‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 23 sur 88 · CONSTANCE PIQUET · texte numérisé non relu

CONSTANCE PIQUET

Cancer du sein

Le 24 août 1894» Constance Pi(piet, de Soulaircs (Eure-et- Loir), venait nous faire constater la guérison d’un cancer du sein. Elle aj)portait un cerlilicat du D‘‘ Martin, dans lecpiel notre confrère déclarait (pie cette femme était attcinlc (( d’un cancer du sein (squirre), et (pi’il n’avait pas jugé opportun de l’opérer, le cancer étant incurable de sa nature et toujours sujet à récidiver. »

LKS GRANDES GUERISONS DE LOURDES

L’examen le plus miniilieiix pratiqué par les douze ou quinze médecins qui m’entouraient, ne permit pas de trouver la plus léi^èrc trace de cette tumeur qui venait de disparaître dans la piscine. On sentait encore quelques glandes dans l’aisselle et quelques cordons qui avaient dù relier ces glandes à la tumeur du sein. INIais le soir, ces derniers vestiges du mal avaient disparu et il ne restait rien, ni de la tumeur, ni des engorgements ganglionnaires.

Le jour meme, les journaux publiaient le certificat du médecin, les dépositions de la malade et le résultat de notre examen.

Le D^’ Regnaud, professeur à l’école de Rennes, avait assisté <à notre enquête. En lisant dans les journaux le compte rendu de ce fait, il me disait : « Ces publications hâtives ont de grands inconvénients. Savez -vous si cette femme avait un cancer?

Vos preuves sont insufiisantes.

A"ous pouvez avoir des mécomptes.

— Mes preuves sont insuffîsantes, lui dis-je, je le reconnais, elles ont besoin d’être complétées, conlîrmécs. Voilà pourquoi je livre immédiatement toutes mes enquêtes à la presse. Ces publications hâtives n’autorisent aucune conclusion, mais elles appellent la discussion sur Ions les faits; discussion libre, contradictoire où se mêlent toutes les opinions, discussion immédiate au milieu de tous les témoins de ces guérisons. »

Ce n’est pas dans le silence du cabinet que l’on peut édifier un travail (pii demande le grand jour et ne repose (pie sur le témoignage.

Il faut l’abandonner à la libre criticpie, à la presse, aux mille

GlIKIUSON DU CANCEH

feuilles (jui le reproduisent eu le déiialuraut souvent. Quand il a passé par ces cribles sueccssils, ou peut le reprendre et l’iulerpréter à sa valeur. C’est ainsi du reste que toute l’idsloire de Lourdes a été écrite. C’est eu reprenant, sous vingt Ibrnies diverses, le récit des mêmes faits; c’est en faisant un faisceau de toutes les preuves (pic nous pouvons donner une consécration indiscutable à ces événements.

Le résultat devait me donner raison.

On écrivit de tous cêités au D*’ IMartin pour lui demander son opinion sur cette guérison. On lui écrivit non seulement de France, mais de l’étranger, du Portugal, de tous les pays.

Le D"’ IMartin n’est pas un convaincu. Il maintint pourtant les termes de son certificat et déclara sans réserve que la guérison était conq)lètc. Mais bientôt fatigué de cette correspondance qui se répétait chaque jour, il cessa de répondre.

On fut alors le voir, l’interviewer.

Nous allons reproduire ici la lettre d’un chirurgien-major de l’armée. On y trouvera le compte rendu de l’entretien de notre confrère avec le D^’ IMartin, un interrogatoire de la malade, un ensemble de dépositions très importantes que nous n’avions pu recueillir nous-mème.

Le chirurgien-major nous écrivait le 17 novembre 1898 ;

« Je me suis acquitté dimanche dernier de la commission dont vous m’aviez chargé.

« J’ai interrogé Constance Piquet en présence du curé de Soulaires; j’ai vu ensuite le D^' Martin, de Lèves, qui n’hésite pas à reconnaître le caractère miraculeux du fait qui nous occupe.

