‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 20 sur 88 · T TI · texte numérisé non relu

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Sagesse, à Montmorillon, elle n’a conserve de ses premières années qu’un souvenir, eelui de son amour pour la sainte Vierge.

« Je l’aimais, nous dit-elle, par attrait naturel. Je n’aurais pas « pu ne pas l’aimer. C'était pour moi un sentiment irrésis- « lible d’une grande douceur.

« INIa mère et moi, nous faisions chaque jour notre prière devant « une statue de la sainte Vierge, statue fort ancienne, seul hérite tage que j’ai recueilli et que j’ai transmis à ma tante, qui le « conserve précieu- <( sement. »

Pendant que son àme s’ouvrait ainsi aux premières inspirations de la grâce, on observaitchez elle les manifestations d’un tempérament lymphatitpie très accusé.

Elle avait des ophtalmies fréquentes, des eczémas , des glandes engorgées .

C’était le prélude d’accidents plus graves qui allaient éclater pendant son adolescence.

Elle perdit sa mère fort jeune; elle avait à peine dix ans. «Je « me souviens, nous dit-elle, que dans ses derniers instants, avant « d’entrer en agonie, ma mère eut encore la force de demander « que l’on récitât auprès d’elle les litanies de la sainte Vierge.

« Au milieu des litanies, elle s’interrompit un moment pour me « consoler en me disant : Ne pleure pas, mon enfant, je suis « heureuse, je vais voir le bon Dieu et la sainte Vierge.

« Aux dernières invocations, elle expirait avec un grand calme. »

Avant de mourir, sa mère avait demandé à sa sœur de prendre avec elle son enfant.

Quchiucs mois après, Amélie, recueillie par sa tante Augustine Douceliii, était plaeée, à l’àge de onze ans, à l’ouvroir des Sœurs du Sacré-Cœur de Poitiers. C’est là qu’elle lit sa première communion en i88(), dans de grands sentiments de piété. Elle était tellement pénétrée de l’importance de ce grand acte, qu’elle s’évanouit après sa confession générale. Le lendemain, en revenant de la sainte Table, elle eut l’intuition bien nette de sa vocation religieuse; elle crut comprendre que Dieu l’appelait au Sacré-Cœur.

La maladie de 1887 à 1891

C’est à treize ans et demi qu’Ainélie ressent les premières atteintes de son mal. Le pied devient rouge, douloureux. Sa tante, en service chez M^e ViUedon, essaie de lui donner, pendant un an, les premiers soins.

Le mal restait stationnaire. Pensant alors qu’un changement d’air et de régime pourrait avoir une influence salutaire, elle place sa nièce chez Mounier, femme très pieuse, pleine de bonté, qui, autant quelle le put, adoucit pour cette enfant les fatigues du service.

Amélie est restée dix-huit mois chez M»c Mounier. Elle passait, avec sa maîtresse, l’hiver à Poitiers, l’été à Parthenay. A Partlicnay, le D‘‘ Gaillard soignait la jeune fille ; mais, malgré tous les soins, le mal empirait. Amélie se traînait péniblement, tout travail lui devenait impossible ; il fallut se résigner à entrer à l’hôpital le 28 octobre 1890.

Depuis trois mois, du reste, une complication nouvelle et grave était survenue, une tumeur blanche du genou venait compliquer la carie du pied. En entrant chez les hospitalières de Poitiers, la jeune tille dit à sa tante : « Je crois que ma maladie est un appel du bon Dieu ; je m’étais relâchée dans mes pratiques de piété, j’avais besoin d’un avertissement. C’est pour mon bien que le bon Dieu m’éprouve. »

Pendant un an, on met en œuvre tous les traitements usités en

Sœur Amélie CHAGNON, du Sacré-Cœur.

lÆS PLAIES

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pareil cas. C’est d’abord le D'‘ de Laniardière, (pii recomiail l)ien- U)l (pie le mal est incurable, puisqu’il a sa source dans une disposition générale de récononiie, c’est ensuite le I)‘ Dupont qui appliipie des révulsifs, des pointes de leu. Rien n’y fait.

Téos du ])ied suppure toujours, il est carié dans toute son étendue, il conunence à se détacher des parties voisines; en appuyant sur une extrémité, on fait basculer l’autre; il est mobile dans tous les sens. Le D>’ Gaillard nous a dit : « Je l’ai tenu souvent au bout de mes pinces, j’ai été tenté de l’enlever, mais réconlenient assez abondant de sang que je provoquais m’a toujours arrêté, et j’ai préféré laisser faire cette opération à l'Iuipital. »

Ce n’était pas seulement le pied (]ui était malade, c’était aussi le genou; il fallait également traiter la tumeur blanche.

On avait emprisonné le genou, la jambe dans un appareil inamovible, et la jeune lille marchait péniblement avec des béipiilles.

^lais apres quehjues mois de cette immoliilité cpii ne donnait pas de résultat, on enlève l’appareil. La douleur est plus intolérable, tout mouvement impossible, et, avant le pèlerinage, la jeune lille reste trois mois sans ({uitter le lit. Pendant cette longue maladie, on fait des prières, des neuvaines, mais la pensée de la jeune lille est constamment tournée vers Lourdes. C’est là (|u’elle doit guérir, elle en a la certitude.

Elle attend avec impatience le moment du pèlerinage, elle supplie son médecin de suspendre jusque-là toute tentative : <( Il est inutile de faire de nouveaux remèdes, je serais guérie à Lourdes. »

Où a-t-elle puisé celte conliance?

