‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 21 sur 88 · I.ES PLAIES · texte numérisé non relu

I.ES PLAIES

avaient disparu. Les ganglions sous-maxillaires étaient encore tuméüés et douloureux.

« L’amélioration avait commencé, le jour de Pâques, par le détachement et la chute des croûtes qui couvraient la lèvre. Mme Pécantet m’alïîrma n’avoir employé d’autre traitement que les lotions à l’eau de la Grotte.

L’amélioration fut graduelle, mais continue, et lorsque M>ne Pécantet retourna à Bagnères, pour assister à la première communion de son tils, il ne lui restait plus qu’une petite plaque d’ulcération.

« Aujourd’hui, la lèvre parait complètement guérie d’une affection qui a résisté pendant six mois à toutes les ressources de la médecine et a cédé à de simples lotions d’eau de Lourdes. »

CLÉ3IENTINE TROUVÉ

Plaie et carie du talon instantanément cicatrisée

Clémentine Trouvé était arrivée à Lourdes avec une carie des os du talon, qui datait de trois ans; le pied à ce niveau était gonflé, déformé, et plusieurs fistules donnaient issue à une suppuration continuelle.

Son médecin, le D>' Cibiel, lui avait donné un certificat attestant qu’elle était atteinte d’ostéopériostite ayant résisté au traitement par l’incision et les injections; le docteur ajoutait que cette maladie n’était justiciable que d’une opération radicale ou d’un traitement à longue échéance, ayant pour base l’antisepsie locale et l’emploi des toniques généreux.

Le jer septembre, huit jours après le pèlerinage de Lourdes, le même médecin délivrait un second certificat ainsi conçu :

Je soussigné, certifie que Clémentine Trouvé, de Rouillé, qui était atteinte de fistule plantaire d’origine périostéo-tuberculeuse, se trouve actuellement

guérie, cl ne présente d’aulres traces de son ancienne alTeclion que des stigmates cicatriciels et un développement un peu plus considérable de la région plantaire, certilie, en outre, que la ]3ression exercée à ce niveau n’est pas douloureuse et que la petite lille se porte très aisément sur son pied malade.

Lusignan, t" septomlire 1891.

])'■ ClUlEL.

Dans un langage plus énergique et plus concis, le D^' Cibiel résumait son impression au curé de Rouillé en lui disant : Que ce soit le bon Dieu ou le diable qui ait guéri cette enfant, ça m'est égal; mais la vérité est quelle est guérie.

En traduisant ainsi sa pensée, il nous montrait que son témoignage ne pouvait être suspect de partialité en faveur des guérisons surnaturelles.

Clémentine Trouvé était partie de Rouillé le i8 août pour venir à Poitiers rejoindre le pèlerinage national: elle s’était munie d’une provision de linge pour panser sa plaie qui suppurait constamment; le voyage avait rendu la suppuration plus abondante, et elle craignait de manquer de linge au dernier moment. Aussi disait-elle dans son langage naïf : « La sainte Vierge a été bien bonne de me guérir le premier Jour ; carie lendemain ma provision allait être épuisée. »

Gomme Amélie Cliagnon, elle avait plongé dans la piscine son pied tout enveloppé dans ses compresses et le pansement était resté au fond de la piscine. C’est là qu’en quelques secondes, une cicatrisation instantanée et complète s’était opérée.

Clémentine ({ui depuis trois ans ne marchait que péniblement appuyée sur un bâton et le pied nu, avait laissé son bâton à la Grotte et avait pu chausser des bottines neuves c]u’une dame du pèlerinage lui avait achetées. A la vue de ses bottines, elle ne se contenait pas de joie et sautait gaiement en remontant les marches de l’hôpital.

Quclipics jours après sa rentrée chez elle, elle écrivait à la directrice de sa salle : « Madame, vous ne pouvez vous tigurer la joie de mes parents et l'étonnement de tout le monde de Rouillé, de me voir revenir sans bâton. Mon pied va de mieux eu

LES PLAIES

mieux, et dans qucl(|ucs jours la cicalrice ne parai Ira même plus. »

Peudaut cpie Zola était dans notre bureau, Cb'inentine Irouvé (Sophie Couteau) lit son entrée. C’était la plaie demandée.

