirme que la jambe n’a pu, dans aucune hypothèse, être eicatrisée complètement, dans l’espace de tenqis qui s’est écoulé entre ma dernière visite et le pèlerinafî:e.

La guérison était, en effet, complète, sans le moindre cal au niveau de la fracture, sans raccourcissement, et eela dès le lendemain de ee pèlerinage.

Il y avait une plaie large au dos du pied. Cette plaie était également guérie. Si j’avais conservé quelques doutes, ils eussent été d’ailleurs complètement dissipés par le témoignage de Jean Houtsaeger, de Stalhille, que vous allez interroger. Cet homme est intelligent, ce n’est pas un dévot, et eertes il n’aurait pas exagéré une déclaration qui contrariait sa manière de voir.

Jean Houtsaeger, tonnelier, à Stalhille

« Je me rappelle parfaitement, dit-il, que le 7 avril 1875, étant sur la route, je vis un mouvement inusité parmi les habitants de Jabbeke. Je demandais quelle en était la cause. On me répondit que Pierre de Rudder revenait complètement guéri.

« Alors je m’écriai : Comment, de Rudder guéri? mais j’ai encore vu sa jambe cassée la semaine dernière! Aussitôt, au milieu de la foule, je vis de Rudder revenant de la station, marchant parfaitement et sans béquilles.

— Qu’aviez-vous vu à sa jambe ?

— J’avais vu une plaie grande comme la paume de la main.

— Avez-vous bien vu que la jambe était cassée?

— Oui, Pierre a plié la jambe avec la main, de façon à faire sortir par la plaie les deux extrémités de l’os cassé qui est venu à V extérieur.

— Avez-vous touché ces os du doigt?

— Non.

lOO

— lüaienl-ils blancs ounoii-s?

— Ni blancs, ni noirs.

— Ces bouts étaient-ils arrondis?

— Non, ils n’claient pas arrondis, ils avaient l’aspect d’un objet brisé.

« Pierre in’a montré comment il pouvait tourner son talon en avant et ses orteils en arrière. Il avait aussi une grande plaie sur le dos du pied. »

Cette déposition a été reçue en présence de plusieurs témoins.

Edouard Van Hooren, voisin de de Rudder

« Vous connaissez donc de Rudder ?

— Oh! oui, je suis un de ses voisins.

— Avez-vous signé ce certiticat? »

M. le docteur de Stalhille lui traduit le certificat suivant, rapporté dans une brochure publiée par M. Le Couvreur, curé de Saint-Laurent, à Bayeux (Calvados).

Les soussignés déclarent avoir vu, le G avril 1870, la jambe fracturée de de Rudder, les deux parties de l’os rompu perçaient la peau et étaient séparées par une plaie suppurante sur une longueur de o'",o3. Nous déclarons également que de Rudder est revenu, le 7 avril, de son pèlerinage de Notre-Dame de Lourdes à üostacker parfaitement guéri. L’os était soudé, la plaie avait disparu; de Rudder pouvait marcher, se tenir debout et travailler aussi bien qu’avant son accident.

Ont signé : Jules Van IIoouen,

Eoouaud Van Hooren, Marie Wittizacle.

JaLbeke, le 25 avril 1875.

« Oui, nou.s avons signé ce ceidiücat.

— Saviez-vous bien ce que vous signiez?

— Oui, oui, ccftainement.

— Est-ce bien le jour avant ({uc vous l’avez vu?

— Oui, le jour avant, au soir. Je me trouvais chez Pierre avec mon üls et Marie Wittizacle.

— (Ju’avez-vous vu?

LES TLAIES

lOI

— PieiTC a découvcrl sa jambe pour la panser, el a plié la jambe de lacoii à ?ious montrer les deux bouts de Vos eassé à l'extérieur.

— Ces os n’élaient pas rejoints?

— Non. C’était lonjours comme je l’avais vu auparavant. Les <lenx os étaient écartés, la jambe était mobile, ballottait; on pouvait la tordre.

— Quand avez-vous vu de Kndder guéri ?

— Le lendemain du jour oùj’avais vusajambe cassée. J’étais sur la porte de la maison quand j’ai vu Pierre revenant de son pèlerinage, marchant parraitement et sans béquilles. »

Je demande à ]\L le curé :

D. — Y a-t-il actuellement à Jabbeke quelque personne incroyante ou du moins ne pratiquant pas la religion?

R. — Non, il n’y en a actuellement aucune, mais un des signataires de l’attestation, signée également par M. de Simpel, était un libre-penseur, n’ayant aucune pratique religieuse : c’est M. de Sorge.

D. — S’est-il converti ?

R. — Non, il est mort et a même été enterré civilement. Il est vrai qu’il est mort presque subitement, et qu’il n’aurait pu se réconcilier avec l’Église, ayant perdu toute connaissance dès le premier moment .de sa maladie.