En i88(), elle était venue une première fois avec sa tante, pendant le pèlerinage national: son pied était malade, elle marchait péniblement... elle n’avait obtenu aucune amélioration.

(]e premier essai ne pouvait l’encourager, et cependant elle ne doute pas, elle allirme à tout le monde qu’elle sera guérie.

Au point de vue des probabilités humaines, celte airirmation est une folie. Mais le résultat donnera raison aux anirmalions de celle enfant, et ses pressentiments ne la tromperont pas.

GuiirasoNS de loubdes

l.KS GRANDKS GUERISONS DE I-OURDES

Le pèlerinage. — La guérison.

L’heure du pèlerinage est arrivée. Le 20 août, ou tait un dernier pansement, on lave la plaie, ou met dessus de la vaseline, on change les bandes, les linges; Sœnr jNIarie delà Croix et Sœur Marie de Saint-Augustin (|ui ont la direction de la salle, donnent à la malade les derniers soins. Dans l’après-midi, on la prend sur un matelas pour la déposer sur une cliarrette et la transporter ainsi à la gare.

Amélie annonce tout haut sa guérison ; elle enverra une dépêche pour en donner la nouvelle; elle emporte des bottines neuves qu’elle a fait faire pour les mettre au retour. Des bottines! il y a (]uatre ans qu’elle n’en a pas mis. On la couche dans le wagon sur son matelas. MM. Rigaud et Audibert montent avec elle dans le même compartiment. Pendant la route, Mi"® de Rœderer, M‘«e de la Salinière, plusieurs autres dames qui la connaissent viennent prendre de ses nouvelles, et ne la perdent pas de vue un instant; elles la suivront à l’hôpital, aux piscines.

Ou arrive à Lourdes le 21 août, à neuf heures du matin. Amélie est couchée sur un brancard au sortir du Avagon et portée à la Grotte. C’est dans l’après-midi seulement qu’elle peut aller à la piscine. Elle demande à M>»® de la Salinière de vouloir bien la baigner. Il est trois heures, un vendredi. On défait son pansement: toutes les compresses, les bandes qui entourent sou pied sont traversées par le pus <pii s’est écoulé de la plaie, le bas luimême est taché. Pendant le voyage, la suppuration a été plus abondante.

On dépose sur un drap la jeune ülle qui ne peut s’appuyer sur sa jambe. On la soulève ainsi pour la plonger dans l’eau. Uii saisissement profond s’empare d’elle, elle perd en partie connaissance. Cependant, les douleurs violentes qu’elle ressent dans sa jambe la raniment bientôt; elle répond aux prières ([ue l’on récite ])onr elle, on la reprend pour la retirer. « Mais je ne suis pas guérie, dit-elle, remettez-moi dans l’eau. » On se rend à ses désirs, on la

LES PLAIES

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remet clans la piscine. Scs douleurs sont tout d’abord plus violentes, son genou craipie, il lui semble ([u’uu liquide brûlant s’écoule de son pied; puis, subitement le calme se l’ait.

« Je suis guérie! » dit-elle aux dames qui l’entourent, et aussitôt laissant le drap cpii la soutenait, elle se relève; son regard rencontre une image de la sainte Vierge cpii était en lace d’elle, il s’y lixe longuement, et sa pensée s’élève vers sa bienfaitrice dans un profond sentiment de reconnaissance.

On regarde son pied, il n’y a plus de plaie, mais une cicatrice

Les piscines de Lourdes.

solide. Le genou est revenu à son état normal, plus de gonllement, de douleur; la jeune fille s’appuie facilement dessus.

M“® de la Salinière a bien voulu nous donner des détails très précis sur le moment et le mécanisme de cette guérison.

Nous étions six personnes, nous dit-elle, pour soutenir sur son drap la jeune fille dans l’eau : M"® de Chabot et moi du côté de la tète; jM"!® de Ricard et une autre dame, dont j’oublie le nom, du côté desjpieds. Deux religieuses nous prêtaient leur concours.

T.ES r.RANDES GUERISONS DE LOURDES

Enirc les deux immersions, au moment où nous avions soulevé l’enfant, toujours sur son drap, pour la retirer de l’eau, f apercerais très distinctement sur son pied nu la plaie qui existait toujours. Sur les installées d’Amélie, qui nous disait d’un ton suppliant : « Si vous vouliez me remettre dans l’eau. Je suis siire que je guérirai, » nous redescendîmes les trois marches de la piscine déjà remontées.

Pendant cette seconde immersion, Amélie pria selon son inspiration; et nous, nous suivions ses prières. Au bout d’une minule ou deux, quel ne fut pas notre étonnement de voir la jeune tille sauter hors du drap et marcher en me disant : « Je ne sens plus rien, la sainte Vierge m’a guérie... »

Je me mis immédiatement à genou pour examiner son pied, et je vis très distinctement une surface rose qui paraissait tout fraîchement cicatrisée^ sa forme était celle d’une curette, grande comme une pièce de deux franes, entourée d’un bourrelet saillant, mais le tout bien sain et parfaitement net. Nous regardons le genou, rien, rien, que les traces des pointes de feu.

La guérison s’est faite réellement sous les yeux des six personnes qui entouraient en ce moment la jeune tille.

Amélie se rend aussitôt à la Grotte, qu’on ouvre devant elle. Elle s’agenouille sur ce genou qui la faisait tant soiitTrir; elle reste longtemps à remercier sa Vierge bicn-aimée.