Zola fut un moment déconcerté ; « Mais c’est du miracle que vous me montrez, me dit-il. Je regrette de ne pas voir ici, a coté de vous, (|uel([ues professeurs de l’Ecole de Paris. — Je le regrette comme vous, lui dis-je, notre porte leur serait largement ouverte. »

Reprenant aussitôt son programme :

« Avait-on vu cette plaie avant la guérison ? Mais il est certain (pic le médecin qui la soignait depuis trois ans l’avait vue, que les parents, les voisins, les religieuses f[ui avaient pansé son pied au moment du départ l’avaient vue. « C’est égal, me dit-il, puisque vous ne l’avez pas constatée avant, vous me ferez voir autre chose. »

Zola a voulu se débarrasser de cette guérison (pii le gênait; il joue avec cette enfant, qui est vraimenttri's intéressante; il essaye d’une façon trop visible de détourner l’attention de sa plaie. Dans son ouvrage, Clémentine fait son entrée dans le train blanc, à Poitiers, sous le nom de Sophie Couteau. Il lui fait répéter, comme une leçon apprise, le récit de sa guérison.

(( Evidemment, dit-il, elle avait déjà l’habitude du public, elle soulignait le mot d’un elfet sur, elle en riait d’avance, certaine qu’elle allait fort égayer son entourage. » Il met dans la bouche de l’enfant toute son histoire, qu’il a copiée dans les Annales de Lourdes.

J’avais proposé à M. Zola d'éliidier ee fait, de mettre sous ses yeux tous les témoignages, de faire la lumière la plus complète autour de cette guérison. Il n’a pas voulu. Il s’est dérobé.

LKS GHANDES GUERISOINS DE LOURDES

Il parle d’une g-uérison lenle, progressive; ce n’est pas sérieux.

Le i8 août, nous l’avons dit, Clémentine quitte Rouillé; on panse son pied, on constate la plaie. Le lendemain 19, à Poitiers, on renouvelle le pansement. Elle arrive à Lourdes le 20. Pendant le voyage, la suppuration a beaucoup augmenté, comme le constate M'«e la comtesse de Rœderer. Le 21, guérison instantanée dans la piscine; elle vient au bureau des médecins. La cicatrisation est complète; et cependant, l’enfant porte avec elle son bandage qui était tombé dans l’eau, complètement taché de pus.

Que nous parle-t-on de faux diagnostic? Une plaie peut être constatée par tout le monde, et vous savez que le médecin enfonçait ses stylets dans les fistules et arrivait jusqu’à l’os. Vous nous dites étourdiment à ce propos : « Il y a autant de surnaturel dans la guérison instantanée d’une égratignure que dans celle d’une plaie profonde ! »

A l’hôpital, il fait jouer Clémentine à la poupée; il n’est plus question de sa guérison.

En présence d’un fait aussi évident, alors que Zola se dérobe, refuse toute enquête, il ose discuter nos moyens de contrôle et nous tracer tout un programme d’étude.

Il termine son discours par ces paroles absolument ridicules : « Si j’avais une source qui refermât les plaies, je voudrais bouleverser le monde. J’appellerais les peuples, et les peuples viendraient. Je ferais constater les miracles avec une telle évidence que je serais le maitre de la terre. La terre entière verrait et croirait! »

Pendant son interrogatoire, Clémentine prononça ces paroles bien simples et bien vraies : « Quand je suis partie pour Lourdes, on disait autour de moi, surtout parmi les protestants :

« Va, tu peux partir, aller en pèlerinage, tu reviendras comme toutes celles qui y sont allées. » Et on me nommait une jeune fille du voisinage qui n’avait pas été guérie l’année précédente. Au retour, on disait, en voyant que je marchais sans béquilles et que j’étais guérie ; « Elle n’a jamais été malade! »

C’est bien, en effet, dans ce dilemme que se débat l’incrédulité.

LES PLAIES

AlTirnier au départ qu’ou ne guérira pas. Au retour, allirmer encore plus fort qu’on n’était pas malade.

Le récit du passage de Gléinentiue dans le bureau, raconté par Pierre l’Ermite, est autrement vrai et saisissant que dans le roman de Zola.

« Tout à coup, un mouvement se produit dans la salle, c’est une première malade qui arrive.

« Pauvre petite! du fond du cœur je la plaignais un peu. Toute jeune, quatorze ans à peine, de grands yeux bleus; la ligure ouverte et intelligente sous scs cheveux blonds qui s’obstinaient à mettre un nimbe d’or autour de son petit capulet blanc de paysanne.