]\L de Simpel raconte qu’un nommé de Veiscli, de Jabbeke, incrédule, qui pratiquait un peu pour faire comme les autres, lui avait dit qu’en présence de cette guérison, il fallait bien croire à la religion, et (pie, depuis, de Veisch avait praticpié avec foi.

(Cette déclaration reçoit l’assentiment de plusieurs personnes présentes.)

Baltazar de Jaegher actuellement garde-barrière

à Jabbeke

Raltazar de Jaegher, interrogé, déclare qu’il a aidé à transporter de Rudder dans le train, à son départ pour Oostacker.

1). — Avez-vous VU sa jauihc cassée au moment du dépail? Avez-vous vu si elle jouait, si le pied était ballottant ?

K. — Non, Je n’ai pas vu la Jambe au moment du dépail pour le pMerinag-e, mais J’ai vu à nu la Jambe de de Rudder huit Jours avant ce pèlerinage.

D. — Qu’avez-vous constaté ?

R- — J’ai constaté deux plaies, la fracture de la Jambe ; l’on pouvait tordre la Jambe de façon à faire tourner le talon en avant (il fait le geste pour montrer la chose).

Pierre était parti au train vers six heures du matin, et Je l’ai vu descendre du train dans la soirée, Je l’ai vu marcher parfaitement guéri .

Pierre Blomme, de Jabbeke, âgé de soixante-quinze ans,

ancien garde-barrière

Il déclare qu’il a transporté Pierre de Rudder dans le train, avec l’aide de quelques personnes, quand celui-ci est parti en pèlerinage.

De Rudder, dont la demeure est assez éloignée de la gare, s’est reposé dans sa maisonnette de garde-barrière à côté de la gare : là, Blomme a constaté la mobilité anormale de la Jambe de de Rudder (le témoin fait le geste, montrant qu’il y avait mobilité au niveau du corps du tibia, donc en dehors des articulations), on pouvait faire ballotter la Jambe.

Voyant cela, il a dit à de Rudder : « INIais que Aoulez-vous aller faire à Oostacker? Restez plutôt chez vous. »

Blomme raconte (|u’il a été stupélâit, le soir, de le voir descendre du train, marchant parfaitement et sans béquilles. Interrogé si ses souvenirs sont bien fidèles, s’il est bien sûr de ce qu’il aftirme, s’il n’y a pas là un peu d’exagération, il proteste qu'il n’exagère en rien, qu’il est tout à fait sur de ce (pi’il alïirme. Il raconte de nouveau comment il a bien constaté que la jambe était cassée.

les TLAIES

to3

Le pèlerinage

Le J m'ril iSj5 — huit ans et deux mois s’étaient écoulés depuis l’accident — on se prépara de bon matin au pèlerinage. La femme de Pierre renouvela le pansement, et constata une fois de plus,

La foule à la fontaine.

ainsi que sa fille, le meme état que la veille. Elle appliqua un emplâtre sur la plaie située au niveau de la fracture et entoura la jambe de linges. A quatre heures, on se mit en route pour la gare, et malgré l’heure matinale, Edouard Van Hooren, voisin et ami de Pierre, fidèle à la promesse faite la veille, se trouva sur son passage et causa quelques instants avec lui.

Se traînant sur ses béquilles et aidé par sa femme, de Rudder mit plus de deux heures à franchir les 2,5oo mètres qui le séparaient de la station. Chemin faisant, il dut souvent, pourse reposer un peu, s’appuyer aux arbres de la grand’route. Enfin, exténué de

fatigue, il arriva à la maisonnette du garde-barrière, Pierre Blonnne, oii il attendit l’arrivée du train.

Sans enlever les linges, de Rndder lui fit constater les mouvements anormaux de la jambe. Interrogé plus tard par le Dr Royer, Blomme attesta qu’il y avait mobilité sous le genou, à la partie supérieure du tibia. On pouvait, à ce niveau, plier et faire liallotter la jambe. Frappé par cette constatation : « Que voulezvous aller faire <à Oostacker? dit-il à de Rudder. Restez plutôt chez vous. »

Le garde-barrière, Pierre Blomme, Baltazar de Jacghcr, employé de la gare, Jean Duclos, cordonnier à Jabbeke et la femme de Pierre hissèrent le malheureux sur le train. Jean Duclos et sa mère accompagnèrent de Rudder jusqu’à Bruges. Assis devant le blessé, Duclos certifie avoir constaté durant le voyage que la jambe de de Rudder était manifestement mobile sous le genou, que Pierre pouvait en faire tourner la partie inférieure, et que du pus fétide souillait les linges du pauscment.