Au bout d’une demi-heure, elle vient au bureau des médecins, portant avec elle les linges tout maculés de pus qui enveloppaient son pied; elle nous montre ses ccrtiticats qui déclarent qu’elle est atteinte de tumeur blanche du genou et d’une plaie avec carie des os.

Nous cherchons vainement la trace de ces lésions. Il n’y a rien au pied, rien au genou; la cicatrice n’a même plus ce bourrelet saillant (jue l’on a constaté au sortir de la piscine. La guérison se continue et se complète à vue d’œil. Elle a été instantanée dans ses parties essentielles. Ce que nous constatons à Lourdes, les médecins de Poitiers vont le constater à leur tour.

Dans un certificat dont on peut souligner tous les termes, le

LES PLAIES

D'‘ Dupont nous dit : « Je donnais depuis plusieurs mois mes soins à M"e Amélie Cliagnon, pour une carie de l’os du pied et une lumeur blanche du genou. J’étais décidé à prali(|uer l’extraction complète de l’os malade et à faire des injections de chlorure de zinc dans les tissus du genou (i).

« La Jeune tille me pria de dillércr ces opérations jusqu’à son retour de Lourdes. La veille de son départ, Je la vis souffrir tellement que Je me demandai comment elle pourrait supporter les fatigues du voyage ; il y avait plusieurs mois qu’elle ne quit tait pas

(1) Cerlipcal du D'^ Dupont. — Je soussigné, Pierre Dupont, docteur en médecine à Poitiers (Vienne), certifie que M’'” Amélie Cliagnon était atteinte:

1° D'une artinite du genou ganclie, de nature scrofulo-tubercnieuse avec gonflement énorme de l’articulation, surtout au niveau des culs-de-sac, sensibilité excessive au toucher, tendance à luxation et développement considéralile de fongosités;

2° D'une carie du deuxième métatarsien gauche avec trajet üstuleux et suppuration osseuse.

Je donnais depuis plusieurs mois déjà mes soins à cette jeune fille. J’avais tout d’abord employé les vésicatoires, puis les pointes de feu profomles, enfin appliqué sur toute la longueur du membre un appareil inamovible que je retirai, il y a un mois et demi environ, sans le moindre résultat. Les douleurs articulaires étaient toujours très vives, l’empâtement persistait et les fongosités semblaient même avoir augmenté.

L’état du pied était le même. J’avais donc décidé, lorsque l’état généial serait amélioré sous l’influence du régime et d’une médication appropriée, de pratiquer l’extracfion complète du deuxième métatarsien et ensuite défaire des injections interstitielles de chlorure de zinc dans les tissus du genou.

Lorsque je prévins cette jeune fille de la nécessité de subir ces diverses opérations, elle me pria de les différer, parce qu’elle était dans l’intention d’aller à Lourdes. Je me conformai tout naturellement à son désir, et, au moment où elle partit, elle ne quittait pas son lit; la suppuration du pied persistait, et l’état du genou était tel que je l’ai décrit plus liant.

1 La veille du départ, je la vis souffrir tellement que j’éprouvai une certaine appréhension et me demandai comment elle pourrait supporter les fatigues difvoÿàgé.:

A son retour, voici les constatations exactes que je fis : le trajet flstuleux qui était d’environ 0“,02 avait disparu. La cicatrisation était complète, nette, solide. Aucune sensibilité à la pression sur les différentes parties de l’articulation.

En foi de quoi, j’ai délivré le présent rapport que je certifie conforme à la vérité.

Poitiers, 30 août 1S91.

Signé: Dcpont.

Le D*' Gaillard résume son impression dans les lignes suivantes:

Je soussigné, Hyacinthe-Joseph Gaillard, docteur en médecine de la Faculté de Paris, habitant la ville de Parihenay (Deux-Sèvres), certifie que M*’” Amélie Chagnon, âgée de dix-sept ans, demeurant à Poitiers, à laquelle j’ai donné mes soins pour une ostrito des os du pied gauebe et une arthrite chronique du genou, est complètement guérie et qu’il ne reste aucune trace de ces deux affections. La plaie dn pied offre une cicatrice solide, et le genou a le même volume que le droit; les mouvements sont libres et normaux dans les deux articulations.

En foi de quoi, je lui ai délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de droit.

Parihenay, 5 septembre 1891.

Signé : D" Gaill.vhd.

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lo lit, A son retour, la lislule du pied était fermée, la eiealrisation était complète, nette, solide. Aueune sensibilité sur le pareours de l’os. Au g'enou, tous les mouvements sont possibles sans douleur. La jeune fille se met à genoux, se relève, marelie sans éprouver la plus légère souffranee. »

Nous avons revu dans ees derniers temps nos eonfrères de Poitiers. Le D‘‘ Gaillard nous a rappelé les tentatives qu’il avait

Pèlerinage du .Mans.

faites pour extraire cet os qui ne paraissait tenir que par quelques fibres.

Le D*" Dupont, en nous répétant les termes si précis de son certificat, nous a dit : « J’ai reçu plus de cent lettres dans lesquelles on me demandait des renseignements sur ce fait. La plupart de ces lettres étaient signées par des confrères. A tous, je répondais : La maladie et la guérison sont indiscutables. Pour les interpréter, il n’est pas nécessaire d’être médecin. Il suflit d’avoir vu la plaie et la tumeur blanche le jour du départ, et quatre jours après

LKS PLAIES

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d’iivoir louelic' ccUc cicatrice solide ({ui remplaçait la ])laie, de n’avoir plus trouvé aucune trace de la luincur blanche.