« Elle s’appelle Clémentine Trouvé.

« Elle explique son cas, que l’oii connaît déjà ; mais l’assistance tient à l’entendre parler. Alors, d’une A^oix émue, elle raconte son histoire.

« Son lalon était complètement carié; elle ne pouvait plus marcher. Elle avoue naïvement les regards d’envie qu’elle jetait sur ses compagnes plus favorisées, et la prière ardente qu’elle adressait à la sainte Vierge, atîn qu’un jour elle aussi put mettre ses bottines pour aller à la messe.

« La plaie suppurait tellement pendant le voyage qu’elle avait épuisé tout le linge emporté en partant.

« Elle montre son pied parfaitement sain, et tous les médecins se penchent pour constater la disparition totale de la plaie. A peine une petite nuance rosée, une légère dépression indique l’endroit où fut le mal.

« M. Zola, présent à la consultation, mordille le bout de son gant, signe, chez lui, d’une grande tension d’esprit. La jeune tille a hâte de s’en aller. On le lui permet enlin; vivement elle remet son bas et sa bottine, et part comme un oiseau, impatiente d’échapper à tous ces yeux qui ne perdent pas un seul de ses mouvements. »

T.ES GHAIN'DES GUKIUSONS DE LOURDES

3IA1UE BRIFFAUÏ

DE MONT-SAINT-LÉGER, ARRONDISSEMENT DE GRAY (iIAUTE-SAONE)

Coxalgie avec plaie profonde au niveau de la hanche

Marie BriiTaut nous a fait elle-même le récit de sa maladie. Récit écrit sans art, souvent avec incorrection, mais tal)leaii lidèlc de SCS soiiirrances, de ses souvenirs personnels.

Seule, elle pouvait nous initier à tous les détails de ce drame douloureux, qui s’est déroulé pendant cinq ans, du 6 aoid i88S au i^'i’ septembre i8()3.

Elle nous fait comprendre dans un langage accessible à tous, la nature, la gravité de son mal; nous décrit les circonstances ]>articulièrement émouvantes de son départ pour Lourdes, ses impressions lorsqu’on la met dans cette caisse, véritable tombeau. Elle nous dévoile sou état d’àme avant d’entrer dans la piscine, ses hésitations, ses craintes, son évanouissement passager dans l’eau. Elle nous dit ce qu’elle a soufïert d’être enfermée de nouveau dans la caisse, alors qu’elle se sentait guérie. Sur le passage du Saint-Sacrement, on la retient à grand’peine, elle voulait se lever, se prosterner.

En écrivant sa propre histoire, elle l’éelairc de lueurs vives et bien personnelles. Il faut avoir vécu au milieu de ces douleurs, ressenti toutes ces émotions pour les traduire avec cette exactitude. Eu lisant cette narration si limpide, si vraie, tous les doutes et toutes les objections doivent s’évanouir, même dans les esprits les plus réfractaires à ces enseignemeuts.

J’ai vu arriver à Lourdes cette jeune lillc dans une caisse: cette caisse est encore à l’hôpital, où tout le monde peut lavoir.

C’est un vrai cercueil, une caisse en bois blanc rectangulaire.

LES PLAIES

La malade que l’on avait enlermée là-dedans inspirait à tous la compassion; d’horribles soullranccs lui arrachaient des plaintes continuelles.

Marie Briiraut était couchée depuis quatre ans dans les appareils et ne quittait pas le lit, atteinte d’une coxalgie suppurée. avec carie profonde de l’os; ses soulfrances étaient intolérables.

Par la plaie qui s’était formée autour de l’articulation, il était sorti une grande quantité de fragments d’os nécrosés; tout autour, un gonflement énorme s’était produit, gonllement qui remontait dans le liane et descendait dans toute la jambe. Les douleurs étaient si vives que la malade ne permettait plus que de loin en loin qu’on lui lavât sa plaie. La suppuration qui n’était pas étanchée lui empoisonnait le sang.

« Pendant deux ans, dit-elle, j’avais la langue noire, la bouche sèche, et je vomissais tout ee que je buvais, car je ne prenais aucune nourriture solide. Un jour, on voulut me changer de linge, mon dos et ma jambe étaient collés après la gouttière, il fallut m’arracher la peau pour me soulever ; j’étais tout en sang.

