‹ Les grandes guérisons de LourdesChapitre 3 sur 88 · I.ES POITRINAIHES · texte numérisé non relu

I.ES POITRINAIHES

venirs les plus lointains, et qui avait d’abord germe dans son esprit, était bien celle de se consacrer à Dieu.

A dix-neuf ans, elle entre au couvent des Ursulines, se sentant

Sœur Julienne, des Ursulines de Drive.

un attrait particulier pour le cloître. Mais, à la fin de son postulat, l’évèque de Tulle, premier supérieur du couvent, lui demande de faire le sacrifice de la clôture, la communauté n’ayant personne

l-KS GHAM)ES GUEIUSONS DE I,OTlIU)ES

pour le service exléricur. Elle prend son emploi de lourière qu’elle n’a plus ([uillé jusqu’à ce jour.

C’est une physionomie bien connue dans la ville de Brive que celle de S'' Julienne ; elle est l’intermédiaire otïicielet constant entre les soixante-huit religieuses du monastère, monde invisible derrière ses grilles, et les parents des élèves, les Iburnisseurs de la maison.

Dans les rues de Brive, qu’elle traverse chaque jour, tout le monde la salue, l’arrête ou lui parle. Sa guérison a eu un retentissement exceptionnel. Toute la population de la ville avait suivi, avec le plus vif intérêt, les pliases de sa longue maladie, et son départ pour Lourdes avait donné lieu aux appréciations, aux commentaires les plus divers. On avait vu, généralement, dans ce voyage, une consolation dernière accordée à une mourante.

Sœur Julienne était depuis trois ans dans la communauté, lorsque, au mois d’août 1886, elle ressentit les premières atteintes de sa maladie. Ce furent d’abord les symptômes d’une bronchite, avec fatigue générale. Cette indisposition, qui devait être passagère, se prolongea, en s’aggravant,, pendant tous les mois d’août et de septembre, et, au mois d’octobre, elle fut obligée de s’aliter.

Elle reste deux mois couchée, on lui met des vésicatoires pour dégager la poitrine, mais la maladie semble avoir des racines profondes ; la vie est touchée dans ses sources. Tous les symptômes de la phtisie se dessinent, et lorsque la malade se relève, au commencement de décembre, le médecin demande qu’on l’envoie dans sa famille, respirer l'air natal.

Sa famille, c’était l’orphelinat de Sarlat. Je la revis là, languissante, pâle, amaigrie, sous le coup d’une diathèse imminente. Elle se relève pourtant; le repos, l’hygiène, la jeunesse semblent devoir trionqîher de ces premiers accidents.

Elle rentre à Sainte-Ursule au mois de janvier, et reprend son emploi. Elle n’a plus son entrain et scs forces ; elle reste néanmoins debout et à son poste, jusqu’au commencement d'octobre 1887.

A ce moment, seconde poussée plus grave <pie la première ; elle crache le sang en abondance. Le D>' Pomarel, (pii a succédé au

LES POITRINAIRES

D'’ Laiçorcc, la couvre de flanelle, lui fait prendre les Eaux- Bonnes.

Sœur Julienne se relève en novembre et, tout en conservant une petite toux sèche, persistante, elle ne revient à rinfirmerie qu’au mois de mai 1888 : nouvelles hémoptysies, nouvelle crise.

Une malade que l’on conduit de l’hôpital municipal à la Grotte.

Au mois de juillet, elle fait sa profession ; le médecin, peu rassuré sur l’avenir, donne pourtant un avis favorable, par intérêt pour elle, par bonté, et afin de lui éviter le plus cruel des sacrifices.

Enfin, au mois de janvier 1889, dernière poussée, qui ne sera suivie d’aucune rémission. Sœur Julienne s’alite à la fin de février pour ne plus se relever; elle est aphone, les étouffements sont incessants, très pénibles, la fièvre continue et très élevée. Les crachats sont sanguinolents, on entend des râles dans toute l’étendue

de la poitrine. Le médecin prononce le mot de phtisie galopante.

Elle prend de la quinine pendant plusieurs jours pour arrêter la lièvre, mais sans résultat. On applique des pointes de feu à dix reprises différentes et jusqu’à deux cents chaque fois ; on lui met successivement quinze vésicatoires, de la teinture d’iode. Elle ne peut supporter l'huile de foie de morue, on lui donne du chloral et de l’opium. •

A partir du mois de juillet, les crachats cessent de contenir du sang', et deviennent franchement purulents. « Je crachais mes poumons, » disait la Sœur.