« Le Dr Martin a été très aimable, c’est un homme loyal et de bonne foi, mais qui ne partage pas nos convictions. Constance Piquet a quarante-deux ans. A la liu de l’aunée 1891, elle ressentit des douleurs dans le sein gauche, et peu après apparut une tumeur qui prit le volume d’une noix. Au mois de mars 1892, elle consulte un médecin : le traitement prescrit ne produit aucun elfet.

« Au mois de juillet, seconde consultation motivée par l’appari-

LlvS GP.ANDES GUEIUSONS DK LOURDES

lion de cordons durs, alhinl de la lumeur à une glande qui s’élait formée sous l’aisselle. Les douleurs augmcnlent, sont lancinanlcs. l^e teint devient jaune, la malade a beaucoup maigri. Elle avait perdu l’appétit, et son affaiblissement était tel qu’elle ne pouvait plus travailler. »

Au mois de mars iSpS, le D>’ Martin, voyant l’état de la malade

Les arcades du Hosaire.

s’aggraver, parle d’opération, et s’il renonce à l’entreprendre, c’est (pic la récidive lui parait probable dans un bref délai.

Le 2() juillet, le D‘' Martin délivre le certificat que nous avons reproduit. Il était à ce moment sûr de son diagnostic, et s’il avait pratiqué l’opération dont il avait parlé, s’il avait enlevé la tumeur et le sein, personne ne l’eût accusé d’imprudence. Un médecin apprécie facilement la nature de ces aHeclions, elles tomlient sous les sens, elles sont d’un diagnostic facile.

Mais pour enlever une tumeur, pour mutiler une malade, on nous demande moins de garanties (pic pour établir la réalité d’une guérison obtenue à Lourdes. Suivant la remaixpie d un magistrat, pour envoyer un homme à réelialaud, un jury ne

GUKIUSON DU CANCEU

demande pas les preuves surabondantes que l’on nous demande dans nos empièles.

La parole des médeeins ne suffit plus. Il faut que tons les témoig'nagcs eoncordent et ([ne la maladie soit eonstatée jusque dans la piseine.

Notre correspondant nous écrit : « D’aulres personnes que les médecins ont vu et louché cette tumeur : M'n° Petit, Guyon, Augustine ^lasson, toutes trois de Soulaires. La dernière a vu le mal plusieurs fois, notamment au moment du dépait pour Lourdes. La tumeur a été vue et touchée par M‘«° Camille Bigot et par Sœur Augustine de la Croix, de Chartres. »

ypie Piquet arrive à Lourdes le 22 août iSpS avec le pèlerinage national. Elle va à la piscine le 22 et le 23. Sa tumeur n’éprouve aucune modification. Le troisième jour, 2^ août, elle est admise dans la piscine à neuf heures et demie du malin.

Pendant le bain, la grosseur disparait sans commotion ni douleur d’aucune sorte.

En sortant de la piscine, elle ne trouve plus la tumeur ; elle le fait remarquer à la dame qui l’avait aidée à se baigner, qui avait touché la tumeur avant le bain et qui constate sa disparition. Nous avons les dépositions écrites des divers témoins que nous venons d’énumérer.

C’est ce jdur-là, dans la matinée, que M"® Piquet est venue dans notre bureau et que nous avons constaté la guérison de la lumenr.

Eu rentrant à Soulaires, la malade est examinée à trois reprises par son médecin, le Martin, qui ne trouve plus trace du cancer.

Les dix observations que nous trouvons dans nos Annales ont été prises par des médecins différents. La plupart de ces malades ont été traités dans les hôpitaux, soignés par les chirurgiens les plus habiles. Constance Piquet avait été recommandée an D>' Péan, l’opération fut jugée impraticable par son médecin. ^laric Moreau, d’après le D>' Martel, était au dernier degré de la cachexie. Quelques malades avaient vu leur mal se reproduire après une première opération ; c’était le cas de Catherine Lapeyre. Plusieurs

I,KS GHANDES (;i)KlMSO.\S DE LOURDES

Inmein’s Rtaicnl ulcérées. Plaies et lumeurs se sont cicatrisées inslantanénient avec des applications d’ean de la Grotte.