« Ce <pie j’ai vu, ajoutait-il, toutes les personnes qui vivent dans rentourage de cette enfant l’ont vu comme moi. » Nous avons interrogé les Sœurs de l’hôpital, celles qui, le malin du départ, avaient pansé la plaie ; leurs aflirmalions ont été tout aussi formelles.

Enfin les religieuses qui ont accompagné l’enfant pendant le voyage, les dames (pii faisaient partie du pèlerinage ont observé de plus près encore le moment précis de la guérison.

A son retour de Lourdes, Amélie rentre chez sa tante. Là, pendant trois mois, elle reçoit chaque jour de nombreuses visites, elle montre son pied à toutes les personnes qui viennent la voir.

A la tin de novembre 1891, elle est admise chez les religieuses du Sacré-Cœur comme postulante. Elle y reste jusqu’au mois d’aoùt 1893. Pendant deux ans, sa vie s’écoule sous les yeux des memes témoins, et l’on constate que non seulement tous les accidents passés sont bien effacés, mais (pie sa santé a subi une transfor matibn complète.

Mme (le la Salinière, cpii assistait à la prise d’habit le 8 novembre 1892, nous écrivait : « J’ai assisté au Sacré-Cœur à une touchante cérémonie. Amélie Chagnon, une de nos miraculées de l’année dernière, a pris l’habit.

La sainte Vierge ne fait pas les choses à demi, cette chère enfant respire la santé. »

Une visite au Sacré-Cœur du Mans, le 2 novembre 1893

Depuis le mois d’août, Amélie est au Sacré-Cœur du Mans. C’est là que je suis allé la voir le 2 novembre. J’ai cpielque peine à reconnaitre ma jeune fille de Lourdes. Celle que j’avais vue au sortir des piscines était une jeune fille pâle, amaigrie. Ses plaies étaient cicatrisées, mais les traces de ses longues souffrances étaient mal elTacées.

lÆS (JRANDES tiTTERISONS DE LOURDES

Deux ans sc sonl, écoulés. Amélie a pris de remboiipoiuL, des couleurs, et je me dis comme de la Salinière « que la sainte Mcrge ne lait pas les choses à demi, »

Elle ne m’attendait pas; elle est émue, surprise, intimidée. Mon nom lui rappelle les grands souvenirs du 21 aoiit 1891.

« Ne désirez- vous pas, lui dis-je, revenir à Lourdes?

— Non, c’est contraire désormais à ma vocation, et si j’y revenais, c’est que je serais malade.

Avant de prendre l’habit, la Supérieure de Poitiers m’a oflcrt, en présence de JM. Périvier, vicaire général, de m’y envoyer. J’ai refusé.

— IMais, vous devez un pèlerinage d’actions de grâces?

— Je me suis arrangée pour cela avec la sainte Vierge. JMa tante y est revenue à ma place,

— Avez-vous lu ce qu’on a publié sur votre guérison?

— Non, je n’ai rien lu. J’ignore si l’on a publié quelque chose sur moi.

— Quel est le souvenir qui se présente le plus souvent à votre esprit?

— C’est celui de ce tableau, qui était en face de moi, quand j’étais dans la piscine, et sur lequel mes yeux se sont arrêtés quand je me suis relevée. Je le vois sans cesse devant moi.

— Sentez-vous parfois peser sur vous le poids des grâces que vous avez reçues ?

— Non, je suis heureuse d’avoir pu suivre ma vocation. Je sens bien (piel(|ucfois que le démon n’est pas content, mais que m’importe ? »

La Sœur qui est avec elle, ajoute : notre vocation nous commande la joie extérieure, l’oubli de nous-mème, une générosité sans limites. Nous nous devons à nos élèves. Les questions personnelles ne doivent pas avoir de place parmi nous.

Je prolonge mon interrogatoire ; je mulliplie mes (picstions : je les répète sous vingt formes dilfércnles. J^a religieuse qui assiste à notre entretien trouve que j’abuse, mais Amélie ne témoigne ni lassitude, ni impatience ; c’est lonjours le même calme, la même

LES l'LAlKS

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simplicité. Si je m’arcolc, elle se luit. Si j interroge de nouveau, elle répond d’un mol ; mais elle répond sansjamais se metli'e eu scène. Elle est bien dans l’esprit de sa règle, et chez elle, le côté personnel est absolument ellacé.

C’est une àmc d’une limpidité parfaite, un pur cristal <pi’aucun souille ne peut altérer.

— Avez-vous oublié quelque chose dans vos réponses ?

Les Angevines à Lourdes.

— Non : cependant j’ai oublié de vous dire qu’à quatorze ans j’avais été reçue enfant de Marie, et que, depuis ce jour, j’avais toujours récité le petit office de l’immaculée Conception. C’est le seul point que j’ai omis, et c’est le plus important.

— Que faites-vous dans la Communauté?

— Je suis employée à l’inlirmerie comme auxiliaire. »

Chacune de ces réponses, chaque trait nouveau, fait surgir dans

mon esprit une comparaison qui s’impose. N’avais-je pas devant moi comme la reproduction dans ses grandes lignes delà ligure de Bernadette ?