La maladie se localise au sommet du poumon droit. A ce niveau, il y a une matité très prononcée et des râles caractéristiques (D‘ Pomarel).

La lièvre continue toujours. Tous les moyens sont impuissants pour arrêter les progrès du mal.

Ainsi, voilà une maladie qui a débuté au mois d’octobre 1886, par une première poussée qui a duré trois mois ; poussée caractéristique qui, sous le nom de rhume négligé, dissimule mal la gravité de la lésion qui menace d’éclater.

Seconde poussée au mois d’octobre 1887. C’est alors que les hémorragies pulmonaires se déclarent.

Au mois de mai et au mois d’octobre 1888, troisième et quatrième crises.

Enlîn, au mois de janvier 1889, crise finale, pendant laquelle la maladie prend d’abord les allures d’une phtisie à marche rapide, pour se terminer par une localisation au sommet du poumon droit et par une consomption de l’économie.

Pendant ces trois mois, lirfdéc par une lièvre intense, la malade, qui ne se nourrit que de bouillon et de lait, perd rapidement ses forces, ncpeut se tenirdeboutctarriverapidementà cetélat cachectiipie qui indi([ue la période ultime des maladies de poitrine.

A Pàcpics, sa mère était venue la voir, et, comme elle ne pouvait entrer dans la communauté, on avait porté Sœur Julienne sur un fauteuil, dans une chambre en dehors de la clôture ; mais elle

Groupe de jeunes filles de Villepinte guéries au pèlerinage national.

LES POITllINAIUES

avait eu à peine la force de parler à sa mère, el il avait fallu la replacer au plus vite dans sou lit.

D’après le récit que nous venons de faire de la marche et des symptômes de cette atfection, il est difticile, même pour des personnes étrangères à la médecine, de ne pas reconnaitre une maladie de poitrine dont tout trahit l’allure et les progrès.

Sœur Julienne était phtisique.

Six médecins l’ont reconnu et déclaré formellement.

C’est d’abord le D^' Lagorce, le médecin de la communauté, qui, dès les premiers jours, n’a pas caché son sentiment.

Après lui, je l’ai vue à Sarlat, lorsqu’elle vint respirer l’air natal ; tout trahissait chez elle une diathèse imminente.

Le D*’ Pomarel, qui a suivi jour par jour les progrès de sa maladie, a pu préciser davantage la nature et l’étendue des lésions. Le D*’ Pomarel a bien voulu mettre sous mes yeux le registre de l’intirmerie, pendant l’année 1889. A chaque page, nous trouvions le nom de Sœur Julienne, et en regard les prescriptions variées, qui nous permettaient de reconstituer toutes les phases de la maladie et d’en suivre les progrès. Pendant une absence du D‘ Pomarel, le D>' Peyrat, de Brive, avait fait appliquer deux vésicatoires à la religieuse, et avait porté le même jugement sur la nature de cette affection et sa terminaison fatale.

Enfin, le Marfan, de Gastelnaudary, et un médecin de Bordeaux, cousin de la Supérieure, avaient confirmé absolument l’opinion et les appréhensions de leurs confrères.

Le diagnostic ne pouvait donc être douteux.

D’après le témoignage de six médecins, d’après tous les symptômes que nous venons de relever. Sœur Julienne était poitrinaire.

D’après les lésions du poumon, surtout avec l’usure organique qui se faisait depuis de longs mois, avec cette fièvre intense et continue, elle touchait au terme fatal. C’était une question de mois ou de jours.

Sœur Julienne pouvait-elle guérir? — Si nous nous plaçons sur le terrain de l’impossibilité absolue, mathématique, nous

GUÉniSONS DE LOenDES 3

T.Ks (;nANni;s gukhisoxs dk Lorumcs

(levons reconnailrc (ju’unc (K'monslealion de ce j»-cnre est dillicile. Penl-èlre (jn’avee du temps, des soins, un clian^ement de milieu, une i‘C[)i‘ise partielle an moins pouvait se concevoir.