Nous n’avons relevé (pie les cancers extérieurs, laissant de côté les tinncnrs de l’estomac et des antres organes. On voit par cet aperçu (|uellc riche moisson s’accumule peu à peu dans nos recueils.

Il est important de grouper ainsi tons les laits semblables et de les présenter dans une vue d’ensemble. On nous demande souvent si nous avons des guérisons de cancer. Nous pouvons répondre d'une façon précise en mettant les documents sous les yeux, en invoquant le témoignage d’un grand nondjre de médecins qui sont les témoins de ces changements inexplicables.

COMMENT ON CONSTATE UN MIRACLE

Le miracle ne se voit pas comme un tableau, comme un spectacle. — C’est l’esprit qui juge et non l’œil qui voit. — Comment on prouve qu’une plaie de 3:2 centimètres de long s’est fermée dans la piscine. — Une enquête qui peut servir de modèle.

YEC des éléments de contrôle aussi nombreux, aussi bien coordonnés que ceux que nous possédons à Lourdes, il devrait être facile d’interpréter les nombreuses guérisons qui se produisent autour de nous; il devrait être facile de constater un miracle.

A la fin d’une de ces journées de pèlerinage où les malades assiègent la clinique, en présencede toutes ces moditications instantanées opérées sur les afléctions les plus diverses, on devrait poin oir retenir un exemple au-dessus de toute incertitude et de toute objection.

Il n’en est pas ainsi. Les nombreux pèlerins qui viennent à Lourdes avec le désir de voir des miracles sont le plus souvent déçus dans leurs espérances. Le spectacle même de ces foules enthousiastes peut faire naitre de singuliers doutes dans l’esprit d’un incrédule — que dis-je, d’un incrédule! — je ne l’étais certainement pas, lorsque j’assistais, pour la première fois au pèlerinage

nafional. Mais je n’avais pas vu de miracles et Je chcicliais vainemeuL à en voir.

( )ne poiivais-Jc apprendre ou rclcnir au milieu de ces noies disparalcs, de ces qnaliücalions peu scienliüques? Je ne connaissais pas le malade avant son arrivée; je recueillais parfois quelques détails de sa bouche ; mais (piclles conclusions retirer d’une information aussi incouqilèlc?

Il faut entrer dans le bureau des médecins, refaire jour par jour riiisloire de ce malade, jeter ainsi les premiers jalons d’une observation, <pi’unc enquête ultérieure viendra compléter, consolider ou mettre à néant.

Un miracle ne se voit pas comme un tableau, comme un décor; nous ne sommes pas dans un théâtre, et nous ne pouvons mettre sous les yeux des spectateurs les changements à vue (ju’ils nous réclament.

Nous ne pouvons éclairer l’eau de nos piscines d’un rayon de lumière électrique, et fouiller, jusque dans l’intérieur des organes, les lésions de tout genre, apparentes ou cachées, (pii font le tourment de nos malades.

Un miracle ne peut se voir ainsi.

Il résulte de l’opposition qui existe entre deux états dillérents, la maladie et la santé.

Ce n’est pas l’œil qui voit cette opposition, c’est l’intelligence qui compare ces deux états distincts, opposés, (pii reconnaît (jue le sujet n’a pu naturellement passer en quelques instants de l’un à l’autre de ces deux états.

C’est un problème à étudier, à résoudre; nos impressions premières peuvent nous induire en erreur, il faut les appuyer sur des enquêtes sérieusement faites.

Vous demandez dans un Inipital une séance d’hypnotisme. On peut vous la donner à toute licure, à toute ré([uisilion. Je suis souvent allé à la Charité, dans le service du D‘ Luys : il me faisait voir ses premiers sujets, il répétait sur eux les expériences les jilus étonnantes.

Le D>’ Luys est venu à Lourdes, il n’a rien vu; j’aurais pu

COMMENT ON CONSTATE UN MIRACLE

lui monlrer (juelqucs personnes qui avaienl élé guéries, mais il m’ent été impossible de reproduire ehez elles et la maladie et la guérison. Nous n'avons pas à Lourdes de premiers sujets. Les résultats aecpiis sont définitifs; on les obtient sans entraînement graduel.