De Rudder arriva à Gand : on le porta avec beaucoup de peine, d’abord sur le train et puis sur l’omnibus qui faisait le service de la porte d’Anvers à Oostacker. A l’arrivée, le cocher de l’omnibus, grand et fort gaillard, le descendit seul de la voiture. Comme la jambe cassée se pliait de façon singulière, il y vit l’occasion d’une plaisanterie : « En voilà un, dit-il aux spectateurs, qui perd sa jambe. » La femme de de Rudder ajoute ce détail : le cocher manifesta ôruyannnent son mécontentement, à la vue du pus mêlé de sang qui avait coulé de la jambe sur le plancher de la voiture.

Voici le blessé dans l’allée qui conduit à la (ilrotle. Il se traîne péniblement, appuyé sur ses béquilles et aidé par sa femme. Pendant le trajet, il doit se reposer à plusieurs reprises. Enfin il arrive, exténué, et tombe plutôt qu’il ne s’assied sur un des bancs rangés devant la petite chapelle. Sa femme lui donne à boire de l’eau de la fontaine.

« J’étais assis, nous raconta-t-il, sur un des premiers bancs : ma jambe malade, (pii me faisait horriblement souffrir, reposait sur

Grotte d’Oostacker. — C’est là que fut guéri de Rudder.

LES PLAIES

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mes béiiuilles. Les pèleiins aHliiaient en ce momenL Eniiassant, plusieurs lircnt osciller ma jambe... Ce lui un nouveau supplice pour moi. Alors je pris mes béquilles, et, aidé par ma femme, je lis deux fois le tour de la GroUe'avcc les autres pèlerins. Au troisième tour, mes forces faiblirent tellcmenl que ma femme dut me saisir sous l’épaule droite, tandis qu’une autre personne (une inconnue) me prit sous l’épaule gauche ; elles me traînèrent ainsi jusqu’aux bancs. Je demandai à m’asseoir sur le second banc, pour éviter que les pèlerins ne vinssent encore toucher ma jambe. Je priai, j’implorai le pardon de tous mes péchés depuis ma jeunesse, et je demandai ma guérison pour pouvoir nourrir ma famille. »

Tout à coup, Pierre se sent troublé ; il est comme hors de luimème : il se lève ; il ne songe pas à ses béquilles sans lesquelles, depuis huit ans, il n’avait pas fait un seul pas ; il part, traverse les rangs des pèlerins et va s’agenouiller devant la statue de la Vierge.

Puis, stupéfait de se voir à genoux : « O mon Dieu, s’écrie-t-il, où suis-je ? » Et il se lève seul, et. sans répondre aux questions réitérées de sa femme, fait trois fois le tour de la Grotte II était guéri !

Il se rendit aussitôt, accompagné de sa femme et suivi de nombreux pèlerins, au château de M'"® la marquise Alphonse de Courtebourne. C’est là qu’on fit le premier examen du membre restauré ; la jambe et le pied, qui quelques instants auparavant étaient fort gonjlés, avaient repris leur volume normal; V emplâtre et les bandes qui enveloppaient la jambe, étaient tombés d’euxmêmes ; les deux plaies étaient cicatrisées ; les os rompus s' étaient subitement rejoints.

Ap rès cette constatation, Pierre retourne à la Grotte et fait encore trois fois le tour de la petite chapelle. Au moment du départ, il dut presser sa marche pour prendre place dans l’omnibus qui partait pour Gand.

Grande fut l’émotion qui s’empara de toute la population, à la nouvelle de cette guérison subite. De Rudder était connu de

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tous les villageois, La veille encore, lete Iranslërée de l’Annoneialion, ils l’avaient vu se traîner péniblement sur ses béquilles pour aller assister à la messe ; et aujourd’hui il marche comme tout le monde.

Les voisins, ceux-là mêmes qui la eeiY/e avaient vu de leurs yeux les bouts d’os brisés sortir de la plaie purulente, étaient accourus ; et Pierre, assis à cette même place où il avait passé de si longues et douloureuses années, leur racontait toutes les circonstances de sa guérison. Quebpies Jours plus tard, le 27 avril, tous ont déclaré par écrit que « de Rudder est revenu, le 7 avril, de son pèlerinage à N.-D. de Lourdes à Oostacker, parlaitement guéri. L’os était soudé; la plaie avait disparu. De Rudder pouvait marcher, se tenir debout et travailler aussi bien qu’avant son accident. »

Le soir môme, la nouvelle se répandit dans les villages voisins. Dès le lendemain matin, le D^^ AlTenaer était chez de Rudder. Il ne le trouva pas ; mais il le rencontra bientôt dans la demeure de M. Charles Rosseel, où de Rudder était entré en revenant de l’église.