« Au mois de mai 1892, mon grand-père allait mourir, il m’appelait pour me voir une dernière fois. Je voulus essayer de m’asseoir pour l’apercevoir par la porte entr’ouverte dans la chambre d’en face, jamais je n’ai pu le faire.

« Les médecins cessèrent peu à peu leurs visites. Ils avaient déclaré que je ne guérirais pas et que la mort ne tarderaitpas à venir. »

Marie Brillant s’est préparée pendant un an à son pèlerinage, offrant ses souflrances et ses prières dans ce but.

Marie Brilfaut.

lÆS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

« Une quinzaine de jours avant le départ, voyant qu’il était impossible de me transporter dans ma gouttière, on me fit faire eette caisse. La première fois que j’y entrai^ j’eus bien peur, je me figurais être dans un cercueil, et l’on disait autour de moi qu’elle me servirait pour cet usage avant d’arriver à Lourdes ou pour en revenir,

« Au moment du départ, j’entendais de ma fenêtre tous les voisins qui disaient : « Elle est folle de partir, elle mourra en route. »

« Le voyage si long (1,200 kilomètres) fut affreusement pénible ; mes souffrances étaient horribles, je me détournais pour cacher mes larmes, et j’étais obligée de soulever ma couverture^ ne pouvant supporter qu’elle me touchât la jambe. »

Ni le premier bain dans la piscine, ni la procession qu’elle rencontre sur son chemin n’ont d’influence sur son état. Le lendemain, on la porte une seconde fois dans la piscine,

« On me soulève avec des bandes, pour me mettre sur un drap et me descendre dans l’eau. On n’osait pas me toucher.

« Ce que j’ai souffert en ce moment est indicible. Il me semblait que ma jambe se disloquait.

« A peine dans l’eau, je ne bouge plus. Les douleurs cessent. Ma jambe n’est plus lourde; il me semble qu’on m’a enlevé un poids énorme qui m’écrasait,

« On me dépose sur la pierre, je reste là immobile, les yeux à demi fermés, on me croit morte.

« Mais aussitôt : « Je suis guérie ! » dis-je aux dames qui m’assistaient.

« Les baigneuses relèvent mon peignoir, me mettent debout, m’examinent.

« Plus de plaie; la jambe n’est plus noire, plus enflée, on la touche sans provoquer aucune douleur... J’étais guérie !

« Les dames décident de taire ma guérison. Je suis trop faible, disent-elles, la foule voudrait me voir, je pourrais m’évanouir. On me remet dans ma caisse, on me porte à la Grotte, à la procession. Là, je me suis redressée dans ma caisse, j’ai voulu me précipiter devant le Saint-Sacrement. On m’a retenue, je n’étais pas habillée.

LES PLAIES

Depuis long’temps, je ne portais plus de vêtement. A l’hôpital, la sœur de M. le curé m’a prêté une jupe et j’ai fait mes premiers pas appuyée sur les brancardiers. J’étais bien guérie, mais je ne savais plus marcher.

« Je ne pouvais m’habituer à ne plus souffrir et je pensais : « Si c’était un médecin qui m’eCit guérie, je le payerais, je serais quitte, mais comment m’acquitter envers la sainte Vierge? »

Nous avons observé, pendant la meme année, douze guérisons de coxalgie. Toutes les variétés se trouvent réunies dans ces exemples.

La Croix du Nord a raconté la guérison de Valentine Rousseau, atteinte d’une coxalgie et guérie subitement à Lourdes, au mois de septembre. Ce fait a été l’occasion d’une polémique très vive soulevée par le Progrès du Nord et continuée par la Lanterne.

On reprenait la thèse de la coxalgie nerveuse et de la suggeslion. Cette malade, disait le Progrès du Nord, appartient à cette série de scrofuleux, accessible à l’influence morale et préparée aux violentes réactions.

Je répondis dans le journal de Lourdes : Pourtpioi s’arrêter à des laits douteux? Vous ditesque Yalenline Rousseau avait une coxalgie nerveuse. La chose n’est pas prouvée, mais je vous l’accorde. Laissons de côté cette guérison et prenons celle de Marie Briiraut. Je vous délie, avec cet exemple, de parler de suggestion et de nerfs, d’cxpli(|ucr ce lait par aucune théorie scienlilique.

]\Ion déli ne fut pas relevé. On fut cependant interviewer M"e Rrif. faut : on voulut essayer de trouver quelques lacunes dans son ol)servation.