On voudrait tenir dans la main la plaie qui guérit, la tumeur qui s’elface; voir renaître les agonisants dans la piseine. On vient passer à Lourdes ipielques heures, et on s’étonne de ne pas avoir, eomme dans un théâtre, la pièee demandée, le speetaele de son ehoix.

]\Iais on voudrait déeouronner notre œuvre,.lui enlever son earaetère, la mettre à la disposition du premier venu. En réalité, sous prétexte de eherclier le surnaturel, ou voudrait l’éearter, l’ellaeer ou le détruire.

Un miracle est souvent très diffîcile à constater. Que de faits importants nous échappent! Lucie et Charlotte Renauld avaient la maladie la plus simple, la plus facile à voir : une Jambe plus courte et plus mince que l’autre. Leurs jambes ont repris instantanément dans la piscine leur grosseur etleur longueur.

Il semble qu’il suffit d’avoir des yeux pour constater de semblables résultats. Non. Elles pouvaient avoir une contracture nerveuse, un raccourcissement apparent et non réel. Il nous a fallu une enquête de près d’une année pour avoir la signification exacte de ce fait. Et encore! si la commission d’examen n’avait pas fonctionné à Paris au moment du départ des malades, si le Monnier n’avait pas examiné avec soin Charlotte Renauld, nous ne serions pas arrivés à une certitude complète. L’enquête que nous allons résumer va nous montrer quel degré de certitude on peut atteindre en mettant en faisceau tous les témoignages et toutes les preuves qui viennent se grouper autour d’un même fait.

Nous nous proposons d’établir :

1° Qu’une malade est venue à Lourdes avec une plaie de o'",3a de long sur o'",i3 de large, plaie qui s’étend jusqu’aux os, qui se complique de gangrène, qui date de douze ans;

2« Que cette malade, entrée dans la piscine le vendredi i3 sep-

GUKRISONS DE LOUfiDES

LES GKAIVDES GUERISONS DE LOURDES

IcMiihi'c, à neuf heures du maliu, eu est sortie radiealeuieut guérie, (luehjues iuslauts après, avec iiu peau (pii recouvrait toulc la plaie, une cicatrice bien Ibriiiée ;

Nous élablirous ces deux propositions, de façon à rendre toute coutcslatiou impossible, toute objection vaine.

JOACIIIME DEHANÏ

Plaie de 32 centimètres de long siirto de large, allant jusqu’aux os, datant de douze ans, guérie en quelques instants dans la piscine.

Le médecin de la malade le D*' Maricpie nous a communiqué le récit de la maladie et de la guérison écrit sous la dictée de Joachime :

« J’étais malade depuis douze ans lorsque, le aS août 1878, M™® la comtesse de Limminghe me demanda si je désirais aller à Lourdes. « Si j’avais, lui dis-je, un jour le bonheur d’y aller, il est certain que j’en reviendrais guérie : j’en suis tellement convaincue (pie, le jour de mon départ, je prendrais, pour chausser ce pied malade, un soulier, un bas et une jarretière que je n’ai pas mis depuis bien des années. » Étonnée de ma confiance, la comtesse fait retenir par dépêche une place pour moi avec les pèlerins de Liège. Décrire mon bonheur serait impossible.

« Il n’y avait pas moyen de prendre mesure au pied de la jambe malade : une vaste plaie de 3o centimètres de hauteur, du genou à la cheville, couvrait la jambe, et le pied tout retourné était plus maigre et plus petit que l’autre. Il fallut se contenter des mesures de la jambe saine. En me (|uittant, le cordonnier disait : « Cette fille est folle : elle commande un soulier pour un pied (pii n’a pas été chaussé depuis douze ans! »

(( On me conlie à M. Devos, curé de llaltinues.