Mais nous ne sommes pas des matln^maticiens, nous sommes des médecins, et si nous parlons en cliniciens, en hommes d’expérience et de prati([ué, nous devons avouer (pie la guérison sortait de toutes les prévisions possibles. Une maladie de poitrine cpii a envahi progressivement une économie, (]ui, depuis trois ans, poursuit une marche latalc, (pii a triomphé de toute résistance organicpie, ne s’arrête pas d’elle-mème.

^laisnous disons plus :

A (pichpie point de vue cpi’on se place, (pie l’on parle de possibilité relative ou de possibilité absolue, (pie l’on parle en mathématicien ou en médecin, une guérison instantanée, complète, cpii, dans (piehjues secondes, ellacera toute trace de la maladie, est absolument impossible.

Le D*’ Pomarel racontait un jour, dans une de ses visites, cpi’il avait entendu parler d’une malade de Saintes, paralysée depuis de longs mois, (pii avait été guérie subitement à Lourdes. Ce nom de Lourdes, prononcé devant Sœur Julienne, lit naitre en son àmc l’intime persuasion (pi’elle y serait guérie. Chose étrange ! cette assurance même l’empêchait d’exprimer un désir dans ce sens. Une religieuse, sa compagne d’inlirmerie, la pressait de faire ce voyage; le médecin revenait cpiehpicfois sur ce sujet, la Supérieure interrogeait la malade pour savoir si elle voulait aller à Lourdes. La Sœur, devant ces sollicitations répétées, paraissait indiHèrcnte.

Un Jésuite de Rouen, le P. Dnpouehel, (pii était venu prêcher une retraite, et qui vint confesser la Sœur, le il août à l’inlirmerie, lui dit qu’elle devait se soumetlre au désir de la Mère et se rendre à Lourdes. « IMais si j’y vais, dit-elle, je serai guérie. — Allez-y, » dit le Père, et le voyage fut décidé.

Cependant, le 1)‘ Pomarel n’avait parlé de Lourdes (pic pour faire diversion aux préoccupations de la malade et de son entourage, mais il n’avait jamais pensé (pie la possibilité d'un pareil

lÆS rOlTlUiVAIRES

voyage pùL même se présentei* à l’espril. Aux premières ouverlures (jui lui lurent faites, il ne crut d’abord <pi’à un eaprice de malade. « Si vous désirez aller en pèlerinage, dit-il, allez aux Grottes de Sainl-Auloine, aux portes de Brive. » On essaye de l’y transporter, couchée dans une voiture, elle revient très fiitiguée.

Devant les instances répétées des religieuses, le médecin finit pourtant par se rendre. jNIais il veut alors régler tous ses préparatifs de départ. Il exige un compartiment réservé de première classe. Il veut accompagner la religieuse à la gare. Sœur Julienne désire partir un samedi, jour consacré à la sainte A^ierge.

La veille, plusieurs dames de Brive avaient voulu la voir avant son départ, et on l’avait portée dans la chambre où elle avait reçu sa mère à Pâques. Mais elle n’avait pu y rester que quelques minutes, et il avait fallu la remettre au lit. Le soir, les religieuses viennent faire leurs adieux et lui donner leurs commissions pour Lourdes, mais elle ne peut leur parler, c’est à peine si elle les entend.

Le samedi septembre, on la descend à la chapelle. A quatre heures du matin, elle fait la sainte Communion, soutenue par ses deux compagnes de route, la seconde Sœur tourière et une dame de Brive, qui lui avait offert de l’accompagner.

La sainte Communion, c’était le Viatique : humainement parlant, elle courait au-devant de la mort.

A la gare, où elle arrive en voiture pour prendre le train de ciu(| heures, le controleur la porte dans son wagon, et la voyant si malade : «Elles sont folles, dit-il, on ne devrait pas permettre pareille témérité. On ramènera certainement un cadavre. »

Elle reste Jusqu’à Toulouse sans voix, à moitié évanouie, A Toulouse, on la dépose dans la salle d’attente.

Il y avait à ce moment le pèlerinage de Marseille. Mk‘- l’archevêque d’Albi, ému de pitié devant cette Sœur si malade, s’arrête pour la bénir, tous les pèlerins s’écartent d’elle avec respect et compassion. Une dame lui mouille les lèvres avec de l’eau de Lourdes, et cette eau semljle la ranimer.

De Toulouse à Lourdes, le voyage est un peu moins pénible.