Cette jeune lille nous écrivait, le G octobre dernier :

« Je tiens, Monsieur le docteur, à vous faire part d’une visite qui m’a beaucoup ennuyée et bouleversée. Samedi, 29 septembre, j’ai reçu la visite d’un étranger qui m’a demandé comment j’avais été guérie. « C’est la sainte Vierge, lui-jc, qui m’a guérie. » Il a ri, il voulait me faire avouer que l’on m’avait assurée d’avance de ma guérison et qu’alors une fois à Lourdes, il était convenu que je devais me lever. Il appelle cela de la suggestion.

« Il m’a présenté un livre de Zola, je n’ai pas voulu le lire, alors il s’est fâché, il a prononcé des paroles grossières contre Lourdes et les prêtres et m’a dit qu’on m’avait fait la leçon. Il m’a tellement épouvantée que je tremblais de tous mes membres. Il s’est aperçu de mon trouble et, d’un ton radouci, m’a offert de l’argent si je voulais avouer que c’était par suggestion que j’avais été guérie.

« Je n’ai pas voulu; il s’est de nouveau fâché et m’a dit qu’il essayerait d’expli(|uer mon cas de guérison qui, à son avis, est un des plus extraordinaires.

« Ce monsieur se dit médecin, mais je ne connais pas son nom.

« J’ai reçu une lettre d’un autre docteur qui me demande l’histoire de ma maladie et de ma guérison.

« J’hésite à le faire, je crains ([u’il ne ressemble à celui qui est vcmi me voir. »

Mon déü n’avait pas été relevé, mais il avait été entendu et pas un médecin ne s’était soucié d’engager une polémi(j[ue sur une plaie et une carie des os instantanément guéries.

Pèlerinage boulonais.

GUÉRISON DU CANCER

La guérison du cancer à Lourdes. — Catherine Lapeyre. — Cancer récidivé de la langue. — Dix guérisons du cancer à Lourdes. — Marie Moreau. Cancer du sein. — Constance Piquet. Cancer du sein. La guérison s’est opérée sous nos yeux.

CATIIEPtINE LAPEYRE

Cancer de la langue

ENDAXT le pèlerinage national de iSp;;, une pauvre I femme se présentait devant nous avec les insignes des miraculés. Elle venait nous faire le récit de sa guérison. « J’ai été guérie, nous disait-elle, il y a plusieurs années, d’un cancer à la langue, cancer récidivé après une première opération. J’ai été guérie, non pas à Lourdes, mais dans ma chambre. On n’avait pas voulu de moi pour le pèlerinage national. A la ün d’une ncuvaine, avec qticlcpies lotions d’eau de la Grotte, j’ai vu mon mal disparaître. »

Ce fait n’avait pas été publié. Nous allons le résumer, avec les

résultats de l’enquête que nous sommes allés faire sur place, à

GUKRISONS DE 1.01,’nDES

Toulouse, rue Sainle-Anue, n° 2, dans la chambre meme où cette femme a été guérie, en présence des principaux témoins de sa guérison.

Catherine Lapeyre, en entrant dans le Bureau des constata-

Avant la guérison.

lions, portait une photographie faite à l’hôpital avant son opération, et qui reproduisait bien exactement l’aspect de sa tumeur.

C’était une tumeur maligne, déchiquetée, végétante, qui s’était développée sur la langue. La guérison remontait à 1889, à huit ans ; par conséquent, toute chance de récidive devait être écartée : c’était une guérison bien acquise, délinitive.

Celte femme n’avait pas été guérie à Lourdes. Elle était bien

GUiatlSON DU CANCER

venue une première Ibis en 1887, sa tumeur existant déjà. Mais vainement elle avait lavé sa bouche avec l’eau de la fontaine, s’était plongée dans la piscine; elle n’avait rien obtenu.

Au mois de janvier 1889, M. le curé de Saint-Elienne l’avait fait

Après la guérison.

admettre a l’Hôtel-Dieu de Toulouse. Après plusieurs essais de traitements qui n avaient donné aucun résultat, le chirurgien se décide, au mois de mars, à faire l’ablation de la tumeur. Le Dr Boutet, dans un certificat daté du i3 juin 1887, ‘*ivait déjà déclaré que la guérison ne pouvait être obtenue que par une opération. On enlève donc la tumeur, et c’est à ce moment, avant d’opérer, que l’on avait pris la photographie que cette femme nous apportait.