<( Nous partons le 10 septembre, à (piatrc heures du malin. A la

C(m.MKM' ON CONSTATE UN MIHACLK

i>:are de Nanuir, mon père cl ma mère viennent me laii'c lems adieux. Je suis si faible, si pâle, (pi’à ma vue ils éclatent en sanglots; ils m’cml)rassent, mon père me bénit, et, au moment où le

Joacliiine Déliant.

train se met en marche, ma mère me dit : « Quand vous serez: « guérie, Joacliime, vous nous enverrez une dépêche! »

« Nous voilà en route. A la douane française, toiit le monde descend. Moi seule, je ne puis bouger. Le lieutenant de douane entre dans mon wagon pour contrôler mes bagages; mais, repoussé par l’odeur infecte qui s’exhale de ma jambe, il recule et se détourne avec horreur.

« IMos eompaii'iioiis de roule rcmonlent dans le comparlimcnl , niais, inconnnodés par celle odeur iusujiporlable, je les vois devenir malades lour à lour cl pris de voinisscmenis. Quanl à moi, je suis Immiliée au suprême deg'ré, je n'ose plus lever les yeux.

« A Paris, le bon prêlre, aux soins diupiel je suis conüéc, m’cngai^e à descendre et à ne pas aller plus loin ; « Vous mourrez « eu roule, » me dit-il. Je le supplie de me laisser continuer le pMerinaj^^e. Mes larmes Unissent par l’émouvoir; M. Médot, curé de Sclioltin, inlercède en ma faveur. Nous traversons Paris dans le chemin de 1er de ceinture. Pendant la nuit, alors que mes compagnons dormaient, je renouvelai plusieurs fois les linges qui enveloppaient ma jambe, mais je ne pus laver ma plaie.

« A sept heures du matin, nous sommes à Paray-le-Monial. Les pèlerins vont à la chapelle; je reste immobile, assise sur le quai de la gare. Quelques instants après, on me porte à l’hotel, et pendant que les pèlerins sont à table, je procède au pansement de ma plaie. Ce pansement dure plus d’une heure. Il y avait près de deux jours que la plaie n’avait pas été lavée. Le pansement achevé, je me rends au sanctuaire du Sacré-Cœur. Les Sœurs de la Visitation me donnent du linge qui avait été posé sur les ossements de la bienheureuse Marguerite-Marie. Elles me conseillent de demander ma guérison au Sacré-Cœur. J’attends, leur répondis-je, ma guérison de Notre-Dame de Lourdes, et je demanderai au Sacré-Cœur de supporter patiemment toutes les douleurs qu’il plaira à Dieu de m’envoyer.

« Nous repartons le soir; lime restait un trajet de vingt-six heures de chemin de fer. A neuf heures du matin, nous arrivons à Agen. Il faut encore changer de train. On me dépose sur le quai, au milieu de la gare, et je commence à faire le pansement de ma plaie, lorsque plusieurs prêtres, émus de compassion, viennent répandre de l’eau sur mon mal. Les voyageurs font cercle autour de moi, et je dois enlcndrc des propos de ce genre : — Celle personne a donc des parents liien dénaturés pour la laisser aller à Lourdes dans un pareil état! — INIais avec une pareille infection, le choléra va se mettre dans notre train.

COMMENT ON CONSTATE UN ÎMIRACLE

« Inulilc (le (lire combien j’élais luimilme par ce langaj^c; ce (jui menait le comble à mon abaissement, c’était la nécessité de devoir laisser snr place les linges macnlés qui avaient servi à bander ma jambe el les lambeaux de chair corrompue (pie je venais d’enlever à ma plaie.

« Il y avait vingt-deux heures que celte plaie n’avait pas reçu de pansement; je pouvais bien y appliquer du linge sec, mais il m’était impossible de lui donner d’antres soins de propreté. En une heure, soixante tours de bande étaient percés par les liquides qui s’écoulaient de l’iilcère; après ce temps, le pus coulait à terre goutte à gouUe.

(( INIe voilà donc encore une fois remise à neuf. Il est près de sept heures du soir quand nous arrivons à Lourdes. Je descends dans une maison de la route de Pau, et, quelques instants après, je me mets en route, tant bien que mal, pour arriver à la Grotte.