Li:S G11AM)ES GUKHISOXS DE EOUllDES

Cependanl, à la descenlc du Irain, la lomière du Carmel (jui esl venue au-devant des religieuses, reenle eilrayée en la v(3yanl : « Nous ne l’aurions pas reçue, dit-elle, si nous l’avions sue si malade. » En arrivant au Carmel, on fait prévenir l’aumônier qu’il faudra probablement administrer une malade dans la nuit. La nuit fut, en effet, des plus douloureuses, les élouflemenls furent eontinuels.

Nous sommes au dimanehe malin, 2 septembre. Sœur Julienne n’a rien pu prendre; on lui donne un peu de bouillon, et la tourière du Carmel la prend dans ses bras et la porte dans une voiture.

« Elle ne reviendra eerlainement pas, » dit-elle en la quittant. Trois personnes l’aeeompagnent à la Grotte ; on la dépose sur un banc en la soutenant de tous cotés. Elle ne peut ni prier, ni penser ; elle est à bout. C’est à peine si elle jette un regard sur la Vierge.

Après quelques instants, un brancardier vient la chercher dans une petite voiture à bras pour la conduire à la piscine. Là, nouvel et dernier obstacle.

Le médecin de Brive hésitait à la laisser partir. Le conducteur ne voulait pas la monter dans le train. Les Sœurs du Carmel osent à peine la recevoir, et les dames préposées à la piscine ne veulent pas la baigner.

« C’est une poitrinaire que vous nous conduisez, disent-elles, et au dernier degré ; nous ne baignons pas ces malades, nous ne faisons que les éponger. 11 nous faut un ordre formel du médecin. »

On rappelle le consentement donné par le médecin de la communauté, on insiste. « Si vous le voulez, disent ces dames, restez avec nous, et prenez toute la responsabilité de ce que nous allons faire. »

On déshabille Sœnr Julienne, qui est là immobile, sans voix, prescpic sans connaissance, et tonie couverte de sueur. On la soulève pour la plonger dans la piscine, et, au moment où elle touche l’eau, sa bouche s’entr’ouvre et ne se referme pas, le souflle expire sur ses lèvres ; sa pâleur esl celle d’un cadavre...

POITRINAIRES

On la croit morte, on la retire aussitôt.

L’ean n’avait pas encore touché le côté gauche de son eorps. On la soutient, on la dépose sur la marche qui précède la piscine. Une anxiété cruelle pénètre les personnes qui l’entourent ; on cherche à surprendre un signe de vie.

A ce moment, ses joues se colorent légèrement, ses yeux s’en-

tr’ouvrent, sa poitrine se dilate elle se redresse et se tient

debout.

« Vous êtes mieux? lui dit-on.

— ]NIais oui, je me sens mieux ! » et subitement son regard s’éclaire, une vie nouvelle anime cette physionomie jusque-là morne, immobile et glacée. Sœur Julienne refuse de s’asseoir ; elle s'habille seule, et bientôt elle veut marcher sans appui et retourner à la Grotte.

« Je sentais, dit-elle, que j’avais la force, et cependant je ne' savais pas marcher. Je regardais mes pieds s’avancer, et je me demandais s’ils étaient à moi.

« J’étais, du reste, étrangère à ce qui se passait autour de moi. En sortant de la piscine, la foule m’entoure, se presse sur mes pas ; j’avais peine à avancer. J’étais pourtant calme, et j’ai pu arriver jusqu’à la Grotte, où je suis restée une demi-heure à genoux en prières.

<( Le prédicateur qui était en chaire, me désignant à la foule, lui dit ; « J’allais vous parler de la puissance de Marie; regardez « celle qui passe, sa vue vous en dit plus que mes paroles. »

(f On entonne le Magnificat, et bientôt, pour me dérober à l’enthousiasme, à la curiosité des pèlerins, on me fait monter en voiture, on me ramène au Carmel. Je monte lestement dans cette voiture, où j’agonisais naguère. Au Carmel, les tourières m’entourent, toutes les religieuses descendent au parloir et je vais prier une demi-heure avec elles à la chapelle. Il est midi, je n’ai encore rien pris, je me mets à table et je fais le premier repas sérieux que j’eusse fait depuis un an. Depuis le mois de janvier, je ne prenais guère que du bouillon et du lait.

« Dans l’après-midi, je reviens à pied à la Grotte, mais il faut

LKS GRANDES GUERISONS DE LOUKDES

encore me iMmencr en voilure pour me soustraire à la foule qui me suivait et formait im cercle compact autour de moi.