LES GHANDES GUERISONS DE LOURDES

Moins de trois mois après l’opération, le mal se reproduit et reeonvre de nouveau tout un eôté de la langue. Catherine parlait d’une façon inintelligible et se servait d’un tube pour avaler. Les ganglions du cou étaient engorgés ; la malade, épuisée, couleur de cire, était dans un état de cachexie très avancée. Malgré ces conditions défavorables, le professeur voulait tenter une seconde opération. Catherine s’y refuse, et, pour se soustraire à de nouvelles tentatives, elle quitte le service et bientôt l’hôpital.

Nous sommes au mois de juillet. Les malades du pèlerinage national se font inscrire. La pauvre femme sollicite son admission. Mais les listes sont déjà complètes. Puis elle a fait partie du pèlerinage de 1887, elle n’a rien obtenu, son état paraît désespéré ; pourquoi lui rlonner la place d’une autre malade qui peut être plus favorisée?

Consolez-Amus ! lui disent les dames qui l’assistent : de

Roquemaurel, M"“ de Bourdès et son amie lldèle, M"® Lacroix, vous ferez la ncuvaine avec les autres pèlerins; nous prierons pour vous. La sainte Vierge peut vous guérir ici. » Elle se résigne à regret, commence la neuvaine, la continue pendant le pèlerinage, se lave chaque jour avec l’eau de la Grotte.

Voilà que, le dernier jour de la neuvaine, elle constate une amélioration brusque; sa tumeur diminue, disparait. Elle ne retrouve pas ses glandes du cou engorgées; elle peut manger, elle parle. Ses douleurs de tète si pénibles qui correspondaient dans l’oreille, en suivant le trajet des nerfs de la langue, ont complètement disparu. Dans quelques heures, ce mal qui paraissait incurable, et se reproduisait après les opérations, s’est dissipé sans laisser d’autre trace qu’une cicatrice bien régulière.

Quand on regarde la langue, on aperçoit une ligne nette, une traînée blanchâtre; sur le côté droit, le quart de la langue au moins a été enlevé, mais il n’y a plus ni induration, ni douleurs. Toutes les dents ont été successivement arrachées, pour éviter les frottements sur la tumeur.

La i)arolc est encore un peu embarrassée; les fonctions de la langue sont réduites en proportion de l’état de l’organe, qui a

gukuison du canceu

perdu près du tiers de sou voIuidc. Le leiiit de la malade accuse d’aueieuues cl longues souirrances; mais après huit ou neul ans une récidive n’est pas à craindre. Il y a quatre ans, il restait de cet empoisonnement de tout l’organisme une glande assez volumineuse dans l’aisselle. Cette glande fut enlevée, et l’opération ne fut suivie d’aucune récidive; le mal avait été guéri dans son germe.

Celle malade avait, d’après son premier médecin, le D*' Boutet, un tibromc de la langue, mais un fibrome récidivant et sur un mauvais terrain. Tout cela ne laissait pas de doute sur la nature du mal. C'était du cancer, nous a dit un jeune médecin, qui était allaché au service du chirurgien de riiôpital. M. l’archiprèlre de la métropole de Toulouse nous a répété ({110 le professeur lui-mème, consulté sur la situation de Catherine Lapeyre, avait déclaré, au lendemain de l’opération, qu’elle allait aussi bien que possible, mais c|ue la tumeur se reproduirait. Elle se reproduisit, en effet.

Mm‘- de Roquemaurel nous a tenu le môme langage.

Ainsi, d’après les alïirmations des médecins, d’après la marche du mal, en consultant la photographie qui donne une idée très exacte de la lésion, il n’est pas douteux que Catherine Lapeyre avait un cancer de la langue, par conséquent une affection incurable, qui devait être mortelle à bref délai. La guérison, survenue en quelques heures, sans aucun traitement, renverse toutes les prévisions. Nous ne constatons Jamais ces résultats dans l’exercice de la médecine.

C’est une figure bien connue et bien sympathique cpie celle de Catherine Lapeyre ; tout le monde, dans son quartier, la connaît, la tutoie. C’est une enfant de Toulouse; il y a cinquante ans qu’elle habite la même maison, la même chambre; elle y est née. Sa vie s’est écoulée au grand jour, sous les yeux de ses voisins. Autour d’elle, on savait ce que pensaient les médecins, on s’intéressait au résultat de son opération, on suivait avec effroi les progrès du mal, enfin on l’a vue guérir du jour au lendemain. Il ne peut être question de simulation ou d’erreur; une enquête réunirait le témoignage de cent témoins divers.