Li:s (JHANDES GUERISONS DE LOURDES

Coninic Bernadellc, Amélie avait quilté le monde pour conserver le dépôt des giàces qu’elle avait reçues. Mais auparavant elle avait mis au grand jour le earaetère de sa guérison. Elle s’élait prêtée îi tous les interrogatoires ; elle s’y prêlait eneore sans aucune marque de lassitude ou d’ennui.

Comme Bernadetle, elle était attachée à l’inlirmerie, alin que sa vie piit s’écouler sous les yeux des médecins.

Enfin elle ne doit pas revoir la Grotte où sa pensée se reporte sans cesse. Et les lignes ({ue nous écrivons sur elle ne seront jamais mises sous ses yeux.

Au Sacré-Cœur du Mans, comme les Sœurs de Nevers, avee elle, eomme avec Bernadette, on parle peu de Lourdes, jamais de sa guérison. Elle passe inaperçue. C’est une novice que rien ne distingue ; rien ne vient altérer la paix de son àme.

J’ai dii, sans doute, troubler un instant le ealme absolu de sa retraite. J’en ai surpris l’aveu, le seul qui lui soit échappé. A la lin d’une séance où je l’avais retenue plus longtemps, je lui demandai quelle impression mon interrogatoire laissait dans son esprit.

Elle ne répondit pas. Pressée davantage, elle me dit : « J’ai hâte que ce soit fini. »

Bernadette, parfois aussi, avait hâte d’arriver à latin, de retrouver sa solitude, de se soustraire à une mise en scène trop prolongée.

Résumé et conclusions

Quand on rencontre une de ces guérisons, éclatantes comme la lumière, on saisit plus aisément les grandes lignes du plan divin auquel elles correspondent. On suit la trace d’une préparation éloignée. La guérison n’est plus un fait isolé dans l’existence, mais un point culminant vers lequel tout converge. La vie se divise en deux parts :

Dans la première, ou monte, on monte sans cesse vers ce sommet en SC dégageant chacpic jour des liens ipii fixent à la terre;

LES PLAIES

dans la seconde, on s’éloigne Icnleincnt, à regret, de ces cimes, comme éblouis de ces hautes visions ; on rend désormais témoignage des vérités entrevues et des faveurs reçues.

Il eu a été ainsi pour Amélie Chagnon.

Ce grand jour du 21 août 1891 est le point culminant de sa vie. Pendant toute sa jeunesse, elle s’est préparée à l’événement qui devait s’accomplir ce jour-là, préparée par la prière et la souffrance, les grandes voies du ciel. Juscpie-là, un seul sentiment remplit son àme : l’amour de la sainte Vierge. « Je l’aimais, nous dit-elle, par attrait naturel ; c’était un besoin pour moi. » Elle avait reçu cet amour en héritage ; c’est la dernière pensée que sa mère lui a léguée en mourant.

La maladie vient avec l’adolescence, elle l’accepte comme un avertissement du ciel. « Je crois, ma tante, que cette maladie est un appel du bon Dieu ; je m’étais relâchée. »

Elle aurait pu avoir une maladie intérieure ; mais non ! Elle doit servir d’enseignement, il faut que son mal soit visible pour tous. Elle aura une plaie extérieure qui suppurera pendant plusieurs années, une plaie dans laquelle les médecins enfonceront leurs stylets, que tout le monde pourra voir et toucher, comme on pourra voir et toucher la tumeur blanche du genou.

Ce n’est pas dans sa famille qu’elle est soignée, mais dans un hôpital. Là, tous les moyens de contrôle abondent, les médecins opèrent sous les yeux de nombreux témoins.

C’est encore de l’hôpital qu’elle part pour son pèlerinage, accompagnée des religieuses, des dames qui l’ont visitée pendant sa maladie et qui l’accompagneront jusque dans la piscine, qui enlèveront son pansement fait de la veille, toucheront sa plaie et la verront en quelques secondes disparaître complètement, en laissant une empreinte qui n’est plus que la trace et le témoignage du mal disparu.

Immédiatement au sortir des piscines, les médecins qui se trouvent à Lourdes constatent le caractère de cette cicatrice qui n’a que quelques instants de durée et qui a la solidité et l’aspect d’une cicatrice ancienne.

A Poitiers, les médecins de la jeune lîlle sonl renversés par ces changements si subits,

Amélie reste trois mois chez sa tante, près de deux ans comme aspirante ou novice au Sacré-Cœur, Elle revoit les religieuses qui l’ont soignée, toutes les personnes qui l’ont connue, des curieux en grand nombre, elle répète à chaque instant du jour le récit de sa guérison,

M'"o de la Salinière nous écrit : Au mois de septembre, quelques jours après le pèlerinage, Amélie vint me voir. J’examinai son pied, la plaie n’était plus rose, mais de couleur naturelle, elle présentait l’aspect d’une ancienne cicatrice, le bourrelet avait disparu,

La jeune fille fit avec nous des courses à pied de plus de quatre kilomètres, rien ne la fatiguait,,.

Parmi les guérisons si nombreuses que nous observons à Lourdes, il en est chaque année quelques-unes qui semblent jeter un éclat plus vif, et marquer d’un sillon plus lumineux la voie que nous parcourons. Plus on les étudie, plus on les creuse, plus faction providentielle devient évidente.

Elles sont souvent le point de départ de conversions signalées. Savez-vous, disais-je à Amélie, si c[uelques personnes ont été ramenées vers Dieu par votre guérison ?