« Le lendemain, je suis allée voir le D*' de Saint-Maclou cpii m’a anscnltée, interrog-ée, examinée longuement. Il avait auprès de lui un médecin de Béziers, et tous les deux ont déclaré (pi’ils ne trouvaient aucune trace de la maladie antérieure.

« Au moment de ma guérison dans la piscine, je n’avais rien ressenti ; mais, dans la journée, j’ai éprouvé de violentes douleurs, des contractions dans la poitrine. Mes pieds, déshabitués à marcher, ont enllé pendant quelques jours. Ce sont là les seules et dernières traces de ma maladie. »

Cependant, à Brive, dans la communauté, on priait nuit et jour, on récitait le rosaire, à la chapelle, les bras en croix.

Le dimanche, on reçoit à midi une première dépêche cjui laisse •entrevoir lag-uérison, et le soir, le médecin en apporte une seconde qui dissipe tous les doutes. Le docteur de Lourdes télégraphiait à son confrère : « Nouvelles parfaites, envoyez opinion sur malade. »

Le vendredi, le D»’ Pomarel va au-devant de la Sœur jus([u’à la première station; il a hâte de vérifier celte guérison inexplicable et inattendue pour lui. 11 examine la Sœur, tàte son pouls, lui fait faire queh[ues pas dans le wagon... et, devant l’évidence, il ne peut contenir son émotion, des larmes remplissent ses yeux.

Nous ne pouvons, en spectateurs impassibles, suivre pendant de longs mois les drames intimes et poignants qui se déroulent devant nous. Nous sommes vulnérables par bien des points. Nous laissons une partie de nous-mêmes dans notre vie professionnelle.

A la descente du train, à Brive, le docteur va chercher le controleur cpii présidait au départ. Celui-ci recule stupéfait en voyant la religieuse pleine de force.

Une foule énorme renqilit l’avenue de la gare, et la Sirur n’ose pas descendre. On la prend dans une voiture, pour la soustraire uuc fois encore aux ovations enthousiastes. Mais, à la porte de son couvent, elle trouve la cour, la chapelle remplies d’une multitude compacte ([u’elle a peine à traverser.

l.ES POmUNAlRKS

On cnli‘c à la clia[)ellc, cl pendant le cluinl i\\\ Magnificat, pen- <lant la bénédiclion, il Tant ouvrir les rideaux de elôlnrc <pic l’on n’on\ re (pie les jours de profession cl de prise d’habit. La fonle les aurait déebirés. S(cnr Julienne était agcnonillée sur un pric- Dien, en avant des religienscs, elle pleurait d’émotion. Après la cérémonie, on se réunit à la salle de communauté. Devant toutes les Sœurs, le médecin el l’aunnniier, la miraculée refait le récit de sa guérison. Il est neuf heures du soir quand on songe à lui faire prendre de la nourriture et du repos.

Quelle dilférence entre le départ et le retour, entre la miraculée du 2 septembre et la malade de la veille !

11 faut reprendre ce récit dans ses lignes principales, pour bien lixer, au point de vue médical, l’enseignement qui se dégage de ce fait.

Voilà une religieuse de vingtsix ans, dont la première jeunesse a été remplie par des manifestations lymphatiques accusées; ophtalmie, inllammation

<-'!ironi(iue des paupières. Dans ses autécédenls de famille, on trouve f,ncl,[ue lare héréditaire. Sa mère a souffert d’une coxalsic dans son enfance, elle est restée boiteuse.

l'ne religieuse de^ rimmaciiIce-Coiiception de Lourdes guérie dans la piscine, d’une maladie de poitrine très avancée.

Au mois daout 1886, après un travail excessif, un emploi abusif de la machine à coudre. Sœur Julienne est prise d’une bronchite insidieuse (pii se prolonge pendant trois mois. L’air natal, le

l’cpos, les soins de tous genres emicent incomplètement cette première atteinte. Mais son économie, blessée dans scs sources, Jie se relèvera jamais ; elle reste pâle, amaigrie, languissante.

Le n est pas une maladie accidentelle, c’est une poussée cou-

LES GRANDES GlERISONS DE LOURDES

sliliitionnello : c'est un germe de phtisie (pii a été déposé dans celle poitrine.