<( Là, je m’empresse de remercier la bonne Mère d’avoir fait un aussi long voyage sans accident; puis je lui ai bien vite exposé le sujet de mon pèlerinage. Je viens à vous, lui dis-je, vous demander ma guérison pour la plus grande gloire de Dieu et pour le salut des pécheurs. Nous restâmes à la Grotte environ deux heures. Je fais couler sur ma jambe l’eau qui s’échappe des robinets de la fontaine, et rentrée à l’hotel, je procède à un grand nettoyage de ma plaie. Il était plus de onze heures du soir lorscpie je pus me coucher. Toute la nuit, mes soutfrances furent horribles. Les fatigues du voyage avaient beaucoup endolori ma plaie, et à deux heures et demie, ne pouvant trouver le sommeil, j’appelle à mon aide, je demande à être levée. — Mais il n’est que deux heures et demie! me dit-on. — Qu’importe! Il m'est impossible de rester couchée : j’ai hâte d’aller à la Grotte ! On me dépose par terre, et je procède encore à un pansement. Cette besogne me demande plus d’une heure de travail : je retire des parties osseuses mortiüées et des chairs gangrenées que je laisse sur le parcpiet.

(( C’est la dernière fois, dis-je aux personnes qui m’assistent, que je panse ma jambe : elle sera bientôt guérie. Je veux partir; il n’est ([ue quatre heures. On a la charité de me conduire jusque

LKS (;ham)Ks (;l’i;ius()ns de LoritDES

sui“ lii roule. — Vous u’iivcz, me dit-on, qu’à suivre devant vous ])our arriver à la (irolle. Je m’avanee péniblement. Sur le pont du (lave, une de mes l)é(pnlles s’introduit entre deux planches, et me voilà deboid, ne pouvant ni avancer, ni reculer, ni retirer ma l)é(pnlle.

« Je reste dans celle position environ quinze minutes qui me parurent des heures. J’entendais le roulement des voitures dans la ville, et j’avais peur d’ètre écrasée.

« A la lin, un bruit de pas se rapproche. Comme il faisait obscur, je ne savais pas à <pii j’a^ais affaire. En arrivant près de moi, la personne se recule pour ne pas me frôler. « Ne craignez rien, lui dis-je; au nom du ciel, venez à mon aide! »

« L’inconnu s’approche, je reconnais que c’est un prêtre. En un instant, il a retiré ma béquille, et je lui rends grâces de sa bonne action. Je reprends ma route. J’avais avec moi un petit panier, et dans ce panierse trouvaient un bas, une jarretière etun soulierpour chausser mon pied malade quand je serais guérie; car je croyais fermement être guérie au premier bain.

« A la Grotte, je rencontre M"e Léonie Dorval qui me conduit à la piscine. Elle me déshabille, et, quand elle a fini, elle s’arrête en me disant (]u’elle n’oserait jamais me mettre dans la piscine dans le déplorable état où je me trouvais. J’insiste, je la supplie. — Ecoutez, Joaebime, me dit-elle, je suis votre aînée, j’ai plus d’expérience <pie vous. Croyez bien ([ue vous pouvez payer de votre vie l’imprudencÎ! que vous voulez commettre. Elle veut me remettre mes vêtements. Alors je dis à Léonie : Asseyez-moi par terre, et je descendrai seule dans la piscine. »

« Elle me répond : — Non, Joaebime, vous mourrez. — Je ne mourrai pas, Notre-Dame de Lourdes sait ipie je suis venue à Lourdes pour guérir, elle ne me laissera pas mourir dans l’eau.

« Sur jnes inslances, Léonie m’assied par terre et je descends en elfet toute seule dans la piscine.

« Arrivée dans l’eau, je prie ma compagne tle m’enfoncer tout au fond, et, de la sorte, j’aA aisde l’eau juscpi’au cou.

« Quand l’eau eut pénétré mes linges <pie j'avais laissés autour

COIMMENT ON CONSTATE UN MIRACLE

de ma plaie, j’épiouvai des souH‘rances intolérables et je ressentis, en même temps, nn bonheur inedable de me trouver dans celte eau miraonlensc. Je suis restée trente minutes dans la [)iseinc. Léonie voit (pie je ne puis plus prier à hante voix et me demande si je veux sortir. Mais je n’entends pas, je suis en défaillance. Elle me retire de la piscine, me couche par terre, elle commence à m’hahillcr. Mais, en pressant les linges (pii entourent ma jambe, elle m’occasionne une telle douleur que je sors de mon évanouissement.