Il examina la jambe avec le plus grand soin, et fut frappé de trouver la face interne du tibia entièrement lisse à l’endroit de la Il dit alors à de Rudder, devant plusieurs personnes: « Vous êtes entièrement guéri. Votre jambe a été fortement consolidée. Elle est comme celle d’un enfant, et non d’un homme dont la jambe a été brisée. Les moyens humains étaient impuissants à vous rendre la marche ; mais ce que ne peuvent faire les médecins, Marie le peut. En voyant un tel prodige, d’incrédule qu’on était, on se sent devenir croyant. »

A l’annonce de cet événement, le D‘ Van Hoestenberghe refusa d’abord d’y ajouter foi. Mais le 9 avril, surlendemain de la guérison, les nouvelles se précisant, il résolut d’aller voir.

Il trouva Pierre dans son jardin, maniant la bêche et le râteau. Quand ils furent rentrés dans la maison, l’impotent de la veille se mit à gambader pour montrer combien sa guérison était complète. Le D‘ Van Hoestenberghe] examina la jambe : pas de raccourcis-

LES PLAIES

sement ; une cicatrice sous le genou ; une autre plus grande au dos du pied. Passant altenlivcmcnt les doigts le long de la snrlacc inlci'nc du tibia, il put constater, eoininc son confrère d Oudenl)Ourg, quecette surj'ace était entièrement lisse à l’endroit de la fracture. Pierre était donc radicalement guéri. Bien des fois le D' de Stalliillc le rencontra depuis : de Rndder n’accusait pas la moindre claudication; il avait la marclie peu élégante que les terrassiers contractent en poussant la brouette ; mais les témoins sont unanimes à dire qu'il avait cette marche avant son accident.

Après sa guérison, Pierre de Ptudder vécut encore vingt-trois ans. Tous ceux qui l’ont connu sont unanimes à faire l’éloge de sa jiarfaitc honnêteté, de son ardeur au travail, et de sa piété reconnaissante envers la sainte Vierge. iM>ne la vicomtesse du Bus de Ghisignies, au service de qui Pierre a travaillé jusqu’à sa mort, nous a raconté qu’elle fut souvent obligée de le modérer, tant il était courageux à la besogne, malgré son âge avancé. 11 songeait à fêter son quatre centième pèlerinage d’action de grâces à Oostacker, quand il fut atteint d’une pneumonie grave. Pierre de Ruddêr mourut, le 22 mars 1898, à l’àge de soixante-quinze ans et fut inhumé au cimetière de Jabbeke, le 20, jour de l’Annonciation.

Le 24 mai 1899, quatorze mois après sa mort, le corps de de Rudderfut exhumé, le D*' Van Hoestenberghe, de Stalhille, détacha les deux jambes et les emporta pour les examiner avec soin. Les photographies que nous reproduisons donnent une image très exacte des deux os de la jambe.

On volt que :

1° Les deux tibias ont exactement la même longueur, malgré l’élimination d’un sé(j[uestre ;

20 Les fragments supérieurs du tibia et du péroné, déplacés dans le sens antéro-postérieur, débordent en arrière les fragments inférieurs ; mais dans son ensemble l’axe vertical de la jambe gauche conserve la même direction que l’axe de la jambe droite : la transmission du poids du corps se faisait donc aussi normalement à gauche qu’à droite, et par conséquent le déplacement n’avait

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LES GRANDES GT’EIUSONS DE LOURDES

îuieun relcnlissomcDt IVichoux sm- la niarclic. Libres pendant plus de hnil ans, les fi‘aj»;menls supérieurs des deux os, lires en arrière par les puissants muscles posiérieurs de la cuisse, avaient pris une (lirection vicieuse; ouïe conslate à la surface d’articulation de la tète du péroné avec le libia; cette surface, usée par les frottements anormaux, est devenue au moins une fois plus large à gauelie (|u’à droite ;

Grâce au déplacement, la direetion vicieuse des fragments supérieurs est corrigée par celle des fragments inférieurs, et l’axe du

membre, comme nous le disions, reste normal ;

3" Le déplaeement entraînait néeessairement deux saillies du tibia ; l’une en avant, eelle du fragment inférieur; l’autre en arrière, eelle du fragment supérieur. La saillie antérieure est arrondie : anguleuse, elle eût été, pour les téguments, une cause perpétuelle de blessures, saillie postérieure, au contraire, forme

un angle fortement saillant; mais perdue dans les muscles du mollet, elle n’a présenté aueun ineonvénient. Aussi Pierre de Rudder n’a-t-il jamais éprouvé ni douleurs, ni gène quelconcpie à l’endroit de la fracture, depuis le jour de la guérison jusqu’à la fin de sa vie.

Ainsi, tontes les preuves sont réunies pour donner à cette guérison nn caractère de certitude qu’il est dillicile d’atteindre. Chacun peut reprendre celte enquête, la eonduire à son gré. Jusqu’iei, nous n’avons pas trouvé une note eontradietoire.

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