Le premier médeein ne s'y trompe pas.' Les eimj médeeins (pii viennent après lui eontirment. en le précisant, son diagnostic. Il n'y a pas une seule variante dans les 'divers jugements qui sont portés sur l'avenir réservé à cette Sœur.

La marche de l'airection est caractéristi(|ue. C'est d'abord à l'antomne et puis au printemps, que les poussées se renouvellent. Elles se rapprochent, elles deviennent plus graves.

La maladie prend les allures d'une phtisie à marche rapide, puis la lésion se localise an sommet droit. Il y a de la matité, des râles humides, des crachats caractéristiipies, la lièvre est eontinue, la résislanee à bout. Nous touchons au terme de ee drame pathologique. C'est une question de jours.

Et e'est alors fpi’en une minute, en une seconde, tout s'ellaee. Cette poitrine, creusée par les tubercules, inliltrée et eongestionnée dans toute son étendue, a retrouvé son intégrité. Il n'y a plus trace d'une lésion (pielcon(|ue. Cet organisme épuisé, sans résistance, a repris son ressort, a retrouvé le libre jeu de ses fonctions. Il n'est (piestion ni de transitions ménagées, ni de convalescence. C'est un changement à vue, une véritable résurrection.

Six médecins avaient constaté la maladie.

Sept médecins constatent la guérison.

D'abord le Pomarel, ([ui s'opposait au départ de la Sœur, (|ui ne la croyait pas capable de supporter le voyage, va au-devant d'elle pour s'assurer qu'il n'est pas le jouet d'une fable.

Dans le récit (pie le'Dr Pomarel envoie à son confrère de Lourdes, nous lisons : (( Le cas de la So?ur Julienne paraissait des plus alarmants et des plus désespérés, lors(pi'il y a quelques semaines, celte jeune Sœur me parla de sou désir d'aller à Lourdes, cela ne me parut pas bien sérieux, ni d'une exécution possible, je crus à une fantaisie de malade. Peu à peu, cependant, la manifestation du même désir se renouvelant sans cesse, j'ai consenti à autoriser le voyage, en faisant accompagner la jeune malade par des personnes aussi intelligentes (]uc dévouées... Ce départ pour Lourdes

LES POITUIXAIIIES

s’eUecliuiü le samedi malin, 3i du mois d’aoiil... Vous savez le reste. »

Le I)' Pomarel ne se conlenle pas de donner im cerlilicat. Il soignait en ce moment sa sœur gravement malade : il part immédiatement avec elle pour Lourdes,

Il veut trouver le secret de ces guérisons merveilleuses qui surprennent et dépassent son intelligence.

Notre cher confrère vi’a pas eu la consolation de ramener sa sœur guérie ; mais il nous a montré, par la spontanéité de sa démarche, que les esprits élevés savent mettre leurs actes en harmonie avec leurs convictions.

Le Peyrat a vu la Sœur, le de Saint-Maclou l’a auscultée avec soin ; je l’ai vue moi-mème à diverses reprises. Personne n’a pu trouver dans ses poumons la trace même d’une simple congestion. C’étaient des poumons sur lesquels aucun souille morbide ne semblait avoir passé.

Si J’avais écrit cette observation sous la dictée de la religieuse, j’aurais pu lui donner une portée plus haute, montrer la main de Dieu bien visible dans la disposition de ces événements.

La maladie de Sœur Julienne est bien facile à interpréter, sa vie est plus facile encore à écrire ; elle est transparente comme le cristal. Il n’y a pas eu d’étape distincte dans son existence, A onze ans, elle entre à l’orphelinat : c’est la communauté. Elle n’en sortira plus, le souille du monde n’a pu ni la ternir, ni l’atteindre.

Sa première pensée, aussi loin cpie remontent ses souvenirs, appartient à Dieu. Déjà à sa première communion, la pensée d’une vocation religieuse se grave plus distincte dans son esprit. Elle avait une tendresse particulière pour la sainte Vierge, et, plus tard, si elle ne peut satisfaire le désir le plus intime de son cœur, et s’enfermer dans le cloilre, si elle doit, par ses fonctions, rester en contact avec le momie, c’est qu’elle doit aussi rendre publiquement témoignage des grâces exceptionnelles dont elle va devenir l’objet.

La maladie survient au moment où elle a fait le sacrifice de sa

vie pour les pécheurs, elle y voit racconi[)lissemcut de sou vœu, la réalisaliou d’un désir agréable à Dieu.