« Ma pauvre Joachime, me dit Léonie, tn n’es pas guérie.

(( Ne perdons pas conliance, Léonie : lorsipie je demande (piehpie chose à ma mère, elle ne me l’accorde pas toujours à ma première demande. Je reviendrai à la piscine.

(( A neuf heures du matin, en elTet, je vais prendre un second bain ; je suis restée dans l’eau pendant vingt-sept minutes. Cette seconde immersion a été plus pénible que la première. La douleur était si violente que je ne pouvais m’empêcher de grincer des dents et de me mordre la langue.

« Au sortir du bain, Léonie exprime l’eau des linges qui entourent ma plaie; elle presse dans tous les sens, je n’éprouve aucune sensibilité. Au premier bain, lui dis-je, en comprimant les linges de mon pansement, vous m’avez occasionné une douleur insupportable, tandis que maintenant vous pouvez appuyer sur les bandes sans me faire éprouver aucun mal. Elle presse plus fort, je ne sens rien. Léonie enlève alors les linges qui recouvrent la plaie et s’écrie: Joachime, il n’y a plus de plaie, vous êtes guérie! Regardant à mon tour, je réponds : Vive Notre-Dame de Lourdes! Voyez comme elle sait bien faire les choses! Non seulement elle a remis sur ma jambe une peau neuve, mais même elle m’a refait des chairs et un mollet! »

Pour bien comprendre l’importance de la guérison qui vient de se produire, il faut se rappeler que Joachime était entrée dans l’eau avec une large plaie gangreneuse (pii s’étendait du genou à la cheville, cpii pénétrait jusqu’aux os, avait détruit les tendons, les muscles; que le pied, privé de tout soutien, s’était dévié en dedans;

i.Ks (;ra>;des gukkisons de lourdes

<inc le genou élail ankylosé et que la cuisse avait subi un tel inouveinent de bascule (|ue le membre dans son entier pouvait être représenté par un C\.

« A la vue de ce prodige, Léonie voulait en informer tous les pèlerins. Je la priai d’attendre. Le soir, à la Grotte, les pèlerins m’entourent et me demandent si je n’ai plus de plaie, et M. le curé de Hallinnes, prenant la parole au nom des autres, me dit :

— Comment, vous n'avez plus de plaie?

— Mais non, pas plus c[ue sur votre main!

« Alors le pauvre curé n’y tient plus; il veutme ramènera l'iiôtel, et chacun désire examiner cette jambe cpii, le matin encore, était littéralement pourrie et répandait une odeur dont mes compagnons de route n’avaient pas perdu le souvenir.

« A la vue de cette cicatrisation si nette, si complète, l’émotion des témoins est à son comble. Nul langage ne peut traduire leurs sentiments; ils m’assiègent de ejuestions.

« J’avais encore dans un coin de la chambre, des lambeaux mortifiés de chair ejue j’avais arrachés le matin, et de la sorte je pouvais montrer en même temps les parties malades et les parties reconstituées de ma jambe.

« La dépêche cjui annonçait ma guérison est arrivée le lendemain à Gesves; inutile de vous dire l’émotion de ma famille. Mon père, en apprenant la guérison de sa fille, fut saisi d’un tel tremblement cpi’il dut être reconduit chez lui.

« Partis de Lourdes, le lundi à midi, nous arrivions à Namur, le jeudi, à deux heures de l’après-midi. Toute ma famille m’attendait à la gare. Je saute à terre et me jette dans les bras de ma mère. En me voyant marcher, elle s’écrie, en s’adressant à mon père : Mon Dieu! Joachime est chaussée! et elle me serra dans scs bras en répandant d'abondantes larmes. L’émotion de mon père est si forte qu’il perd la notion de tout et reste, un instant, sans me reconnaître.