« On m’a dit qu’un médecin, venu à Lourdes en incrédule, s’était converti. Je l’ai vu pendant mon pèlerinage constamment autour de moi, m’examinant, m’interrogeant, profondément intéressé par tous les détails que je lui donnais, » Les nombreuses lettres que les médecins de Poitiers ont reçues de leurs confrères témoignent d’une préoccupation qui a dû porter ses fruits.

C’est nous, du reste, médecins, que les fails de cette nature doivent impressionner davantage. Les mots de carie ou de tumeur blanche peuvent ne réveiller dans l’esjirit du public que des notions confuses, mais nous savons que ni le génie de l’homme, ni toutes les forces de la nature ne peuvent ellaccr en un instant de semblables lésions.

Cette guérison nous réserve encore une leçon plus haute. Le temps a consacré tous ces résultats. Depuis deux ans et plus, il

LES PLAIES

n’y a pas eu de rocliulc. On peut donc, en écrivant l’Iiistoirc dc ccHc jeune lille, clablir qu’il y eut un Jour, une heure dans sa vie où elle a vu s’opérer en elle un changement complet.

Non seulement ces aecidents extérieurs, manifeslation d’une diathèse profonde, qui imprégnait son économie, ont disparu: mais il s’est fait en elle une sorle de rénovation qui l’a mise pour jamais à l’abri des atteintes passées.

Ces résultats ne sont pas à notre portée. Nous sommes directement visés par ces enseignements. Vainement nous chercherions à nous dérober, nous sommes atteints.

Il y a trente ans, combien étions-nous de médecins à nous incliner devant les guérisons de Lourdes? Combien sommes-nous aujourd’hui? Il se fait chaque jour des brèehes plus profondes dans les rangs des irréconciliables; (juand la raison est touchée, le cœur ne tarde pas à suivre.

lÆS GHANDES GülilUSONS DK KOUHDEft

MARIE LEMARCIIAND (Élise Rouquet de Zola)

Guérison d’un lupus

Marie Lemarchancl arrivait le 21 août 1892, avec un lupus qui couvrait toute la joue droite, les lèvres, une partie de la bouche.

Elle avait, de plus, dans les poumons, des signes certains de tubercules. Son médecin, le D^^La Nëele, de Caen, nous disait qu’il considérait celte malade comme absolument incurable. L’aspect repoussant de iNIarie Lemarchand devait tenter la plume du romancier qui se trouvait en ce moment à Lourdes et lui olfrir un thème à développement facile. 11 nous la montre dans le wagon du départ « avec son lupus qui avait envahi le nez et la bouche ; une ulcération lente s’étalant sans cesse sous les croûtes et dévorant les muqueuses; la tète, allongée en museau de chien, avec ses cheveux rudes et ses gros yeux ronds, elle était devenue atfreuse. Les cartilages du nez se trouvaient presque mangés; la bouche s’était rétractée, tirée à gauche par l’enilure de la lèvre supérieure, pareille à une lente oblique immonde et sans forme. Une sueur de sang, mêlée à du pus, coulait de l’horrible plaie livide...

« En regardant Elise Roiupiet glisser avec précaution les petits morceaux de pain dans le trou saignant qui lui servait de bouche, tout le wagon avait blêmi devant rabominable apparition... » Un

LKS PLAIES

peu plus loin : « Élise Rouquet eu train de boire avee sa tôle de eliien, au museau ronj^é, qui tendait la lente obliipie de sa plaie, la lang'ue sortie et lapant. Les brocs et les bidons hésitaient à s’emplir à cette fontaine où elle avait bu... En la voyant, une même pensée montait de toutes ees âmes gonllées d’espérance : Ali ! A’iergc sainte! Vierge toute-puissante! (piel miracle si un pareil mal guérissait ! »

Le tableau, on le voit, est foncé en couleurs; mais le nœud du ' problème n’est pas là. Marie Lemarchand est partie de Lourdes parfaitement guérie. Comment peut-on interpréter cette guérison?

]M. Zola nous décrit l’entrée de la malade dans le Bureau des constatations. « Élise Rouquet parut avec sa face de monstre, (pi’elle étala en ôtant son liclm. Depuis le matin, elle se lotionnait avec des linges à la fontaine. Il lui semblait bien, disait-elle, que sa plaie, si avivée, commençait à sécher et à pâlir. C'était vrai. L’aspect en était moins horrible... Le lendemain, le cas d’Elise Roiujuet devint plus intéressant encore ; il était visible que le lupus, dont la plaie lui mangeait la face, s’était amendé. Elle continuait les lotions à la fontaine miraculeuse; elle sortait justement du Bureau des constatations, où l’on avait examiné cette plaie, pâlie déjà, un peu séchée, qui était loin d’être guérie, mais où commençait tout un travail sourd de guérison... »

Il y a, dans cette dernière partie de son récit, une double erreur sur le mode de la guérison et sur sa durée.

Marie Lemarchand a été guérie, non pas à la fontaine, mais dans la piscine ; non pas progressivement, mais instantanément. Sa guérison n’a pas été incomplète, mais absolue. Voilà le récit réel de cette dernière pliase. Le d’IIombres, qui a été le témoin de la guérison de cette jeune fille, en a consigné tous les «lélails dans une déposition écrite.