LES GRANDES GUERISONS DE I.OURDES

Elle fait partie de la congrégation des Enfants de Marie de la /

paroisse Saint-Etienne. Les dames de Charité la visitent; nous avons trouvé auprès d’elle Lacroix, qui ne l’a jamais quittée, nous dit-elle. Elle nous apprend qu’une sœur de Catherine est morte de la poitrine. Elle ajoute : « Cette pauvre femme travaille toute la semaine pour gagner trois francs, et sur cette somme elle met de coté vingt-cinq centimes pour pouvoir revenir à Lourdes en actions de grâces. »

Dans cette existence si simple, si droite, il ne reste qu’un double

souvenir : la maladie, la guérison. Aujourd’hui ce sont des accents de reconnaissance et d’amour pour la sainte Vierge qui vibrent dans son àme. Aucun sentiment étranger, aucune préoccupation temporelle ne semblent l’eflleurer. Seule au monde, elle n’a pas eu les joies de la famille, elle ne connait pas les soucis de la fortune. Sans se préoccuper du lendemain, elle vit heureuse, entourée d’affection; elle vit depuis huit ans, en repassant dans son esprit les gràees dont elle a été l’objet, et je ne savais ce que je devais le plus admirer, de cette guérison merveilleuse, ou de cette femme que la Vierge de Lourdes avait voulu visiter et guérir dans sa pauvre mansarde.

Cette guérison s’est produite, non pas à Lourdes, dans la piscine.

GUÉRISON DU CANCER

loi

sur le passage du Saiul-Sacrcmcnt, au milieu de ces foules qui, par leurs prières, semblent faire violence au ciel, mais loin de nous, dans une pauvre mansarde, sur une malade abandonnée; abandonnée des médecins et meme de ses amis qui n’out pas voulu la faire inscrire pour le pèlerinage national. Pourquoi l’y conduire? Une première fois elle n’a rien obtenu, son état est désespéré.

Alors que tout espoir humain semble perdu, que le ciel luiméme parait vouloir rester sourd <à ses prières, des grâces exceptionnelles lui sont accordées contre toute attente; elle obtient la guérison la plus remarquable de l’année.

Que peut-on objecter ici? — La suggestion? Il ne peut en être question. — Dira-t-on qu’on n’a pas la preuve par le microscope de l’existence du cancer? Mais il y a des signes qui ne trompent pas et d’une égale certitude. Voilà une tumeur de la langue, qui évolue d’abord lentement à la manière des tumeurs bénignes, mais qui plus tard s’ulcère, devient végétante, comme en témoigne la photographie, c|ui retentit dans les ganglions, une tumeur qui se reproduit immédiatement après l’opération et compromet l’existence de la malade. Voilà des symptômes caractéristiques du cancer.

Du reste, cancer ou non, on ne peut mettre en doute l’existence d’une tumeur de la langue. Elle a laissé son empreinte dans cette cicatrice que rien n’elTacera désormais. Qu’on lui donne le nom que l’on voudra, une tumeur ancienne, rebelle à- tous les traitements, ne peut disparaître dans quelques heures. Môme avec une tumeur fibreuse, le problème est aussi difficile à résoudre.

Que l’on cherche toutes les explications et toutes les hypothèses, on se heurte de tous côtés à l’impossible.

Nos plus belles guérisons s’opèrent souvent loin de Lourdes, pendant une neuvainc, avec quelques gouttes d’eau de la Grotte, dans le silence, le recueillement. La guérison de Catherine Lapeyre nous montre jusqu’à l’évidence dans quel état d’abandon, d’isolement peuvent guérir les cancers et les affections les plus incurables, et comment ils guérissent en dehors de foute influence suggestive. Ce n’est pas nous qui disposons les événements, qui

loa

LES (JH ANDES CJUEH ISONS DIO LOUHDES

choisissons les luils ; la Pcovidcncc semble voiiloic les sortir du cadi-e trop ciroit dans lecpicl on voudrait les enlcrmer. Elle renverse, coinine à plaisir, les fiades barrières (pie la science était venue placer sur un terrain (pii ne lui appartient pas.

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