El cepeiidaul, pendant trois ans de soudrances ininterroiupues, dans des alternatives diverses, avec des rémissions partielles, elle a (pielques moments de doule, sinon de défaillance. Il est plus facile de faire le sacriüce de sa vie sur le champ de bataille (juc de s'immoler, victime volontaire, et d’assister, en pleine jeunesse, à la décomposition de son organisme, sous le poids d'une diathèse (pii l'étreint.

Elle écarte longtemps la pensée d’un pèlerinage à Lourdes ; elle ne peut, ni ne veut demander sa guérison. Si près du but, pourquoi revenir en arrière ? Pourquoi rester sur la terre (puind le ciel s’entr’ouvre?

« J’aime mieux, dit-elle dans son langage naïf, aller me promener en paradis, que de courir encore dans les rues de Brive. »

Quand la Supérieure a parlé, elle se soumet. « J’irai à Lourdes, dit-elle, et Je suis certaine de guérir. » Elle voit dans cet ordre l’expression absolue de la volonté de Dieu.

Dans ces natures simples et droites, tjui toute leur vie n’ont poursuivi (pi’un but, qui ont fait abstraction de leur volonté, de leur personnalité, (pii ont dirigé leurs pas, sans résistance, dans le sillon tracé par une règle bien définie, vous ne trouvez pas de ressorts faussés, d’équilibre rompu, et cette tension nerveuse, résultat des luttes, des souffrances, du contact et des déceptions du monde.

En écoutant Sœur Julienne faire le récit de sa guérison. J’étais frappé de sa parole claire, nette, de cette note toujours Juste, qui venait soulever chaque fait.

« Ce récit, me disait-elle. Je l’ai liicn fait souvent. Le lendemain de ma guérison, pendant (pialrc heures, debout, auprès de la (Irottc, J’ai dù le répéter à tous les pèlerins de Nantes, de Niort et de Tours. Pendant plusieurs mois. Je ne pouvais sortir dans les rues de Brive sans être interrogée.

« C’était une équ'cuve cluupic Jour renouvelée : aujourd’hui encore, en vous répétant ce ([uc J’ai dit cent fois, ces détails

LES POlTHlIVAmES

inliines (|ue vous me demandez, j’éprouve une eonlusion a j)ai‘ler de moi, à livrer à la publicilé ma personne el ma vie. Plus que jamais, j’aspire âme eaelier derrière les grilles du cloilre. »

Vous pardonnerez, ma chère S(cnr, an médecin de voire famille, an premier médecin de votre jennesse, de venir encore parler de vous ; de soulever le voile derrière lequel vous vouliez abriter voire vie ; de se faire riiisloricn des faveurs divines qui vous ont été si largement départies ; nous travaillons tous deux dans une préoccupation plus haute que toute préoccupation personnelle.

Vous êtes allée à Lourdes, vous avez demandé votre guérison pour rendre témoignage de la puissance, de la bonté de la Vierge immaculée; et moi, je cherche à faire pénétrer dans l’esprit des hommes de science ou des hommes du monde, des ignorants ou des incrédules, les convictions qui animent mon âme. Je rends aussi témoignage à la vérité, que j’ai eu le bonheur d’entrevoir en étudiant ces nombreux malades (pii retrouvent la santé auprès de la Grotte de Lourdes.

Quand on poursuit ces enquêtes avec le eoncours de tous les médecins qui ont été mêlés à ces événements, quand une ville entière voit une religieuse, après trois ans de maladie, sortir de son lit, reprendre sans transition, sans convalescence, ses occupations et son emploi, il faut laisser de cijté les objections théoriques, la suggestion ou l’effet nerveux, et toutes ces solutions préparées d’avance, mais qui ne peuvent trouver ici leur application. Il faut s’incliner et reconnaitre les manifestations d’une puissance plus liante. .

Du reste, nous le disions en commençant, ce n’est pas seulement la guérison de Sœur Julienne qui vient confirmer la thèse que nous développons. Nous avons trouvé, en parcourant les Annales de Lourdes, le récit d’un grand nombre de guérisons aussi surprenantes, aussi instantanées, appuyées par les certificats les plus explicites et par les noms des médecins les plus autorisés.

LES CUANDES Gl’EHlSONS DE LOUnDES

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