« Je me souviens très bien, dit-il, d’avoir vu ]Marie Lemarchand devant les piscines, attendant son tour pour prendre son bain. Je fus frappé de son aspect, particulièrement repoussant. Les deux joues, la partie inférieure du nez, la lèvre supérieure étaient recouvertes d’un ulcère de nature tuberculeuse et sécrétant un pus

1,ES GRANDES GUICRISONS DE l>OURDES

1res ahondîinl. Au sortir de la piscine, je me rendis immédiatement à riiùpital, auprès de eetle femme. Je la reeonnus fort bien, quoi(]ue l’aspect de son visage fût entièrement changé. Au lieu de la j)laie hideuse que je venais de voir, je trouvai une surface encore rouge, à la vérité, mais sèche et comme recouverte d’un épiderme de nouvelle formation. Les linges qui avaient servi au pansement.

A peine M. Zola a-t-il mis le pied sur le quai de Lourdes qu’il se prête à toutes les interviews et toutes les publicités.

avant son entrée dans la piscine, étaient à côté d’elle et tout maculés de pus.

« Cette pauvre inlirme avait aussi, avant le bain, une plaie de meme nature à une jambe, et cette plaie, comme celle du visage, avait été séchée dans la piscine.

« Je vous avoue en toute sincérité, ajoute le D‘ d’Hombres, que je fus très vivement impressionné par ce changement si subit, déterminé par une simple immersion dans l’eau froide, étant donné, comme vous le savez, (pie le lupus est une alfection très rebelle à toute espèce de médication. »

LES PLAIES

laç)

Marie Lemarcliand était arrivée à Lourdes le 20 aoCit; elle lut guérie iiistaiitanémeut dans la piscine le 21, et le d’IIoinbrcs raccompagnait quand elle vint au bureau des médecins faire constater sa guérison. Notre bureau était encombré, en ce moment, de médecins, de littérateurs, de journalistes. La peau du visage de Marie Lemarcliand était rouge et luisante; son épiderme de nouvelle formation accusait une cicatrice récente. Ce n’était pas encore un teint de lis et de rose.

INIais, des le premier instant, toute trace de suppuration, de plaie avait entièrement disparu.

Dans ce récit, disons-nous, M. Zola a commis une double erreur matérielle, une double erreur voulue et bien cherchée. Il désirait rattraper la théorie de Charcot sur la guérison des maladies nerveuses.

Trois fois, dans le cours de son ouvrage, il revient sur cette

théorie, en parlant de INIaric Lemarcliand {Elise Rouquet). « On arrive, dit-il, à prouver que la foi qui guérit, peut parfaitement guérir les plaies, certains faux lupus entre autres, etc. » Charcot, plus avisé, n’aurait pas cédé à cette tentation. Il aurait parfaitement compris que, dans quelques instants ou quehpies heures, un lupus de cette étendue, qui comprenait presque toute l’épaisseur de la joue, ne pouvait se cicatriser.

Cliarcot, pour étayer sa « foi qui guérit », nous a liien cité un exemple de plaie nerveuse, mais il est allé le chercher à cent soixante-quinze ans de date, alin que personnne n’eùt envie de le contrôler. Comme il n’était pas romancier, il nous a dit que cette plaie nerveuse avait mis vingt jours à se cicatriser ; instantanéité relative. Charcot a surtout trouvé un mot : la foi qui guérit {faithhealing), et pour les gens cpii se payent de mots, la foi qui guérit consacrera longtemps une thèse fausse.

V EUVE PÉCANTET, DE Bagnères Guérison d’un lupus

Nous devons à M. l’abbé Menvielle le récit suivant :

« A la rue Longue de Bagnères, au n« 57, dans une modeste

Avant la guérison.

chambre, habite la veuve Pécantet, âgée de quarante-quatre ans, et mère de quatre enfants.

Malade depuis longtemps, cette pauvre femme est demeurée clouée sur son lit pendant plusieurs années. Après de longues souffrances, il lui sembla que son mal s’atténuait; elle put se lever, elle put incinc sortir. Mais ce u’était qu’uu moment de réj)it : le mal reparaissait bientôt atfreux, épouvantable et sous une forme

LES PLAIES

nouvelle. Un lupus se déelarait à la lèvre, gagnait de jour en jour du terrain, et bientôt allait oceuper toute la partie inférieure du visage. Une végétation noirâtre, hérissée eoinine un buisson d’épines, armait tout le devant do sa bouelie : e’était horrible à

voir.

Après la guérison.

Huit mois s’étaient écoulés. Le mal était soigné d’après les lois de la science par un praticien intelligent.

Toutefois, le mal résistait à tous les traitements et il continuait à faire des progrès.

Cependant le troisième üls de la veuve Pécantet se préparait à faire la première communion. Le temps approchait; on touchait déjà à Pâques. La pauvre femme pensait à ce jour, SC disant que quelque chose manquerait au bonheur de son fils si elle ne pouvait pas l’accompagner à la sainte Table. Or, comment s’y présenter dans cet état? Jamais elle n’oserait se produire en public, un tel jour, avec son iiilirmité. Elle supportait bien son malheur en patience; mais l’allliction devait en être pour elle seule : elle ne se

croyait pas permis d’aller troubler, par un voisinage désagréable, la joie soit des enfants, soit des parents.

Alors elle eut une pensée : « Je ferai une neuvaine, se dit-elle, j’irai à Lourdes. » Elle associe ses enfants à scs prières pendant ciuatre jours; puis elle part sans compagnie, sans secours, sans argent, avec une lettre seulement de recommandation pour l’hospice Saint-Frai.

Arrivée à Lourdes exténuée, souffrante, elle n’a qu’une pensée : aller à la Grotte, qu’un désir : se laver à la fontaine merveilleuse, qu’un besoin : celui de prier la sainte Vierge.