« jNIa première visite est pour l’église de Gesves; on me force à prendre place dans le chœur au pied d’un autel provisoire. En haut de cet autel se trouvait la statue de Notre-Dame de Lourdes environnée des plus belles Heurs. Les bougies se comptaient par

COMMENT ON CONSTATE UN ÎNIIHACLE

centaines. On donna le saint en actions de grâces, et M. le curé raconta à la (bnle tons les détails de ma guérison. Jamais l’église de Oesves n’avait vu un pareil concours de monde. C’est ce jour-là même que M. le D‘' Froidebise est venu constater ma guérison.

« Le samedi, je retournai dans mon village natal, et à la station de Tamines, le garde-salle, qui m’avait portée dans le train, lors de

un mot; il me serrait des deux mains, et il pleurait.

« Pour me soustraire à la curiosité du public, j’allai goûter un peu de repos auprès de M. le curé de Malonne, et après deux semaines d'absence, je pus rentrer dans ma famille et m’oeeuper à toute espèce de travaux.

« Au moment de mon pèlerinage à Lourdes, j’avais vingt-neuf ans et je pesais 27 kilos. Aujourd’hui je pèse 70 kilos, et je n’ai jamais cessé, depuis cette époque, de jouir d’une santé parfaite. »

Le Marique, en nous envoyant ce récit, nous dit : « Vous me demandez une enquête sur la guérison de Joachime; — mais elle a été faite depuis longtemps et les résultats sont bien connus. Tous les gens sérieux et honnêtes croient à sa guérison miraculeuse.

« Les libres-penseurs disent qu’elle était guérie avant d’aller à Lourdes : assertion absolument controuvée par le certificat du Di' Froidebise qui a examiné Joachime la veille de son départ. Les plus intelligents d’entre eux prétendent qu’elle a joué la comédie, douze ans, pour se faire proclamer guérie à Lourdes; mais, à côté, nous avons les témoignages les plus formels et nous les avons par centaines. »

Lorsque la guérison est absolument inexplieable, lorsque ni la suggestion, ni l’effet nerveux ne peuvent être invoqués, alors on nie la maladie ou la guérison, ce qui est beaucoup plus simple, àlais, en mettant toutes les pièces sous les yeux du public, en rendant la démonstration claire jusqu’à l’évidence, on rend toute défaite inqiossible; il faut s’incliner et reconnaître que si la guérison est inexplicable, elle ne peut pas être contestée.

LES (iHANDES GUERISONS DE LOURDES

Comment on prouve qu’une plaie de 0'",32 de long s’est fermée instantanément dans la piscine, le vendredi 13 septembre, à 9 heures du matin.

Deux jeunes Belges, le D*' Boyei* et M. Simon Deploige, professeur de droit social à rUuiversité catholique de Louvain, ont

voulu reprendre tous les détails de l'enquête. Ils l’ont fait avec une métiiode irréprochable, avec une précision, une rigueur qu’il est impossible de dépasser.

Ils ont borné leurs recherches à l’ulcère de la jaml)e droite.

Prenant pour point de départ le cerlilicat du D‘’ Froidebise daté du 6 septeml)re, ils ont pour ainsi dire suivi l’existence de cet ulcère d’heure en heure, jusqu’au momeut de sa disparition.

Ils ont interrogé ou fait interroger : 1° les voisins de Joachime Déliant cpii ont vu l’ulcère immédiatement avant le départ pour Lourdes; 2° les compagnons de voyage; 3° les patrons de l’hotel où Joachime Déliant était descendue à Lourdes.

Aucun de ces témoins n’est parent ou allié de Joachime Déliant. Les empicteurs auraient pu interroger les membres de la famille Déliant; ils n’ont voulu entendre cpie des étrangers.

Tous les témoins interrogés l’ont été en leur domicile, sans avoir été avertis au préalable, sans avoir eu la possibilité de se concerter entre eux. Tous ont relu leurs déclarations et en ont certitié le conqitc rendu lidèle cl exact.

Simon Deploige, professeur à Louvnin.

COAIMENT ON CONSTATE UN INIIUACEl’.

Les voisins

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