Elle y va comme elle peut, malgré tou tes les instances des Sœurs de Saint-Frai qui voient sa faiblesse, se traîne plutôt qu’elle ne marche, défaille eu route plusieurs fois, mais finit par arriver.

Il était tard, et les hospitalières allaient fermer les piscines. Il valait mieux attendre jusqu’au lendemain. Et puis, de quoi souf-

frail-elle? N’avait-cllc pas quckpic cerliücat conslalant sa maladie?

Le eei lilieat, la pauvre l'emme l’avait bien sur elle-même ; mais elle n’osait le montrer : depuis longtemps, elle portait un bandeau devant la ligure, pour n’en inlliger à personne la vue répugnante.

La femme done insiste, déeouvre son mal et montre, pour ainsi di re, ses droits à user de l’eau merveilleuse. D’abord, l’hospitalière reeule d’horreur. jNIais se reprenant pour ne pas allliger la malade, elle s’intéresse ensuite à elle, lui lave la plaie, mais ne l’autorise point à se plonger dans la piscine, à cause de son état de faiblesse.

La guérison n’eut pas lieu sur une simple lotion. Ce ne fut pas Xecoiip de foudre. INIais, pour se faire attendre, l’effet ne devait pas moins se produire, et il serait concluant.

Pendant les derniers jours de sa neuvainc, la malade revint se laver, toujours avec la même foi et la même conliance.

La pauvre femme ne tarda pas à être comblée dans son espérance. Elle vit tomber un à un les ulcères de sa figure. A la fin de la neuvaine, la plaie était guérie. Les excroissances morbides avaient disparu: la lèvre était dégonflée et la peau avait repris sa couleur naturelle.

Dans la joie de la guérison, la pauvre femme brûlait de se retrouver au milieu de ses enfants et de les associer aux remerciements qu’elle adressait, dans son cœur, à la Vierge de Lourdes, comme elle les avait associés à scs prières.

Quoique les hospitalières voulussent la retenir encore, elle part et rentre à Bagnères.

Je n’essaierai pas de peindre la joie de toute cette famille où l’on était anxieux depuis le départ et où, sans être prévenu, on voit appai'aitre guérie celle qu’on attendait avec impatience. Que de boidieur il y eut, ce jour-là, dans cette modeste cliambre de la rue Longue, et pour les enfants, et pour la mère. Pour sûr, les embrassements y furent mêlés de larmes. Mais ces larmes étaient douces : on y pleura de joie.

Cependant, après quelques jours, il y eut une reprise et le mal sembla de nouveau reparaître.

LES PLAIES

Ce fut un avertissement pour la veuve Péeantct. Elle comprit qu’elle avait voulu tenter le ciel, en ne lui laissant pas le temps de faire son œuvre. Elle reprit le chemin de la Grotte, et là recommença ses lotions avec ses prières.

Après ce second pèlerinage, elle est rentrée chez elle.

£m!)arqaeinent des malades.

mais bien guérie cette fois. Elle arrivait juste assez tôt pour assister à la première communion de son fils. Celui-ci accomplissait ce grand acte, le 29 mai, dans la chapelle des Frères. Sa mère l’accompagnait à la sainte Table, sans que son voisinage dût gêner personne, et tous deux jouissaient secrètement des faveurs dont le ciel s’était plu à combler leur pauvre famille.

La veuve Pécantet a repris les soins de son ménage. Une photographie, prise avant son départ pour Lourdes, montre bien ce qu’était alors sa figure.

UK- Ü(-

Voici le résumé des observations faites à Lourdes sur la maladie et la guérison par le D‘’ Cox :

« M'n® veuve Antoinette Pécantet s’est présentée, le i3 juin 1895, au Bureau des constatations. D’après le certificat du Gandy, de Bagnères, elle était complètement guérie d’une affection bulleuse ressemblant au lupus, qui occupait toute la lèvre inférieure, donnait à la face un aspect repoussant et avait résisté durant six mois à tous les traitements.

« Cette femme présenta la photographie qui avait été faite antérieurement au voyage à Lourdes, par le D'^Lafforgue, de Bagnères, médecin ordinaire de la malade, qui a bien voulu se porter garant de la guérison, dans une note écrite au bas de la carte, le ly mai 1895.

« Chargé par le Bureau des constatations, en l’absence du D‘ Boissarie, j’ai pu constater moi-mème la guérison de cette personne que j’avais vue souvent durant son séjour à Lourdes.

« L'enflure était considérable; la lèvre ulcérée et tuméfiée était couverte de croûtes; il en découlait un liquide qui produisait de la rougeur sur les parties environnantes; la plaie saignait fréquemment ; la malade, qui avait beaucoup de peine à ouvrir la bouche, ne pouvait se nourrir que de liquides qu’elle suçait au moyen d’un tube. Cet état se maintint, malgré les traitements suivis, jusqu’au mercredi saint, jour où M™® Pécantet arriva à Lourdes. Elle commença dès lors à laver la lèvre avee l’eau de la Grotte. Je la vis à cette époque et pus constater que le mal avait tous les caractères du lupus. Elle continua les lotions jusqu’à son départ, survenu le premier dimanche après Pâques.

« J’eus le plaisir de constater ce jour-là une amélioration marquée dans son état. L’enllure avait beaucoup diminué, la lèvre ne présentait aucune trace d’ulcération extérieure; elle avait repris, à peu près, sa forme naturelle. La mauvaise odeur et les douleurs

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